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2 décembre 2013

Se marier? Oui, mais pas à l’église!

Chez les catholiques comme chez les réformés, le nombre d’unions célébrées religieusement ne cesse de baisser. Autopsie d’une tendance, entre individualisation de la société et déclin de la foi.

En vingt ans seulement, le nombre de mariages religieux a diminué d’environ 60% en Suisse.
En vingt ans, le nombre de mariages religieux a diminué d’environ 60% en Suisse. Photo Keystone

Les chrétiens refractaires au mariage à l’église? C’est ce que laissent clairement supposer les statistiques publiées fin novembre par l’Institut suisse de sociologie pastorale de Saint-Gall. En 2011 et 2012, seul un tiers des couples catholiques (ndlr: les couples mixtes sont également pris en compte) s’étant unis dans notre pays se sont dit oui devant le prêtre. Une tendance qui ne cesse de se confirmer depuis quelques décennies: en vingt ans seulement, le nombre de mariages religieux a diminué d’environ 60%. La faute au déclin progressif de la foi et à l’individualisation de la société . Et si les couples réformés sont un peu moins touchés par le phénomène, on doit chercher la raison dans l’impossibilité pour les catholiques divorcés de se remarier à l’église.

Mais la Suisse ne fait pas figure d’exception. Nos voisins français ont enregistré une baisse similaire entre 1990 (147 146 mariages catholiques) et 2011 (71 146). Même les pays du sud de l’Europe (Italie, Portugal, Espagne) voient baisser depuis quelques années leur nombre d’unions célébrées à l’église. Une tendance à laquelle échappe encore en revanche l’Europe de l’Est.

Qu’en est-il des autres religions? Du côté de l’Eglise orthodoxe suisse, on ne dispose d’aucune donnée statistique précise. Mais il serait bien possible que le nombre de mariages soit en hausse, un phénomène qui s’expliquerait en grande partie par l’extension de la population de cette confession. Aucun chiffre non plus à la Fédération suisse des communautés israélites, les unions religieuses n’étant pas nécessairement célébrées au sein d’une synagogue.

A noter que le nombre total de mariages, civils et religieux confondus, n’a lui guère évolué au cours des quarante dernières années...

«On assiste à une individualisation des pratiques religieuses»

Jörg Stolz, sociologue des religions à l’Université de Lausanne.
Jörg Stolz, sociologue des religions à l’Université de Lausanne.

Jörg Stolz, sociologue des religions à l’Université de Lausanne.

Se marier à l’église n’a plus la cote. Comment expliquez-vous cela?

Ce n’est pas surprenant. La Suisse, tout comme le reste de l’Europe de l’Ouest, se sécularise. La tradition chrétienne est en perte de vitesse. Par ailleurs, on assiste à une forte individualisation des croyances et des pratiques religieuses. Avant 1960, il était presque impensable de ne pas se marier à l’église. C’était la norme, même si l’on n’était pas croyant. Depuis, la société a changé: dans ce monde dicté par la consommation, où l’on a le droit et le devoir de choisir, chacun opte pour le mariage qui correspond le mieux à ses propres valeurs, à ses propres croyances, à celles de son couple. Des couples qui, enfin, sont toujours davantage composés de personnes de confessions différentes.

Cette tendance ne concerne-t-elle que les religions chrétiennes?

C’est difficile à dire. Si la tendance est très claire au niveau du christianisme – exception faite des groupes évangéliques qui eux affichent une certaine stabilité, voire une légère croissance, pour les mariages célébrés à l’église – nous disposons de peu de données pour les autres confessions. Mais l’individualisation des pratiques religieuses est assez généralisée. Les musulmans, les hindouistes, les bouddhistes d’aujourd’hui ne vivent pas leurs croyances de la même façon que la génération précédente.

N’est-il pas contradictoire que le nombre de baptêmes, lui, évolue peu?

Il est vrai que les baptêmes, de même que les enterrements religieux, jouissent d’une certaine stabilité. La constance dans les rituels liés à la fin de vie s’explique en partie par le fait que jusqu’à il y a peu, il n’existait pas d’alternative séculière. Concernant les baptêmes, beaucoup de parents semblent continuer à penser que la pratique offre une certaine protection surnaturelle à leurs enfants. Tandis que pour le mariage, les couples n’estiment pas forcément qu’une cérémonie à l’église aura un effet bénéfique sur leur vie à deux.

Le mariage religieux est-il donc appelé à disparaître?

Non, je ne pense pas. Il y aura toujours des gens pour avoir la foi ou pour aimer le décor d’une église. Je ne serais pas surpris si la pratique revenait à la mode.

Auteur: Tania Araman