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29 avril 2013

Sans zéro, nous serions nuls…

Le zéro est un chiffre tout aussi convoité qu'irremplaçable, mais qui n'a pas toujours existé, comme nous l'explique cette semaine Isabelle Kottelat.

Dessin d'un zéro entre le positif et le négatif
Le zéro est à la frontière entre deux univers mathématiques...

Le zéro, il fallait l’inventer. Déjà parce que sans double zéro, pas de James Bond. Et qu’aurait fait Peugeot, lui qui a fait protéger le zéro central du nom de ses modèles, hein? C’est que les premières automobiles nécessitaient une manivelle à tourner pour démarrer. Donc un trou pour l’enfoncer. Cet emplacement est à l’origine du zéro central des 201, 404 ou 206. Même qu’il est devenu bouton d’ouverture de coffre pour la 307.

Et mal en a pris à Porsche de vouloir lancer sa 909: le géant automobile a dû se rabattre sur le numéro 911, pas protégé lui. Bon, Boeing a quand même pu garder son 707, après moult négociations; mais c’est bien parce qu’il ne volait pas dans la même catégorie…

Or donc, le zéro n’est pas aussi vieux que le monde. Il n’est même pas né de la dernière glaciation – là où l’eau devient glace et vice versa – lui qui sert justement de base à notre système de mesure des températures et à séparer les chiffres positifs des négatifs. Ce sont les Indiens qui l’ont inventé en 628 de notre ère: ils l’ont appelé Shûnya (le vide) et lui ont donné toute sa valeur de nombre. On doit aussi à l’Inde notre base 10 et nos chiffres, après quelque 800 ans de transformations dont un détour par les Arabes. Avant, on faisait sans, et se contentait d’un vide. Comme s’il n’existait pas, le zéro, qui symbolise l’absence. Sachant cela, veuillez désormais traduire la phrase suivante: «Les maris sont zéro en cuisine» par «Ils n’y sont pas…»

Pour en revenir à notre ovoïde, s’il était quand même un peu utilisé par les Babyloniens déjà au IIIe siècle avant Jésus-Christ, ces habitants de la Mésopotamie lui demandaient juste de marquer la position vide entre deux chiffres dans les centaines par exemple. Les Mayas, eux, avaient carrément défini deux zéros, l’un pour les dates, l’autre pour les chiffres! Tandis que les Romains ont totalement ignoré cet objet mathématique, les astronomes grecs, eux, s’y sont un brin intéressés; ils ont légèrement amélioré le concept avant de le refiler aux Indiens qui ont fait le reste du travail.

Aujourd’hui, selon les peuples, il est plus ou moins rond ou ovale. Avec un point au centre chez les Birmans. Ou carrément un point c’est tout dans l’alphabet arabe oriental et persan.

Auteur: Isabelle Kottelat

Photographe: Konrad Beck