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2 juillet 2012

Richard Malka entre BD et plaidoiries

Le célèbre avocat parisien des affaires retentissantes, dont celles de Clearstream et DSK au Carlton de Lille, demeure aussi un scénariste à succès.

Richard Malka dans une forêt de bambous
Enfant de 68, Richard Malka cultive sa liberté, son indépendance d’esprit et de cœur.

Richard Malka est une star à sa façon. Décontracté, plein d’empathie, résolument cool. «Pourtant, je suis un perfectionniste, qui cherche en permanence l’excellence. Je n’arrive jamais dans un prétoire sans la boule au ventre, j’angoisse.» Etonnant dans la bouche du jeune ténor du barreau français, chouchou des médias, qu’il défend souvent, de l’Hexagone, avocat redouté qui perd rarement et séduit souvent.

«Médiatique? oui, sans doute. J’utilise les médias, autant qu’ils m’utilisent. Tant que cela reste à bon escient. Aujourd’hui, c’est une nécessité. Si on ne prend pas en compte la dimension médiatique de certains dossiers, on ne fait pas son job. Il y a d’abord une sorte de tribunal de l’opinion. La laïcité pour une crèche, si je ne médiatise pas, je perds. Cela dit, j’essaie de ne jamais oublier que je ne suis pas là pour défendre mes causes ou mon image. Il ne faut y aller que si c’est utile pour son client, pas pour soi-même.»

Richard Malka sourit, espiègle, se caresse le crâne, qu’il a lisse et bronzé. Il aime les gens. Une amie dit de lui qu’il «cherche à charmer toutes les poignées de porte». Peu lui résistent. «Une plaidoirie est affaire de justice, mais aussi de séduction. Il faut être vrai, ne pas en faire trop. Et puis, de toute manière, la vérité judiciaire absolue n’existe pas dans une démocratie.»

Il se fait connaître dans l’affaire Clearstream

Richard Malka
Richard Malka

Admis au barreau à 23 ans, Richard Malka rejoint l’écurie de Georges Kiejman avant de fonder son propre cabinet en 1999. Le nébuleux dossier Clearstream projette Richard Malka sous le feu des projecteurs. Depuis, ça n’arrête pas. Vite lassé par «l’extrême violence du pénal», il devient un spécialiste reconnu du droit de la presse, «parce que cette Chambre conserve une vraie tradition de l’oralité, il y a du temps pour des vrais débats éthiques. Mais cela se perd, la profession a tendance à s’obséder pour les aspects techniques.» Et enchaîne les procès aux allures de véritables enjeux de société. Il défend Charlie Hebdo dans la célèbre affaire des caricatures de Mahomet, puis il devient l’avocat de la journaliste d’investigation Caroline Fourest ou encore fait condamner l’ex-garde des Sceaux Rachida Dati pour diffamation envers l’écrivain Marek Halter. Aujourd’hui, aux côtés d’Henri Leclerc, il assure la défense de Dominique Strauss-Kahn dans l’affaire du Carlton de Lille.

Je n’arrive jamais dans un prétoire sans la boule au ventre.

Il rappelle aimer sa liberté. On se demande s’il n’affectionne pas la transgression. «J’ai opté pour les choix de société plutôt que pour la défense des personnes. A partir de là, ce sont les marges qui m’intéressent. Sur la religion, sur la sexualité. Parce que c’est ce que je trouve le plus intéressant. Si je ne pratique pas la provoc’ à la Vergès, je ne veux pas non plus être prisonnier des gens qui m’aiment. Je ne suis pas un militant, et je ne suis dans ce cadre d’aucun côté.» En même temps, il reconnaît qu’entre laïcité et extrémisme, il a choisi son camp.

Toujours en quête de perfection, parce que, dit-il, le droit est désormais affaire de préparation et plus du tout d’effets de manche, il ne dédaigne pas un côté un peu ludique. «Oui, il y a quelque chose du théâtre, d’un jeu de stratégie aussi. On s’écharpe pendant l’audience, et on peut se retrouver après entre confrères. C’est le boulot.»

La série culte «Cicéron», de Richard Malka, va prochainement être adaptée par Arte en feuilleton.
La série culte «Cicéron», de Richard Malka, va prochainement être adaptée par Arte en feuilleton.

Du talent, bien sûr, mais surtout beaucoup de travail. «Rien ne le remplace. Parfois le talent m’apparaît justement comme l’ennemi, parce qu’il y a risque de se reposer sur lui en oubliant de remettre l’ouvrage sur le métier, encore et encore. Ne pas céder à la facilité.»

S’il affectionne ce travail de l’ombre, il reste tout aussi discret sur sa vie privée. Enfant de 68, il y est né le 6 juin, il cultive sa liberté, son indépendance d’esprit et de cœur. Pas de patron, pas de bague au doigt (au désespoir, dit-on, de sa maman d’origine marocaine qui lui mitonne régulièrement un plat traditionnel), pas trop d’horaire matinal non plus. «J’ai un peu de mal avec les réveils. Et je suis plus efficace à partir de 10 heures du matin.»

«L’expression de mes contradictions internes»

Est-ce cette tendresse pour l’heure de l’enfance qui l’a poussé vers la bande dessinée? ou alors le contrepoint solitaire à cet amour de la lumière médiatique? «Sans doute l’expression de mes contradictions internes. Une question d’équilibre entre deux activités en effet très antinomiques.»

Car si le défenseur appartient désormais au gotha de sa profession, il est également un scénariste reconnu du 9e art. Et dans ce domaine aussi, il vise tout de suite l’excellence: sa première série, désormais culte, s’appelle L’Ordre de Cicéron et conte, forcément, ce qu’il connaît bien: les turpitudes d’un cabinet familial d’avocats. Captivante et intelligente, cette histoire développée en quatre tomes est dessinée par Paul Gillon, rien moins que le Grand Prix 1982 du festival BD d’Angoulême. C’était en 2004 et, depuis, Richard Malka multiplie les collaborations. Un western financier à la Van Hamme (Section financière), un thriller noir co-scénarisé par Corbeyran, l’un des auteurs les plus en vogue (Pulsions), une fable animalière, un satire politique avec plusieurs biographies parodiques de Nicolas Sarkozy, et dernièrement avec le maître Juan Gimenez au crayon, Segments, la première bande dessinée de science-fiction que ce passionné du genre «réécrit depuis longtemps» et a mis du temps à l’imposer auprès des éditeurs.

Arte vient de décider d’adapter Cicéron en feuilleton. «Mais mon rêve, un peu fou, serait l’adaptation au cinéma de Segments.» Les rêves des grands enfants deviennent souvent réalité.

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: Loan Nguyen