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18 novembre 2013

Sébastien et Maude Studer: un couple chaux-de-fonnier à pleins gaz

Second rallye du Valais pour Maude et Sébastien Studer. Au volant de leur modeste Twingo R1, pilote et navigatrice se font confiance. Et plaisir.

Sébastien et Maude Studer, mari et femme, partagent leur passion pour la course automobile.
Sébastien et Maude Studer, mari et femme, partagent leur passion pour la course automobile.

Chez les Studer, le rallye est d’abord une affaire de famille. Et celui du Valais, avec ses 289 kilomètres de spéciales souvent spectaculaires, le summum de la saison pour les Chaux-de-Fonniers.

Sébastien et Maude Studer, entourés par leurs familles, au premier soir des trois jours de l'épreuve.
Sébastien et Maude Studer, entourés par leurs familles, au premier soir des trois jours de l'épreuve.

Alors, en ce jeudi soir achevant le premier des trois jours de l’épreuve, tout le clan a fait le déplacement. Autour de la petite Twingo R1, sur laquelle s’affairent déjà les mécaniciens (et le choix crucial des pneus pour le lendemain, c’est maintenant), les flashs crépitent. La voiture a tenu, il n’y a pas eu d’accident. Tout sourire, Maude et Sébastien sont l’espace d’un instant les stars du paddock.

Elle a 24 ans, commence sa carrière d’institutrice. Il en a dix de plus, travaille comme moniteur d’auto-école. Depuis cinq ans, ils sont surtout mari et femme partageant aussi leur passion du rallye automobile.

Sébastien Studer, le pilote, est tombé dans la marmite du rallye tout petit.

A 5 ou 6 ans, j’étais au bord des routes avec mon père, qui tournait comme copilote.

Le papa, c’est Jean-Louis, qui est toujours là pour donner un conseil, ou faire profiter le jeune couple de son expérience. Cette année, en juin du côté du Tessin, père et fils se sont retrouvés dans le même habitacle. «Maude ne pouvait pas se libérer, alors on y a été ensemble même si cela faisait seize ans qu’il ne s’était pas assis dans le bac», sourit Sébastien. Qui ajoute: «C’était un rêve pour moi de courir avec lui, j’étais heureux de le réaliser.»

Le but des Studer? Faire le meilleur chrono possible bien sûr, mais surtout finir la course.
Le but des Studer? Faire le meilleur chrono possible bien sûr, mais surtout finir la course.

Maude sourit. Elle sait bien qu’elle reste sa navigatrice préférée. «Pouvoir vivre ma passion avec celle que j’aime, c’est irremplaçable», reconnaît Sébastien. Mariés depuis 2008, tous deux se connaissaient depuis longtemps. «Et moi aussi, même si ma famille n’est pas du tout dans ce milieu, j’adore la course automobile depuis toute petite. Je savais que c’était une partie importante de la vie de Sébastien, qui faisait déjà du slalom. On s’est dit: pourquoi pas du rallye. Et on s’est lancés, ensemble», raconte Maude.

S’ils ont tout de même déjà neuf courses à leur compteur commun, Maude et Sébastien n’en sont qu’à leur second Rallye international du Valais (RIV). Un «gros morceau» qu’ils abordent avec un mélange d’excitation et de modeste ambition. «Notre but ce week-end? Se faire plaisir et surtout finir!» rétorquent-ils en chœur.

De nombreux abandons émaillent en effet le RIV comme toute épreuve de rallye. «D’autant qu’au niveau européen dont il fait désormais partie, le RIV n’est de loin pas le plus facile», rappelle Jean-Louis. Et puis la saison des Studer a été ponctuée d’incidents, avec une «mise sur le toit» durant une spéciale de Delémont en avril, et un navigateur remplaçant malade fin mai.

«Les R1, on les surnomme gentiment les pots de yaourt»

Alors forcément, en ce jeudi matin au moment de démarrer, on croise les doigts. Leur Twingo blanche modestement sponsorisée court dans la plus petite catégorie, dite R1, et participe au «Trophée Twingo» mis en place par la marque au losange. «Les R1, on les surnomme gentiment les pots de yaourt», relève Sébastien. Exactement 133 chevaux pour 1035 kilos, ça cause déjà bien mais évidemment ça fait sourire les cadors et leurs monstres de plus de 300 chevaux.

C’est une très bonne voiture pour apprendre, et nous nous considérons toujours dans cette phase, explique le couple. On se fait la main, et après on verra si on peut prendre plus gros.

Voilà qui dépendra de la marge de progression, de l’envie, et forcément aussi du budget. Leur saison coûte quelque 30 000 francs, dont seulement un tiers financé par les sponsors ou des petites actions de soutien genre sortie de karting.

Pour le reste, on y va de notre poche. Et il faut savoir que pour certains gros teams, un seul rallye comme celui-ci représente plus d’une fois et demi le budget de toute notre saison.

Pour le même type de raison, mais aussi pour s’éviter le stress et les difficultés inhérents à la possession d’un engin de course, le couple, comme plusieurs autres équipages non soutenus par de grosses structures, loue son véhicule à un garage spécialisé. Le leur est tessinois, et se charge d’amener la voiture jusqu’au rallye ainsi que de la mécanique sur place. Coût: dans les 5000 francs par épreuve.

Mais le plaisir, dit-on, n’a pas de prix. Et du plaisir, un rallye comme celui du Valais en procure énormément, au nombreux public toujours fidèle ou aux équipages de tout niveau. «Je n’ai pas de pression (il a déjà obtenu la Coupe de Production à San Remo, ndlr.), et suis là pour tester les pneus et me régaler», explique par exemple le vainqueur du jour, l’Autrichien Andreas Aigner , venu avec son impressionnante Subaru Impreza R4.

«Les reconnaissances se sont bien passées»

Salué par de nombreux concurrents pour sa diversité de parcours et ses routes superbes, le RIV demande aussi une préparation à la hauteur de l’événement. Le Studer Team est là depuis dimanche, et a parcouru chaque spéciale avec minutie. «Les reconnaissances effectuées depuis le début de la semaine se sont bien passées. Et c’est très important non seulement pour lui qui pilote, mais aussi pour moi, explique Maude. A partir du roadbook officiel, c’est à moi de noter chaque virage ou endroit piégeux avec exactitude. Le fait d’être mariés nous apporte une totale confiance mutuelle. Moi naturellement dans son pilotage, mais lui aussi dans mes indications. C’est cette osmose-là qui permet de progresser.»

Avant le départ, décision est prise de faire monter en quatrième vitesse une rampe de phares additionnels.
Avant le départ, décision est prise de faire monter en quatrième vitesse une rampe de phares additionnels.

De plus, la météo semble être du côté de ces petites voitures deux roues motrices, forcément à la peine sous la grosse pluie ou, pire, la neige. Pour des raisons d’intégration dans le championnat d’Europe, le RIV se déroule pour la première fois aussi tard dans l’année. Et, forcément, la crainte de trouver une portion de route soudain recouverte d’une fine pellicule blanche n’est pas à exclure. «Déjà que ça glisse pas mal avec les feuilles mortes et certains endroits humides en montagne», note Sébastien.

Le passage sous le portique gonflable marque pour chaque candidat le début de la course.
Le passage sous le portique gonflable marque pour chaque candidat le début de la course.

Mais en ce jeudi début d’après-midi marquant l’entrée dans le vif du sujet, la préoccupation du Chaux-de-Fonnier est ailleurs: le programme de l’après-midi prévoit de partir d’ici, aux casernes de Sion, pour rallier – au rythme des autres usagers, excès de vitesse interdit! – la première spéciale à Montana. «Ensuite, on redescend pour trois tours et demi sur la place d’armes, avec des endroits assez boueux. Vu notre numéro 68, nous risquons de nous élancer après 17 heures.» Soit au moment où le soir aura déjà commencé à tomber.

Décision est donc prise de faire monter en quatrième vitesse une rampe de phares additionnels. Et comme le départ, sous le portique gonflable des casernes, est dans moins d’une demi-heure, l’opération prend des allures d’arrêt aux stands.

La ligne d’arrivée est proche. En ce début de soirée, les phares supplémentaires ont été fort utiles.
La ligne d’arrivée est proche. En ce début de soirée, les phares supplémentaires ont été fort utiles.

Finalement, tout se passe bien et les phares seront fort utiles en fin de journée. Maude et Sébastien Studer termineront leur premier jour éreintés mais heureux. Après une petite «cueillette de champignons» dans la dernière spéciale, leur chrono final reste loin de celui d’ Esapekka Lappi , le champion finlandais de 22 ans qui remportera l’épreuve en ne laissant voir que ses feux arrière à ses poursuivants. Et même assez éloigné du duo Krummenacher-Bayard (navigatrice amie de Maude), vainqueur parmi les Twingo.

Peu importe, cette volonté de se dépasser loin de toute gloire sportive, c’est aussi ça l’esprit rallye…

Auteur: Pierre Léderrey