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28 octobre 2013

Ronfler n’est pas une fatalité!

Ennemi juré des nuits paisibles, tue-l’amour et donc menace pour la paix des ménages, le ronflement se soigne. Trucs, astuces et traitements pour retrouver un sommeil de qualité.

Madame est énervée par les ronfloments de son compagnon.

«Mon mari ronfle chaque nuit comme un bienheureux. Au début de notre relation, ça ne me gênait pas trop. Mais plus le temps passe, plus le bruit qu’il émet me porte sur les nerfs!» Beaucoup d’entre vous se reconnaîtront dans ce témoignage. Normal puisque les ronfleurs sont légion.

Raphaël Heinzer, médecin responsable et codirecteur du Centre d’investigation et de recherche sur le sommeil du CHUV (CIRS):

En gros, on estime qu’environ 50% de la population adulte ronfle.

Et ce sont davantage les hommes qui produisent ces nuisances sonores. Parce que ces derniers, selon notre expert, «ont plutôt une obésité dite «tronculaire» avec des dépôts de graisse sur l’abdomen et au niveau du cou alors que les femmes ont tendance à accumuler les tissus adipeux au niveau des hanches». Après la ménopause, cette différence entre les deux sexes s’estompe malheureusement… Pire, avec l’âge et le relâchement tissulaire, les rangs des ronfleurs et ronfleuses s’étoffent encore!

Raphaël Heinzer, médecin responsable et codirecteur du Centre d’investigation et de recherche sur le sommeil du CHUV (CIRS).
Raphaël Heinzer, médecin responsable et codirecteur du Centre d’investigation et de recherche sur le sommeil du CHUV (CIRS).

Mais pourquoi ronfle-t-on? Raphaël Heinzer: «Le ronflement est dû à un rétrécissement des voies aériennes supérieures, à l’arrière de la gorge, ce qui crée un flux d’air turbulent qui fait vibrer les tissus mous de cette région, particulièrement le voile du palais.» Question d’anatomie donc, mais pas seulement puisque d’autres facteurs – surpoids, alcool, cigarette…– sont également susceptibles de provoquer ou d’accentuer ce «ronron» franchement exaspérant.

Rester attentif aux symptômes de l’apnée du sommeil

Pour lutter contre cette pollution sonore, il est possible d’agir en amont via déjà trois mesures préventives: perdre des kilos si l’on en a trop, éviter de boire de l’alcool en soirée et cesser de fumer. Et si cela ne suffit toujours pas, la faculté peut prescrire au ronfleur le port d’orthèses d’avancement mandibulaire pendant la nuit ou une intervention sur le voile du palais. En revanche, oubliez les produits miracles – sprays, comprimés, oreillers, bagues, bandelettes nasales et autres canules – proposés en vente libre sur le marché. Car, comme le dit notre interlocuteur, «si ça marchait, ça se saurait!»

En général, le ronflement est bénin et n’a aucune incidence sur la santé. Il faut tout de même s’inquiéter si l’on somnole parfois durant la journée. «Et surtout, si des arrêts de la respiration sont remarqués par l’entourage, ajoute le codirecteur du CIRS. Il est alors important d’en parler à son médecin parce qu’il pourrait s’agir d’apnées du sommeil.» Ce syndrome, qui touche environ 150 000 personnes en Suisse selon la Ligue pulmonaire, entraîne non seulement une grande fatigue, mais augmente aussi les risques d’hypertension et de maladies cardiovasculaires.

Auteur: Alain Portner

Photographe: Andrea Caprez (illustration)