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22 mai 2017

Madame Noé

Plus de deux cents animaux – la plupart sauvages – ont trouvé refuge au domaine de Bel-Air, sur les hauts du Landeron (NE). Pour le plus grand bonheur de Sarah Quiquerez, une paysanne qui a concrétisé son rêve de petite fille en créant ce zoo atypique.

Sarah Quiquerez avec ces capybarasles, les plus gros rongeurs du monde.

L’arche est pleine

A la verticale du Landeron (NE), dominant les lacs de Bienne et de Neuchâtel, il est un drôle de petit zoo … Ou plutôt, comme le précise Sarah Quiquerez, la maîtresse des lieux, «un refuge pour animaux qui auraient été abandonnés ou euthanasiés si je ne les avais pas recueillis». A l’image de ces cinq capybaras (les plus gros rongeurs du monde), nés à Rapperswil (SG), que vient de lui confier Fredy Knie.

Amie des bêtes depuis qu’elle est haute comme trois pommes, cette paysanne bio préfère d’ailleurs cultiver céréales et patates plutôt que sacrifier les agneaux de son troupeau. «Les vendre pour la viande, ça me fend le cœur!» Ce qui l’attriste aussi, c’est de devoir dorénavant refuser de nouveaux hôtes en détresse. «Les entrées, les recettes du restaurant et les dons ne suffisent pas à couvrir les frais. Je n’ai plus les moyens financiers d’en accueillir davantage. L’arche est pleine.»

Alpagas, furets, écureuils de Chine, moutons, perroquets, porcs-épics, tortues, paons, yaks, wallabys… Aujourd’hui, ce sont ainsi plus de 200 animaux de 28 espèces différentes qui coulent des jours heureux au sein du domaine de Bel-Air. «Ici, le visiteur est roi, on s’en occupe et on le respecte, mais c’est le bien-être de nos animaux qui prime.»

Une journée avec Sarah Quiquerez

7h00 A la carte«Le matin, je prépare la nourriture pour les animaux. Chaque espèce a son régime particulier. En général, ce sont des compléments alimentaires aux herbages que l’on trouve en abondance sur le domaine.»

8h00 Tournée générale«On fait la grande tournée du matin (il y en a aussi une plus brève le soir, ndlr) avec un petit véhicule. On visite chaque parc, on donne à manger, on nettoie et on prodigue des soins si nécessaire. C’est l’un des moments les plus agréables de la journée parce qu’on est en contact avec les animaux.»

12h00 «Pause» midi«A midi, je retrouve mon mari et mon fils cadet. Autour de la table, il peut aussi y avoir d’autres personnes: des amis, des apprentis et des gens qui nous donnent des coups de main. Comme je fais à manger et que je sers, c’est plus une corvée qu’une pause pour moi. Je préférerais nettement continuer de travailler.»

Scie sauteuse«Quand j’étais petite, les poupées ne m’intéressaient pas, je préférais les outils. Ma maman m’a offert une scie sauteuse pour mes 14 ou 15 ans, je ne vous dis pas le bonheur que j’ai ressenti à ce moment-là! Cette scie, je l’ai d’ailleurs toujours et elle fonctionne très bien.»

13h00 Reine de la bricole«Entretenir et améliorer un tel domaine demande un max de travail. A part le sanitaire et l’électricité, je fais tout moi-même, de la réparation d’un enclos un peu vieillot à la construction d’un chalet dans lequel il sera bientôt possible de vivre des nuitées insolites.»

15h00 Génies des alpages«Durant près de dix ans, j’ai eu des brebis laitières. Je vendais une partie du lait et je faisais du fromage et des yogourts avec le solde. Aujourd’hui, j’en ai encore une soixantaine de dix-huit races différentes. On dit qu’il n’y a pas plus con qu’un mouton, mais moi je les trouve plutôt attachants.»

Pile de paperasse«Chez moi, la paperasse a tendance à se multiplier. Parce que je suis agricultrice, bio en prime, que j’exploite un zoo et également un restaurant, et que j’emploie des apprentis. A la fin, je vous jure que ça fait une montagne de paperasse. La bureaucratie, ça use et ça épuise!»

Texte: © Migros Magazine | Alain Portner

Auteur: Alain Portner

Photographe: Matthieu Spohn