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4 août 2016

Ringard comme l'Oncle Sam

J'étais à l'aéroport de Laguardia (New York) il y a quelques semaines. Les Américains aiment boire un coup avant les vols. Tournées d'IPA et de Caïpirinha. Bavardages de comptoir relax mais bruyants. C'est-à-dire tout à fait dans la norme... jusqu'à l'épreuve de la facture.

Une femme passe devant une banque de New-York
Wall Street, 1er août. Les Américains découvrent le système sécurisé de carte de crédits à puce (introduit en Europe en 1994) qui remplacera progressivement la bande magnétique

Jonglant entre les tireuses à bière de la main gauche, épongeant son front de la main droite et passant le terminal de paiement d'un client à l'autre, le bartender a fort à faire d'expliquer cette nouveauté «si compliquée» et «déstabilisante» qui en laisse, à l'en croire, plus d'un chaland pantois.

L'objet de la stupeur? Un code leur est demandé pour valider le paiement. Ici, on est au pays du swipe (glissage de la carte dans un lecteur) où, depuis la nuit des temps, on peut acheter, à crédit, d'un geste rapide et insouciant, un yacht de 50 mètres aussi bien qu'un french croissant. Sans code PIN, parfois sans signature.

L'introduction, ces derniers mois, des cartes à puce électronique est donc un thème plus débattu que le plagiat de Melania Trump (lien en anglais) et le brushing de Donald Trump.

«Confusing to use» (confus), «painstakingly slow» (laborieusement lent), rapportent les médias ne sachant trop sur qui mettre la faute pour cette douloureuse transition: les banques, le gouvernement, les prestataires de services technologiques. Ou simplement les usagers.

C'est, à la fin, évidemment pour leur bien que s'opère ce changement à 33 milliards de dollars. Des experts estiment que la carte à puce devrait réduire les piratages de 40 %. En Europe, cette technologie, dite EMV, développée par Visa et MasterCard, est en usage depuis... 1994.

J'avoue que c'est à la fois troublant et jouissif de voir un Américain désarçonné par une nouvelle technologie.

Un homme devant une banque à New York
Les Américains ne sont pas encore habitués au code PIN (Personal Identification Number)

L'Amérique a inventé le paratonnerre, l'épingle à nourrice, le chewing-gum, le grille-pain, la télé, le sèche-linge, le panneau solaire, le deltaplane, le skateboard, le microprocesseur, le passeport biométrique, l'écran tactile, la clé USB, la conquête de la Lune. Et il est largué quand il doit rentrer un code PIN en payant son apéritif.

Il y a de nombreux domaines aux implications largement plus tragiques dans lesquels les Etats-Unis sont en retard d'une guerre (si l'on peut dire). Ils enregistrent un taux d'incarcération pire que la Russie, la Chine ou l'Iran.

C'est le seul pays développé qui pratique encore la peine de mort. L'espérance de vie dans certains Etats du Sud est moins élevée qu'au Nicaragua ou au Bangladesh. Il n'y a pas de congé maternité. Et les infrastructures sont parfois dignes du tiers monde.

J'en connais un, toupet aux quatre vents et égo XXL, qui en a fait son slogan: «Let's make America great again.» Or, voilà bien le problème, c'est lui-même un... ringard.

Texte © Migros Magazine – Xavier Filliez

Auteur: Xavier Filliez

Photographe: Xavier Filliez