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22 avril 2016

Road-slip

Il y avait Springsteen qui braillait «Thunderroad». Un peu de Calexico pour la contemplation. Des déserts, des vastes plaines, des montagnes. Une grosse tempête aussi, entre le Nouveau Mexique et le Colorado, dernier croche-pied de l'hiver au printemps. Tout pour bien faire quand on aime les «road-trips».

Panneau indicant la présence d'un restaurant en bord de route.
L'art du road-trip aux Etats-Unis est avant tout celui de trouver le bon restaurant sur son chemin, entre breakfast copieux, junk food, fast food et intoxications alimentaires.

Mais au-delà de l'habileté au volant et de la capacité d'émerveillement, l'art du road-trip aux Etats-Unis est surtout l'art de dénicher le bon plan pour manger décemment:

  • Burger dans un diner? Le must do.
  • Tamales aux légumes? Pour l'odeur et le goût du Sud.
  • Turnover (chausson) tiède pomme-cannelle à 16 heures? Parce que tu t'es contenté d'une banane et d'un paquet de gummy-worms à midi.
  • New York strip steak? Pour faire péter le budget!
  • Petit-dej au motel? Parce qu'il faut, une fois dans sa vie, faire l'expérience des omelettes en berlingot, des saucisses tièdes et du Gravy. Non... pas le Gravy.

Bref, tout s'est fort bien passé jusqu'au... Denny's, dans la banlieue de Denver. Je n'avais pas le choix. C'était à côté du motel 6 où, au réveil, j'ai compris en une tasse pourquoi le café y coule à discrétion.

A l'ombre des géants du fast-food comme McDo ou Burger King, il y a, aux USA, quelques chaînes de diners – style casual food, pancakes, bacon, omelettes - devenues des institutions et destinations-cultes de la classe moyenne. Denny's en est une.

Fondé en 1953 comme simple stand de donuts avec l'idée de «servir le meilleur café, offrir le meilleur service, le meilleur rapport qualité-prix et rester ouvert 24 heures sur 24», le restaurant aurait dû en rester aux donuts.

Mosaïque de photos représentant des panneaux de restaurants et de menus servis.
L'art du «road-trip» aux Etats-Unis est surtout l'art de dénicher le bon plan pour manger décemment.

Sept heures et quelques. Petite faim. Pas de tartine au menu. J'opte pour une omelette Ham & Cheese accompagnée de «potatoes». Les œufs? Mais quel genre de poule peut dignement pondre ça? Quant aux roestis, ont-ils frit dans une huile de trois ans d’âge? Dénouement: nausées et débâcle dignes de mes séjours à l'eau souillée en Inde ou aux Philippines.

Je suis un peu fragile (je suis un homme). J'ai donc googlé une partie de la nuit des suites de mots-clés que vous ne voulez pas lire ici, impliquant E. Coli, Salmonella et leurs tumultueuses petites sœurs responsables de nos tragédies intestinales.

Le Center for Disease Control (lien en anglais et en espagnol) estime que, «chaque année, un Américain sur cinq est victime d'intoxication alimentaire», soit 48 millions de personnes, dont 128 000 sont hospitalisées et 3000 en décèdent. La majorité (46%), contrairement aux croyances, à cause de légumes véhiculant des agents pathogènes.

J'ai quand même pris une soupe. Et j'ai taillé la route... jusqu'aux toilettes.

Texte: © Migros Magazine – Xavier Filliez

Auteur: Xavier Filliez

Photographe: Xavier Filliez