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17 mars 2014

Rootwords ou le hip-hop pacifiste

A la branche bling-bling et gangsta du hip-hop, le Genevois Rootwords préfère le courant pacifiste et unificateur de ce style musical. A entendre à Lausanne et à Zurich, dans le cadre du festival M4music organisé par le Pour-cent culturel Migros.

Rootwords
Le rappeur Rootwords (photo: Nicolas Righetti).

Pull graphique, coupe de cheveux savamment sculptée et pose timide: à Genève, Rootwords brise en une seconde les clichés du rappeur richement bijouté de toc tout droit sorti d’un ghetto.

«Ma musique s’inspire plutôt des pères fondateurs du hip-hop qui prônaient l’amour, la paix et l’unité, explique d’une douce voix Rootwords, de son vrai nom Julio Mwanso Nkowane. Le côté bling-bling et gangsta est venu par la suite lorsque des producteurs ont voulu rendre ce style plus commercial, plus accrocheur.»

A ce hip-hop underground, Root­words a ajouté une touche de reggae, de soul et d’électro pour un résultat percutant, à découvrir dans The Rush, son premier album dont la sortie est prévue le 28 mars.

Un citoyen du monde qui se sent à Genève à la maison

Côté textes, le rappeur, dans le sillage de ses modèles que sont Talib Kweli (en anglais) ou Common (en anglais), par exemple, est resté fidèle à une ligne où les paroles claquent dans le flow du rappeur et où les jeux de mots évoquent des images chères à l’auteur. «Pour moi, les frontières aliènent les peuples et créent des différences, alors que nous vivons tous ensemble sur la même planète. J’aimerais que ma musique ouvre les esprits.»

S’il est quelque peu idéaliste, le discours se base toutefois sur une expérience bien réelle. Né aux Etats-Unis où il a passé la première partie de son enfance, Rootwords a aussi longtemps vécu en Zambie, patrie de ses deux parents, avant d’arriver à Genève, où son père est venu travailler à l’Organisation mondiale de la santé. «Par la suite, j’ai commencé des études en relations internationales à Londres – car déjà je voulais changer le monde – avant d’aller habiter en Australie.»

De retour au bout du lac Léman – où il se sent à la maison –, Rootwords décide de concrétiser une idée qu’il avait en tête depuis ses 16 ans: devenir rappeur.

Mais la sage Genève est-elle vraiment la ville adéquate pour développer ce genre de musique? «You know, certains écrivains se réfugient dans des endroits reculés pour trouver l’inspiration. Pour moi, c’est pareil. J’ai justement besoin de ce calme pour que ma créativité s’exprime.»

En 2012, après avoir peaufiné ses titres, Rootwords présente son travail à un jury international évaluant chaque année près de huit cents maquettes dans le cadre de la Demotape Clinic du festival M4music. «Les jurés ont été assez cash. Ils m’ont par exemple reproché l’absence de vrai refrain.» Recalé.

Une fois la déception passée, Rootwords se remet à la tâche et se représente l’année suivante à ce même concours. «Le jury est toujours aussi direct, mais cette fois, les critiques étaient positives. On m’a dit que mes textes étaient mieux posés et que ma démo avait un niveau international. Au final, j’ai gagné le premier prix dans la catégorie Urban.»

L’histoire avec le festival ne s’arrête pas là, puisque cette année Rootwords y donnera deux concerts: l’un à Lausanne lors d’un showcase dans les studios de Couleur 3 et l’autre à Zurich. «Ce sont des rendez-vous importants pour moi, car toute la profession sera là.» Il est vrai que Rootwords n’a pas l’intention de s’arrêter en si bon chemin. A suivre donc.

© Migros Magazine – Pierre Wuthrich

Auteur: Pierre Wuthrich

Photographe: Nicolas Righetti / Rezo