Archives
1 octobre 2012

Sales jeunes

Martina Chyba nous parle des "petits jeunes", mal aimés de la société.

Martina Chyba
Martina Chyba, 
journaliste et 
productrice à la RTS.

Moi, je l’avoue, j’aime bien les petits jeunes. Bon, pas dans mon lit comme Madonna, le côté «viens faire un câlin à mamie et après tu auras un sou pour t’acheter un truc» ne me paraissant envisageable en aucune manière. Non, j’aime les petits jeunes qui sont là, dans la société. Pourquoi est-ce que je les aime bien? Parce qu’ils sont jeunes alors que de mon côté l’ultime tempête hormonale menace? Peut-être. Mais surtout parce qu’ils sont la vie qui continue et, qu’on le veuille ou non, l’avenir.

Le problème, c’est qu’on les traite comme de la merde. On dit qu’ils ont tout, qu’ils sont incultes, scotchés à leurs écrans, qu’ils n’ont pas le goût de l’effort, qu’ils sont violents, qu’ils boivent gna gna gna. Ils ont peut-être tout, mais on ne leur donne pas grand-chose. Aujourd’hui, pour eux, trouver un emploi, un logement, une place dans la vie ou une place de parc (bon ça c’est valable pour nous aussi), c’est la jungle.

Les petits jeunes, ils ont peut-être tout, mais on ne leur donne pas grand-chose.

Dernier exemple en date, on apprend que les jeunes conducteurs paient jusqu’à douze fois plus cher pour une casco voiture. Pourquoi? Parce qu’ils provoquent plus d’accidents, il paraît. Mais dites hé, les papis à chapeau, les mamies à cataracte, ils ne provoquent pas des accidents aussi? Oui mais pas autant. C’est, nous dit-on, la loi du marché. Qui coûte paie.

Ah ouais? Alors appliquons ça à la délicieuse assurance-maladie dont vous êtes en train de recevoir les délicieuses primes en ce moment. Qui coûte le plus cher? Les vieux, et c’est normal, vous savez ce qu’on dit: «A partir de 60 ans, si tu te réveilles et que tu n’as mal nulle part, c’est que tu es mort.» Ça vaut même à partir de 45, je peux témoigner. Bref, les jeunes ne coûtent rien. Mais ils paient des saladiers. Pourquoi ? Ah mais ça, ma bonne dame, c’est le principe de solidarité entre les générations. Comme pour l’AVS et le 2e pilier.

François Mitterrand (qui faisait pourtant partie de ces gens dont on dirait qu’ils n’ont jamais été jeunes) avait affirmé à la Tribune de l’Assemblée nationale en 1968: «La jeunesse n’a pas toujours raison. Mais la société qui la frappe a toujours tort.» A méditer. Et finalement la bonne nouvelle dans l’histoire de la casco, c’est que les jeunes vont de moins en moins être obligés de la payer, vu qu’ils ont de moins en moins les moyens d’acheter une voiture.

Auteur: Martina Chyba