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1 mai 2015

Sain comme un Américain

Patriotes: oui. Egocentriques: franchement, pas plus que l’Helvète moyen. Puritains, mouais, j’ai vu pire. Matérialistes: je passe mon tour. (Malgré mes efforts, je n’ai toujours rien d’un Bouddha). En huit mois, j’ai déjà dégommé pas mal de préjugés sur les Américains. En voici un de plus qui ne résiste pas à l’expérience de l’immersion: ils bouffent comme des sagouins.

un rayon "fruits et légumes" chez Food Coop
Les joies de la Food Coop: un rayon "fruits et légumes" privilégiant le bio et le commerce équitable. Le jardin n'est pas loin...

J’ai la preuve que, non, la junk food, les ribs sauce BBQ, le surpoids, les tailles XXL ne sont pas toujours l’obsession de la majorité aux USA. Ça a commencé avec nos copains Kate et Jamie, pures souches, elle Pennsylvanienne, lui New-Yorkais. Ils sont végétariens. Mais donc, vraiment: le jour du Super Bowl, c’était: beans, gâteau de maïs, fromages à pâte molle. Leur gril de «compète» dans le jardin? C’est pour dorer les asperges. Et c’est une tuerie.

La carte de membre de Xavier Filliez à la Food Coop de Park Slope.
La carte de membre de Xavier Filliez à la Food Coop de Park Slope.

C’est aussi grâce (ou à cause d’eux) que je me suis inscrit à la Food Coop. Je m’y étais solennellement et peut-être un peu précipitamment engagé, ici même, il y a deux mois. Je l’ai donc fait. En deux mots: la Food Coop de Park Slope (lien en anglais),c’est de la bonne nourriture bio, du commerce équitable, une dose de bonne conscience, pas loin de chez nous, à des prix défiant allègrement les enseignes commerciales.

On peut dire qu’il y a deux étapes une fois que tu as adhéré - et digéré les deux heures de séance d’information obligatoires. L’étape des courses, inédite, excitante, exploratoire. Le magasin, sur Union Street, fait très petite épicerie de quartier avec un rayon «fruits et légumes» mieux que n’importe quelle vente à la ferme.

Dans nos assiettes, il y a des radis (bio), des fraises (bio), des tomates-cerises (bio), des asperges (bio), du Brie, des avocats (bio), des noix, du jus de pomme (bio), de la pancetta («made with pork raised without antibiotics») (produit avec des porcs issus d'un élevage sans antibiotiques, ndlr.) absolument sans concurrence.

On les ramène à la maison dans un sac réutilisable, ce qui contraste avec les tonnes de plastique distribuées dans les grands magasins qui finissent par décorer les arbres du quartier. Euphorie enfin en scrutant ton ticket de caisse: 20 à 40% de ristourne par rapport à la grande distribution.

Une bénévole en train de travailler devant le supermarché.
Chaque coopérateur doit travailler 2 heures 45 par mois pour avoir le privilège de faire ses courses à la Food Coop.

L’autre étape est moins… lyrique. C’est le travail bénévole. Oui, c’est à ce prix que tu peux joindre la grande tribu des coopérateurs. En travaillant 2 heures 45 par mois dans un secteur du magasin de ton choix. J’ai fait mon premier «shift» vendredi dernier, au «receiving» (réception).

Avec Eva-Joe, ma partenaire du jour, une Suédoise qui vit ici depuis dix ans, on a enfilé nos gants et notre tablier, réceptionné la marchandise, roulé des chariots, fait du «shelving» (mise en rayon). C’était loin d’être traumatisant. Ça m’a vaguement rappelé mes années dans un supermarché de Saint-Jean, Genève. J’étais étudiant. J’ignorais tout du bénévolat. Et je m’enfilais un ou deux McDo par semaine. Où ça vous mène, la vie…

Texte © Migros Magazine – Xavier Filliez

Auteur: Xavier Filliez

Photographe: Xavier Filliez