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5 octobre 2015

La femme aux chapeaux

Les couvre-chefs, Sabine Beauverd aime les porter... et surtout les confectionner! Chapelière-modiste à Yverdon-les-Bains (VD), elle jongle joyeusement avec les matières, les couleurs et les formes.

Chapelière-modiste depuis quatre ans, Sabine Beauverd adore que ses clients lui laissent carte blanche.
Chapelière-modiste depuis quatre ans, Sabine Beauverd adore que ses clients lui laissent carte blanche.

Paille, feutre ou tissu? Plume d’autruche ou de héron? Couleurs vives ou tendres? Au royaume des chapeaux, les déclinaisons sont infinies. Et c’est bien cela qui fait le bonheur de Sabine Beauverd, 36 ans, modiste à Yverdon-les-Bains (VD): «J’adore quand mes clients me laissent carte blanche! Ainsi, je peux marier les teintes et assortir les ornements. Le tout en fonction de la personnalité du futur propriétaire, bien sûr: pour quelqu’un d’extraverti, je prévoirai par exemple un bord assez large; en revanche, pour les plus discrets, j’opterai pour une simple petite fleur...»

Voilà quatre ans que la Vaudoise a décidé de satisfaire ses aspirations artistiques («J’ai toujours aimé les travaux manuels, la couture, le tricot...»): auparavant technicienne en radiologie, elle s’est lancée avec passion dans une formation de chapelière à Bienne:

J’ai appris la base du métier, surtout le travail du feutre. Après, c’est une question d’imagination, il n’y a pas de recette.»

Si elle conserve aujourd’hui un emploi à 80% dans le domaine médical, elle ne considère pas pour autant la réalisation de couvre-chefs comme un simple hobby. «Je l’envisage vraiment comme un métier.»

D’autant qu’elle réalise ses galurins de A à Z, en utilisant des formes en bois... qu’elle s’est procurées non sans difficultés: «Ici, on en trouve peu, ou alors elles sont très chers. Mon professeur m’en a vendu trois et j’ai commandé les autres en Hollande. Le reste de mon matériel vient essentiellement d’Autriche, un pays où le culte du chapeau est beaucoup plus présent.»

Des boîtes remplies de trésors

Capeline, chapeau-cloche ou bérets: là encore, les possibilités sont variées. Une fois le modèle sélectionné, elle trempe un cône de feutre dans de l’eau bouillante: le tissu se dilate et elle peut alors le placer sur la forme, en tendre les bords et les fixer sur le bois. Un travail quelque peu physique autrefois accompli essentiellement par des hommes.

Vingt-quatre heures plus tard, le chapeau est sec et je peux passer à la décoration.»

C’est alors le moment de se plonger dans son trésor, patiemment accumulé au fil des années: des boîtes entières remplies de plumes de toutes sortes, où les paons côtoient les pintades et les coqs. Si elle achète parfois des «bouquets» déjà composés, Sabine Beauverd aime également laisser parler sa créativité.

En général, lorsque j’acquiers des nouvelles plumes, je visualise déjà le chapeau.»

«Au début, je dessinais des petits croquis, mais j’ai abandonné parce que ça prenait trop de temps.»

Dans sa caverne d’Ali Baba – un atelier improvisé dans le sous-sol de la maison familiale – on trouve également nombre de ses réalisations: couvre-chefs de paille pour l’été, en mailles plus ou moins serrées, bobs en coton aux motifs colorés, extravagants bibis (mini-coiffe à fixer à l’aide de pinces) ornés de tourbillons en sinamay, une matière à base de fibres de bananier que la Vaudoise apprécie particulièrement.

«Je suis obligée de proposer une certaine variété. Certaines personnes viennent avec une idée très précise de ce qu’elles veulent. Je ne finalise jamais une pièce avant que le client ne l’approuve, l’important étant qu’il se sente à l’aise au moment de la porter. Ce serait dommage qu’elle reste cachée dans une armoire.»

Aujourd’hui, elle peut en tous les cas compter sur quelques fidèles qui viennent régulièrement acquérir un nouveau galurin. «Cela fonctionne beaucoup au bouche à oreille. Mes amies et collègues en ont parlé autour d’elles.» Elle a également eu la possibilité d’exposer ses créations dans un magasin de prêt-à-porter à Yverdon ainsi que dans une boutique à Avenches (VD). Une belle publicité!

A chaque tête son chapeau

Si elle a déjà assuré plusieurs mariages, entre chapeaux et boutonnières, et qu’elle a entamé des négociations pour exporter ses réalisations en Angleterre, Sabine Beauverd se verrait tout à fait travailler dans le monde de la scène:

J’aimerais bien collaborer avec des troupes de théâtre, confectionner des coiffes accordées aux costumes.»

Son rêve? Pouvoir enfin vivre de sa passion. «Et posséder mon propre atelier-boutique! Mais je suis confiante, ça va venir...» Elle tient également à tordre le cou à une idée largement répandue, à savoir que nous n’aurions pas tous une tête à chapeau. «C’est faux! Le tout est de définir quel modèle convient le mieux à la forme de votre visage.»

Texte © Migros Magazine – Tania Araman

Auteur: Tania Araman

Photographe: Mathieu Spohn