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1 mai 2017

Une croqueuse de vie

Pleine de sensibilité, la Vaudoise Sarah Sarah Joliat a créé son entreprise de pompes funèbres. Pour une approche plus naturelle et moins compassée de la mort.

Sarah Joliat
Sarah Joliat est l'une des rares femmes croque-morts.

Etre ou ne pas être

Elle est toute en contrastes. Intuitive, touche-à-tout, tatouée, sensible, pleine d’énergie et… croque-mort. Oui, à 36 ans, Sarah Joliat est une des rares femmes entrepreneuse de pompes funèbres, un «beau métier qui l’apaise», et qu’elle a su renouveler avec finesse et intelligence. Pas franchement prédestinée à ça, elle démarre dans la vie avec mille métiers, autant de chemins inachevés qui l’ont amenée, un matin, au déclic: faire un stage dans l’entreprise de pompes funèbres qu’elle voyait tous les jours depuis sa fenêtre.

Je me suis dit que c’était pour moi. C’était comme une thérapie. A partir de ce moment-là, ma vie est devenue vraiment belle.»

Le stage s’est mué en profession, et en 2011, elle lance avec un associé sa propre entreprise Les pompes funèbres du Léman à Vevey (VD). Envie d’offrir des cérémonies plus créatives, sur mesure, au plus près de la nature, de mettre une étincelle de joie au cœur des heures graves. «On accueille le chagrin des familles, avec compassion, mais on offre aussi un sourire.»

Aujourd’hui, la jeune femme a vaincu ses peurs et propose même des ateliers sur le deuil. «J’aime ce contact avec les défunts, et avec les vivants. Les échanges avec les familles sont toujours intenses.» Grande voyageuse, bassiste à ses heures, Sarah Joliat est encore jongleuse de feu. Toujours cette manière de côtoyer la mort pour mieux tenir le fil de la vie.

Une journée avec Sarah Joliat

9h00 Petit déj’«Avec mon associé Philippe Seidel, on aime bien prendre le petit-déjeuner au bureau. Une grande tasse d’eau chaude ou de thé et des croissants, selon l’envie. On discute un peu du boulot, mais de manière très informelle. C’est plutôt un moment de détente pour bien commencer la journée.»

10h00 Au dépôt«Il y a la préparation des corps, mais aussi celle des cercueils. D’abord dévisser les couvercles, mettre un carton pour surélever le corps, installer le capiton en soie ou en lin biodégradable, visser les poignées…»

14h00 Au cimetière«Ce sont des lieux calmes, apaisants. Quand je voyage dans les autres pays, je visite toujours les cimetières. En France, il y a beaucoup de pierre, alors qu’en Ecosse, ils sont magnifiques: un tapis d’herbe verte fluo et beaucoup de vieux monuments…»

Urnes«Je voulais des urnes avec la symbolique de la nature, notamment pour les cérémonies en plein air. C’est pourquoi on propose des urnes en sable, en sel, qui se dissolvent dans l’eau, ou en fibre de coco avec un couvercle de terreau où l’on peut insérer une graine d’arbre… Même si la mort reste encore taboue, les gens recherchent des enterrements moins conventionnels.»

17h00 Acrobaties«J’ai commencé le BMX il y a deux ans, parce que mon fils voulait en faire. Et j’ai trouvé ça génial! J’essaie de réaliser des figures au sol, je suis trop vieille pour le tremplin… Mais pour moi, c’est un challenge. J’aime la recherche d’équilibre et ça me vide la tête.»

18h00 Energies de vie«J’ai suivi plusieurs formations pour pouvoir proposer des soins différents, reiki, bols tibétains, pèlerinage de l’âme... Je me sens de le faire, parce que j’aime donner aux autres. Je suis contente dès que je peux aider. C’est un moment de la journée où j’essaie de garder les gens en vie!»

La mort dans la peau«J’ai un tatouage sur le bras représentant un mantra tibétain, le dieu Ganesh et un crâne discret dans une fleur de lotus… Quand je porte en plus un t-shirt avec une tête de mort, on me dit que je suis rock’n roll!»

Texte: © Migros Magazine / Patricia Brambilla

Auteur: Patricia Brambilla

Photographe: Mathieu Rod