Archives
29 octobre 2012

Richard Gere: «Le cinéma, c’est un job comme les autres»

A l’affiche dans le thriller économique «Arbitrage» (sortie en février 2013), Richard Gere était récemment de passage en Suisse, à l’occasion du Zurich Film Festival.

Richard Gere de profil
Richard Gere 
à propos des 
élections américaines: «Il est pour moi inconcevable que Mitt Romney puisse diriger 
le pays.» (Photo: Intertopics)

Dix minutes avec Richard Gere, c’est court, mais c’est toujours ça de pris! Difficile de ne pas voir ressortir un petit côté midinette... Est-ce bien lui qui me serre la main, me parle, me sourit? Ce même homme qui hier ravissait le cœur de Julia Roberts dans Pretty Woman et plongeait des milliers de femmes dans un état de rêve éveillé, est-il bel et bien assis, là, en face de moi? Certes, son titre d’homme le plus sexy de l’année, décerné par le magazine américain People, date de 1999, mais les treize printemps qui se sont écoulés depuis lui ont tout au plus ajouté quelques rides. Sans rien ôter au charme qu’il dégage.

Converti au bouddhisme, Richard Gere considère le dalaï-lama comme son mentor. (Photo: Dukas)
Converti au bouddhisme, Richard Gere considère le dalaï-lama comme son mentor. (Photo: Dukas)

Mais Richard Gere, ce n’est pas seulement une belle gueule et une star. Fervent défenseur de la cause tibétaine (lire encadré), il a toujours su user de sa notoriété pour faire passer les messages auxquels il croyait. N’hésitant pas à appeler au boycott des JO de Pékin en 2007, ni à critiquer vertement le gouvernement chinois pour ses agissements envers le Tibet. Une attitude qui le fera bannir de la cérémonie des Oscars en 1993.

Aujourd’hui toutefois, c’est en tant qu’acteur qu’il officie. Présent au Zurich Film Festival pour promouvoir son dernier film Arbitrage – un thriller économique – il vient également d’y recevoir un prix récompensant l’ensemble de sa carrière: le Golden Icon. Dix minutes avec une icône du cinéma hollywoodien, voilà du temps bien passé, non?

On a presque l’impression que vous menez deux vies: celle du militant engagé et celle, plus glamour, de l’acteur hollywoodien...

Le cinéma, c’est mon job. Un excellent job, je vous l’accorde, mais cela reste un travail comme un autre. Je n’en attends pas davantage, ce n’est pas toute ma vie.

Vous venez toutefois de recevoir à Zurich un Golden Icon Award récompensant l’ensemble de votre carrière. Que ressentez-vous?

C’est très agréable, bien entendu. C’est la première fois que je reçois un tel prix. Je dois dire que je ne repense pas souvent aux films dans lesquels j’ai joué. En relisant la liste, j’étais presque étonné: j’avais oublié qu’il y en avait autant! Mais je prends ce genre de récompenses avec un certain recul.

A ce stade de votre carrière, comment choisissez-vous les projets auxquels vous allez participer?

C’est difficile à dire, c’est plutôt une question d’alchimie. En ce qui concerne Arbitrage, j’ai été frappé, en découvrant le script, par la qualité d’écriture. C’était vraiment un excellent scénario. Je prenais peu de risques en acceptant de jouer dans un tel film.

Qu’est-ce qui vous a plu particulièrement?

Le côté humain des personnages: ils sont tous très complexes, bourrés de défauts. On peut facilement s’y identifier. Les personnages trop lisses manquent de réalisme, de crédibilité...

Et la critique sous-jacente du monde de la finance, qu’en avez-vous pensé?

C’est un sujet porteur, certes. Mais pour moi, Arbitrage parle davantage de corruption personnelle que financière. De notre responsabilité individuelle en tant qu’être humain, chacun à notre échelle.

Je considère les Tibétains comme mes frères et mes sœurs.

En tant que célébrité, vous sentez-vous obligé de militer pour les causes auxquelles vous croyez?

Pas forcément en tant que célébrité, mais surtout en tant qu’être humain. Bien sûr, je peux utiliser ma notoriété pour jeter une lumière, provisoirement du moins, sur un sujet qui me paraît important.

Vous êtes notamment engagé depuis de longues années pour la promotion des droits humains au Tibet. Pourquoi ce pays vous tient-il tant à cœur?

Etant bouddhiste moi-même, je considère ses habitants comme mes frères et sœurs. J’ai commencé à pratiquer cette religion à l’âge de 20 ans, et je me suis rendu pour la première fois au Tibet à la fin des années 70. J’avais été frappé par la situation. Et comme le Parti communiste chinois tentait de cacher la vérité aux yeux du monde, j’ai fait mon possible depuis pour rendre ce problème plus visible. Je trouve tragique qu’encore aujourd’hui les Tibétains aient l’impression qu’ils doivent en arriver à des solutions extrêmes comme l’immolation par le feu pour se faire entendre.

Richard Gere: "C’est la première fois que je reçois un tel prix." (Photo: Intertopics)
Richard Gere: "C’est la première fois que je reçois un tel prix." (Photo: Intertopics)

Les Américains élisent bientôt leur prochain président. Pour qui allez-vous voter?

En ce qui me concerne, le choix est très clair. Il est inconcevable que Mitt Romney et les néo-conservateurs puissent diriger le pays. Bien sûr, Barack Obama n’a pas été parfait durant ses quatre ans à la tête du pays. Mais il a rencontré une très grande résistance de la part des Républicains. Compte tenu des circonstances, il a fait de l’excellent travail, notamment en retirant nos troupes d’Irak. Je ne peux pas imaginer qu’il ne soit pas réélu.

Il est vrai qu’à l’époque, vous vous étiez prononcé contre la guerre en Irak: pour vous, elle n’était pas justifiée...

(Il interrompt) Ce dont tout le monde est conscient aujourd’hui, non?

Vous n’aviez pas une très haute opinion de George W. Bush, n’est-ce pas?

Non seulement de lui, mais également de toute cette équipe de néo-conservateurs dont il était entouré, comme Dick Cheney, Donald Rumsfeld... Cela faisait dix ans que ces gens-là voulaient une guerre contre le Moyen-Orient. Ils ont finalement trouvé en Bush la personne à manipuler pour arriver à leurs fins.

Auteur: Tania Araman