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30 octobre 2015

Rouler les mécaniques, mode US

La chronique de Xavier Filliez, journaliste suisse exilé à New York.

"smart-balancing two-wheel electric scooter" photo
Dans les parcs (ici Prospect Park) et les rues de New York: un engin étrange a fait son apparition depuis quelques semaines. Le "smart-balancing two-wheel electric scooter" est-il une révolution ou une excentrique mode passagère?’

Il y eut la chaise à porteurs: Leo XIII (1878-1903). Le carrosse. La Mercedes-Benz Nürburg: 1930. La Lincoln Continental. La Citroën SM. Puis les tentatives d’assassinat et les gros véhicules blindés. Enfin, en 2015: la Fiat 500, l’humilité sur quatre roues, message subliminal d’un pape «frugal». C’était il y a quelques semaines lors de la visite du souverain pontife à New York et Washington.

Attention, contraste: Le président des Etats-Unis se cherche un nouvel avion. L’actuel «Air Force One» a fait son temps, un Boeing 747-200 dont la production a été interrompue il y a vingt ans et la vingtaine d’exemplaires en circulation s’offrent une deuxième vie de cargos dans les pays en voie de développement.

Le Congrès devra voter un premier crédit de 102 millions de dollars cette année, puis 3 milliards dans les cinq prochaines années pour rééditer deux exemplaires de ce palace new tech dont l’heure de vol coûte 180 000 $ et qui sera opérationnel en 2023, si les délais sont tenus, soit très vraisemblablement pour le successeur du successeur de Barack Obama.

Un Cessna de deuxième main eût été inconvenant, je sais. Le «leader du monde libre» doit pouvoir, en tout temps, déclencher une guerre, tenir des conférences, dormir à sa guise, faire sa gym, emmener des journalistes, éviter un missile, ou même rester en l’air à perpétuité si la situation au sol l’exige.

D’ailleurs, si l’Amérique était, en la matière, le fief des simples et des modestes, ça se saurait. Trump a sa flotte. 50Cent (qui est au tribunal pour banqueroute) étale ses Lamborghini à la télé. Floyd Mayweather ne sait plus quoi faire de ses Bentley qu’il dispose alors en éventail devant son jet privé pour les réseaux sociaux. Copieux, abondant, exhibitionniste.

Mais trêve de bashing. C’est l’originalité, l’exotisme, l’audace que je veux célébrer ici grâce à un nouveau moyen de transport, destiné au commun des mortels cette fois, et qui envahit les rues de New York et des grandes capitales. Le «smart-balancing two wheels electric scooter». Ou e-board. Ou mini-segway. Ou hoverboard.

Une planche, deux roues. Le «rider», de face, qui actionne un petit moteur électrique en balançant son corps vers l’avant ou l’arrière en tentant de garder l’équilibre. L’objet du futur se recharge en deux heures pour une autonomie de 20 km et une vitesse de 12 km/h.

Ce nouveau moyen de transport est, en même temps, un défi aux règles de circulation et de sécurité. Un garçon de 6 ans est mort écrasé par une voiture à Abu Dhabi il y a deux semaines. Les hoverboards sont déjà bannis de l’espace public à Hong Kong et au Royaume-Uni.

Révolution dans les transports publics ou excentricité éphémère? La revue WIRED célèbre le phénomène qui vient, évidemment, de Chine, mais dont les marques américaines commencent à inonder le marché. On dit qu’entre les drones et les Go-Pro, ce sera le gros carton des fêtes de fin d’année. (Justin Bieber en a déjà un).

C’est moins fancy qu’un gros-porteur customisé, pas tout à fait aussi frugal qu’une Fiat 500 papale, mais toujours mieux… qu’une Volkswagen, non?

Texte © Migros Magazine – Xavier Filliez

Auteur: Xavier Filliez

Photographe: Xavier Filliez