Archives
23 mars 2017

«C’est vertigineux et excitant en même temps!»

Fraîchement adoubée par la presse spécialisée internationale, Sandor a débarqué comme un ovni sur la scène musicale suisse. Avec sa pop synthétique inspirée des années quatre-vingt, la Lausannoise d’adoption compte bien y faire sa place.

Dans le cadre du festival M4music, Sandor sera en showcase le jeudi 30 mars au Studio 15 de Couleur 3. Le concert sera diffusé en direct sur les ondes de la radio.
Dans le cadre du festival M4music, Sandor sera en showcase le jeudi 30 mars 2017 au Studio 15 de Couleur 3. Le concert sera diffusé en direct sur les ondes.

Sandor, vous préférez que l’on vous appelle par votre nom de scène. Pourquoi tenez-vous à l’anonymat?

Comme je travaille aussi comme enseignante en primaire, c’est pour moi une façon de bien séparer vie publique et vie privée.

D’où vous vient votre amour pour la musique?

J’ai grandi dans une famille de mélomanes. Ma mère jouait du piano et mon père du saxophone. Dans notre maison familiale à Vissoie (VS), mon matelas à même le sol, la tête sur l’oreiller, j’écoutais le soir le saxo de mon père résonner depuis en bas.

Et comment avez-vous choisi la guitare?

J’ai entendu un solo de Brian May (Queen) alors que j’avais 5 ou 6 ans. J’ai été fascinée par cet instrument. J’ai dû attendre quelques années avant de recevoir ma première guitare… une classique! Ce fut un mélange de joie et de déception. Je savais déjà que ce n’était pas vraiment l’instrument de mes rêves. Finalement, à 14 ans, j’ai eu droit à une guitare électrique, une Fender Stratocaster.

Vous avez à présent 35 ans, pourquoi avoir attendu autant avant de vous lancer?

Pendant des années, je n’ai joué que pour moi. Je voulais que tout soit parfait. J’avais peur de présenter à des professionnels un projet non abouti. Lorsque j’ai été satisfaite, il y a trois ans, j’ai commencé à travailler sur les arrangements avec Jérémie Duciel, mon partenaire sur ce projet.

Dans quel état d’esprit devez-vous être pour composer?

Je compose seule, afin que mes textes soient le plus authentiques. Il m’arrive de m’astreindre au travail, manger et sortir au minimum, plonger au plus profond de moi-même. Je travaille de façon très intuitive. Beaucoup de mes chansons ont été composées après des événements forts, comme une rupture. C’est des moments intenses d’introspection.

Ecoutez un titre de Sandor:

On observe souvent chez les artistes un besoin viscéral de s’exprimer, avez-vous quelque chose qui vous brûle les lèvres?

J’essaie de faire passer un message d’amour. Je suis très attachée aux valeurs traditionnelles telles que le travail, les liens entre les générations, l’éducation – bon ça c’est peut-être dû à mon activité de prof – et l’identité, notamment de genre. Mais je n’ai pas de message à faire passer au monde. Ce que j’exprime est plutôt du niveau de l’intime. J’ai horreur de montrer mes faiblesses. Mes textes sont donc mon exutoire personnel.

Ceux-ci sont très poétiques; la poésie est-elle ici une façon codée de parler de l’intime?

Tout à fait. Je n’aime pas me confier. Lorsque je le fais, c’est avec beaucoup de pudeur. Paradoxalement, dans mes chansons, je me confie indirectement au monde entier.

Quel a été le détonateur de votre carrière?

Tout est allé très très vite. Il y a un an, je donnais le troisième concert de ma carrière, une date importante où je faisais la première partie d’une artiste très reconnue. Les billets ont été vendus hyper-rapidement. Puis j’ai joué aux Transmusicales de Rennes. Il y a eu ensuite comme une validation générale. Les radios ont commencé à passer mes titres, c’était la consécration. Depuis, ça n’arrête pas. C’est vertigineux et excitant en même temps!

Vous attendiez-vous à ce qui est en train de se passer?

Pas du tout. Il y a quelques mois, ma maman m’a demandé quel était mon rêve le plus fou pour ma musique. Je lui ai répondu: un article dans Les Inrocks. C’était pour moi quelque chose d’inatteignable.

Et c’est arrivé…

En effet. C’était de la science-fiction. J’avais l’impression d’être Slumdog Millionaire. Heureusement que j’ai l’école, car lorsqu’il y a piscine le vendredi ou que les poux ont débarqué, je peux vous dire que ça remet les pieds sur terre.

Quels sont vos prochains objectifs?

J’aimerais bien faire les grands festivals suisses, tels que Paléo et Montreux Jazz. J’ai eu la reconnaissance des pros, j’aimerais maintenant avoir la reconnaissance du public.

Vous avez été d’abord reconnue par la France, les artistes suisses doivent-ils être adoubés par nos voisins pour connaître du succès chez eux?

Les Inrocks sont LA référence en termes de bonne musique. Nous n’avons pas d’équivalent chez nous. Pareil pour les Transmusicales de Rennes. Ce festival est un peu le «salon de la musique qu’il faut écouter cette année». Tous les programmateurs, la presse spécialisée et un large public y sont présents. Je viens aussi d’apprendre que j’allais jouer au Printemps de Bourges, c’est encore une autre étape. Ma manager dit que pour l’instant c’est le parcours idéal.

Comment gérez-vous votre succès et ce nouveau rythme?

Derrière tout ça il y a énormément de travail et de persévérance. Je bosse jour et nuit. De nombreuses personnes œuvrent à la réussite de ce projet. Je suis une grande anxieuse, je répète mon live tous les jours pendant des heures afin de laisser le moins de place possible pour l’imprévu.

Vous allez jouer dans le studio 15 de Couleur 3 pour le lancement de M4music, l’un des grands festivals de musique en Suisse, qu’attendez-vous de cette date?

L’important pour moi est de faire de la scène et de rencontrer mon public. Je veux toucher le plus possible, que ce soit des professionnels ou le public. J’aime le sentiment de collectivité. Ça me désole que l’on vive tous dans des mondes séparés. Du coup, ça me touche particulièrement de voir que l’on est sensible aux mêmes émotions et que les gens se reconnaissent dans mes chansons.

Et vous, dans quelle musique vous reconnaissez-vous?

En tant que francophone, on est tous un peu des enfants de Gainsbourg ou de Berger. J’ai grandi avec ça dans les années quatre-vingt, j’ai assimilé cette musique et ça s’entend.

M4music est le festival de musique pop du Pour-cent culturel Migros qui aura lieu à Lausanne et à Zurich du 30 mars au 1er avril 2017. Infos: m4music.ch

Retrouvez toutes les dates des concerts de Sandor sur: sandormusic.com Soutenez le projet en participant au wemakeit sur www.wemakeit.com/project/sandor

Auteur: Estelle Dorsaz

Photographe: Dominique Smaz