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8 juin 2017

L’énigme des totems à Veysonnaz (VS)

Pour bien commencer l’été, une balade facile qui conjugue plaisir de marcher avec gourmandises et jeu de devinettes. Le sentier des masques, entre Thyon 2000 et Veysonnaz (VS), s’adresse à toutes les familles qui ont envie de s’aérer en s’amusant.

A chaque poste du sentier des masques, une devinette. De quoi s’instruire en cheminant.
A chaque poste du sentier des masques, une devinette. De quoi s’instruire en cheminant.

Le tracé du jour semble avoir été dessiné pour les paresseux du mollet et les enfants qui rechignent à marcher: que de la descente facile, agrémentée d’une dizaine de totems aux masques grimaçants, qui proposent à chaque fois infos et devinettes sur un aspect du Valais (empreintes et cris des animaux, transhumance, noms des montagnes, etc.). Qui dit mieux?

La balade commence donc par une montée panoramique en télécabine, le temps de rejoindre Thyon 2000. Ce complexe des années 1970, avec ses locatifs pensés pour le prêt-à-skier, prend des airs lunaires en cette saison. Appartements vides, pylônes désolés, télésièges immobiles. Rien ne bouge sur les pentes herbeuses à peine remises de l’hiver, à part Kenzi, jeune Saint-Bernard qui accompagne son maître Jean-Noël Glassey pour cette rando. «J’ai fait une première version de ce sentier en 2001, avec une brochure didactique pour mêler tourisme et vie d’autrefois. L’idée était aussi d’amener les gens à découvrir la région en douceur plutôt que de descendre tout droit jusqu’au village», explique l’accompagnateur de montagne, qui est aussi chevrier, ânier et spécialiste des toits de bardeaux à ses heures.

Des vestiges du rail

L’itinéraire vient d’être refait, son tracé un peu modifié, désormais balisé par des panneaux verts avec l’inscription «Le sentier des masques». Lequel démarre à l’arrivée de la télécabine par la droite, juste sous le restaurant du Mont-Rouge. Première curiosité en passant sous un pont en arcade: il reste d’étranges vestiges de rail. «Il y avait un train à crémaillère qui montait autrefois jusqu’ici. Il était en fonction pendant la construction du barrage de la Grande-Dixence dans les années 1960», explique Jean-Noël Glassey.

Le chemin sautille entre les alchémilles et les anémones blanches miniatures. Kenzi file en tous sens à la recherche des points d’eau, trouve un abreuvoir et s’y plonge tout entière! Cette première partie de l’itinéraire est très ensoleillée, tournée vers le val d’Hérens avec, en toile de fond, la Dent-Blanche et le Cervin, dos busqué qui descend vers l’Italie.

Un peu plus bas, le sentier traverse la route goudronnée avant de s’enfoncer dans la forêt. Changement de décor: dans les ombres du versant nord, les épicéas remplacent progressivement les mélèzes. Sous la semelle, le sol jonché d’aiguilles se fait incroyablement doux, amortissant chaque pas. «On est en pleine salle à manger ici», dit soudain Jean-Noël Glassey en regardant par terre. Les restes de pives témoignent du passage des écureuils qui, c’est bien connu, ne finis­sent jamais leur assiette!

A certains endroits, les branches sont entièrement recouvertes de longs lichens grisâtres, genre cheveux de sorcière. Mais pas de quoi s’inquiéter, au contraire.

C’est le signe de la vivacité de l’arbre et un très bon indicateur de la qualité de l’air. En plaine, on voit rarement ce genre de lichen.»

Au premier tiers de la balade, on rejoint déjà un petit coin idyllique, le Gouilly d’en Haut, avec son tout petit lac, sa source fraîche et sa table pour le pique-nique. On repart plus léger, toujours en sous-bois jusqu’au coup de théâtre. La forêt s’ouvre tout à coup comme un rideau laissant apparaître des bavettes de neige sale qui s’attardent dans les creux et une vue plongeante sur la ville de Sion. Bienvenue sur la mythique piste de l’Ours: 3347 m de long pour une pente à 51% par endroits! Elle a été tracée en 1968 en prévision des Jeux olympiques de 1972. Et même si la capitale valaisanne n’a pas eu les Jeux, la piste reste un terrain prisé pour divers championnats de ski.

Un totem à tête de Frankenstein

Le sentier continue dans la forêt en clair-obscur, «une forêt tranquille, bien à l’abri, loin de tout, idéale pour les cerfs.» D’immenses blocs de pierre en contrebas structurent le paysage, on slalome entre les fûts au milieu des éclaboussures de lumière. Et voilà encore un totem, celui-ci à tête de Frankenstein, qui propose son énigme sur les empreintes d’animaux. A signaler que tous ces masques de bois ont été construits par l’atelier OSEO de Sion, qui occupe des jeunes sans emploi. Une belle réussite.

Soudain la forêt devient plus clairsemée, les tiges s’allongent, feuillus et mélèzes reviennent dans le décor. On déboule en plein soleil. Le panorama s’ouvre sur une pente vallonnée avec sa prairie de pissenlits, juste en face des Alpes vaudoises. Un observatoire perché dans un arbre permet aux promeneurs – mais pas aux chasseurs – de guetter les chevreuils. On est au sommet des mayens, granges à foin restaurées pour certaines, abandonnées pour d’autres. Comme celle-ci, accoudée à un sorbier, qui s’affaisse lentement et part de guingois façon cabane d’un tableau de Chagall.

Décor champêtre

Le chemin devient vraiment champêtre, le temps de frôler le petit bisse de Verrey avant de plonger, entre les herbes hautes, sur le vallon de Nendaz. Un argousier au feuillage gris-bleu amoureusement emmêlé aux aiguilles tendres d’un mélèze, des églantiers aux mille épines et la populage des marais donnent à cet endroit une fraîcheur émouvante.

A ce stade de la balade, le marcheur peut faire une pause panachée à la terrasse de la Remointze (réputée pour son menu de chasse en automne), bucolique en diable, ou continuer direct par la route goudronnée qui fend en deux une frémissante prairie d’ombellifères.

On se retrouve à l’aplomb de la plaine du Rhône, entre géraniums et myosotis, tandis que deux splendides vaches d’Hérens, robe d’ébène luisante, attendent l’heure de l’inalpe. On traverse les derniers pâturages, qui vibrent et frémissent de vies clandestines. La tentation est grande, enfin, de s’arrêter au Caboulis, à dix minutes à peine de l’arrivée. L’adresse est hospitalière, avec sa terrasse panoramique, sa place de jeux, ses hamacs et sa carte ravigotante. Il faut dire que Jean-Noël Glassey est aussi le restaurateur des lieux, ce serait dommage de passer tout droit…

Textes: © Migros Magazine / Patricia Brambilla

Auteur: Patricia Brambilla

Photographe: Isabelle Favre