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14 octobre 2013

Rigi: un retour aux sources

En Suisse centrale, le Rigi bluffe par son panorama irréel et séduit par ses balades agréables. A gravir en toutes saisons et à coupler avec une pause détente dans les bains thermaux de Mario Botta.

panorama depuis le rigi
Le Rigi offre plusieurs points de vue grandioses sur le lac des Quatre-Cantons.

Pour le moins, l’expérience est troublante. Et n’est pas sans rappeler ces films où les personnages sont happés de leur quotidien pour se retrouver en un instant dans un paysage féerique. Ainsi, qui sort de la gare de Lucerne pour embarquer dans un bateau se retrouve aussitôt dans une carte postale vivante.

Une fois les amarres larguées, le spectacle est tout simplement saisissant, dramatique, irréel. Accompagné d’une ondée, l’Uri, le plus vieux vapeur de Suisse, fend les eaux en transportant une foule de touristes pantois. A tribord, les montagnes se superposent à l’infini dans un camaïeu de bleu sombre. A bâbord, des percées de soleil enflamment les prairies au point de les rendre fluorescentes. Et à la poupe du navire, le drapeau suisse géant claque au vent devant des bandes de nuages immobiles semblant flotter sur le lac. Pour sûr, il y a du génie dans ce paysage.

Après une heure de croisière, voici déjà Vitznau, charmante bourgade sur la riviera lucernoise. Jouxtant l’embarcadère, la petite gare du chemin de fer du Rigi fait le plein de touristes et de marcheurs. Tous s’apprêtent à emprunter la plus ancienne ligne de montagne d’Europe, dont le tracé date de 1871.

A bord, Annelis Elmiger nous attend. Depuis trois ans, cette Lucernoise joue les bénévoles sur le Rigi. «Bienvenue. Je suis une originale, annonce la sexagénaire, avant d’aussitôt montrer – afin d’éviter tout malentendu, sans doute – son titre écrit en majuscules sur la manche de la veste et dans lequel ressortent quatre lettres R – I – G – I.

L’équipe des originaux regroupe une petite vingtaine de membres formés par l’Office du tourisme de Lucerne. Par beau temps seulement (mais durant toute l’année), ils sont postés à des endroits stratégiques comme les croisements de chemins ou les points de vue afin de renseigner les visiteurs – qui peuvent être jusqu’à 10 000 par jour lors des grandes affluences.

Alors que le petit train rouge prend de l’altitude, Annelis Elmiger explique:

«Je viens de Vitznau. Le Rigi, entre lac et ciel, me fascine depuis l’enfance.»

Incollable sur la faune et la flore, de même que la géologie de la région, la sympathique sexagénaire récite aussi bien les horaires des télécabines que les écrits de Goethe, un des nombreux illustres visiteurs qui, avec la reine Victoria ou Mark Twain, a fait connaître cette montagne dans le monde entier:

«C’est à Goethe que l’on doit le surnom du Rigi, la reine des montagnes.»

A l’approche du sommet, il devient de plus en plus difficile de converser dans le wagon. La majorité des touristes, poussant des cris d’admiration, se sont maintenant levés et photographient à tout-va.

Descendus du train à Rigi Kulm, il ne nous reste plus que quelques mètres à parcourir pour se retrouver sur le point culminant du Rigi. L’imposant spectacle, sur 360 degrés, émeut. Au nord, plus d’une dizaine de lacs rythment le Plateau et au loin, par temps clair, la chaîne du Jura, la Forêt-Noire, les Vosges se laissent apercevoir… Au sud, une impressionnante étendue de sommets – ils se comptent par centaines – semblent former une mer aussi agitée que figée.

Une petite montagne mais de fortes sensations

Et si, avec ses à peine 1800 mètres d’altitude, le Rigi reste une modeste montagne par sa taille, sa position ne manque d’impressionner. Jouxtant directement la plaine, il offre un dénivelé de près de 1400 mètres avec le lac de Zoug qui caresse un de ses pieds. Du coup, le visiteur a véritablement l’impression d’être le passager d’un avion, admirant au sol le fourmillement des humains.

Cette sensation ne nous quittera plus tout au long de notre balade sur le chemin des crêtes, entre Rigi Kulm et Rigi Kaltbad, une promenade d’environ 4 kilomètres à la descente. «Le Rigi est une montagne idéale pour les familles. Les chemins sont larges et faciles», commente Annelis Elmiger. Nous confirmons. Elle poursuit: «Selon moi, l’automne est la meilleure saison pour s’offrir une excursion sur le Rigi. La lumière y est plus douce, et la nature encore plus belle.» Bien évidemment, l’hiver est tout aussi intéressant, vu qu’il est possible de skier, de faire de la luge ou simplement de se promener au soleil alors que la plaine étouffe sous le brouillard.

Et les montagnes concurrentes voisines alors? Le Pilate ou le Bürgenstock ne valent-ils pas la peine d’être eux aussi gravis? L’originale a réponse à tout: «Le Pilate est bien sûr très joli, mais on ne peut pas vraiment quitter la plateforme d’observation au sommet. Ici, près de 120 kilomètres de randonnées vous attendent.» Quant au Bürgenstock, le funiculaire menant à cet impressionnant balcon du lac des Quatre-Cantons, il est fermé pour plusieurs années, du fait de la construction d’un resort de très grand luxe (lire encadré).

Une destination thermale qui ne date pas d’hier

Arrivé au point de vue Känzeli, nous admirons encore les courbes élégantes du lac des Quatre-Cantons en contrebas, avant de prendre le chemin qui nous mène à plat jusqu’à Rigi Kaltbad. Le hameau doit son nom à sa source d’eau froide que l’on découvre uniquement après s’être enfoncé de quelques mètres dans la falaise.

Déjà au XVIe siècle, des pèlerins venaient ici pour se tremper dans l’eau glacée, prier dans la chapelle voisine et espérer la guérison de leurs maux. «Aujourd’hui, cette même eau est chauffée avec du bois du Rigi pour alimenter les bains inaugurés l’an passé», explique Annelis Elmiger, avant de nous laisser devant la porte de ce nouveau complexe.

Sans égaler les thermes de Vals et malgré un aménagement des espaces et des bassins qui privent les utilisateurs d’une partie de la vue sur les monts environnants, les bains thermaux dessinés par Mario Botta méritent qu’on s’y attarde. L’eau bouillonnante masse agréablement des membres pourtant peu mis à rude épreuve, le fond des piscines en granit italien lisse idéalement les pieds et, dans la zone spa, le bain de cristal, profond d’une trentaine de centimètres et uniquement illuminé par un puits de lumière, force la relaxation.

Au sortir des bains, la télécabine redescendant à Weggis – où nous reprendrons le bateau pour Lucerne – nous attend. Particulièrement vertigineuse, celle-ci est source d’une nouvelle sensation: celle de planer au-dessus de la riviera lucernoise et des eaux scintillantes. Décidément, dans cette carte postale, nous resterions bien encore un peu.

Auteur: Pierre Wuthrich

Photographe: Kuster Frey Fotografie