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30 juin 2014

Sébastien Meier ou la descente dans les bas Flons

Jeune écrivain lausannois, Sébastien Meier signe un polar parfaitement maîtrisé, avec pour cadre les mondes troubles de la prostitution masculine et des notabilités de la capitale vaudoise.

sébastien meier, écrivain lausannois
Les «Ombres du métis», de Sébastien Meier, est un polar noir, très noir. (photo Jeremy Bierer)

Quand on a retrouvé le corps de ce jeune homme à Sauvabelin, je ne savais pas ce qui lui était arrivé.» Une manière pour Sébastien Meier, jeune auteur lausannois de 26 ans, qui signe Les Ombres du métis, un excellent polar chez Zoé, de dire que le travail sur plan, ce n’est pas son genre.
Il jure qu’il a écrit en ne pensant à personne en particulier. Il ne faut donc pas chercher à reconnaître qui que ce soit entre les lignes. Pas même cette conseillère d’Etat «adepte des coupes budgétaires» et dans laquelle les plus cultivés des flics voient une «Milady de Winter des plus machiavéliques». Ce que les autres résumeront d’un sonore: «Quelle connasse!»

De son héros, l’inspecteur Paul Bréguet, Sébastien Meier dit que c’est «un idéaliste notoire, bourré de principes et qui s’en prend plein la tronche, doué d’une générosité de cœur mais sans savoir quoi en faire tant il est maladroit». Et qui finira au gré d’une sombre affaire de mœurs par «découvrir sa propre noirceur», qu’il n’est pas qu’un «héros tout bien, tout lisse, tout blanc» et que le mal «ça n’existe pas que chez les autres».

Plus qu’écrire un polar, c’était cela qui intéressait Sébastien Meier: «Ce qui fait qu’à un moment quelque chose craque chez quelqu’un et qu’il se met à glisser.»

Le livre, ce n’est pas la moindre de ses originalités, commence par l’arrestation du héros-inspecteur et se déroule à travers la confession que ce dernier va livrer à un jeune pasteur de l’Eglise réformée: «Parce qu’il est complètement sorti du système des hommes, il ne peut plus rien faire que croire en Dieu. Tout s’est effondré, il faut bien se raccrocher à quelque chose.»

Le quotidien 24 heures raconte que Sébastien Meier avait menacé de se jeter par la fenêtre si son premier livre, publié à compte d’auteur, n’avait pas droit à une recension: «Ils ont un peu romancé ça. J’ai sans doute dû y aller franchement, mais pas jusque-là.»

Comme tout vrai auteur de polars qui se respecte, Sébastien Meier a enchaîné les petits et un peu plus grands boulots. Aujourd’hui «gestionnaire de dossiers à la centrale d’achats de l’Etat de Vaud – mobiliers, crayons, taille-crayons, gommes...», il a été serveur, veilleur de nuit, ouvreur au théâtre, a travaillé dans une reliure, auxiliaire de secrétariat, metteur en scène, éditeur...

«Le sentiment qu’on ne vit pas dans le monde le plus abouti»

Malgré un livre noir de chez noir, Sébastien Meier se défend d’une vision pessimiste de l’humanité. «Je n’ai simplement pas le sentiment qu’on vive dans le monde le plus abouti qui se puisse imaginer. Il y a sans doute une grosse marge de progression et ce serait dommage de s’arrêter là.»
Deux visions du monde s’opposent dans Les Ombres du métis. Celle de l’avocat Crosier, sorte de défenseur de la liberté en gros et à tout prix – «A chacun de se débrouiller pour assumer ses propres choix». Et celle Paul Bréguet «plus paternaliste, chrétienne, mais qui annihile le choix de l’autre».
Entre les deux, Sébastien Meier se demande où est la limite. «Où s’arrête ma responsabilité par rapport à l’autre? Et d’abord, est-ce que j’en ai une? Est-ce que je peux ne penser qu’à ma gueule?»

La réponse au prochain numéro: une suite est en effet en cours d’écriture.

© Migros Magazine – Laurent Nicolet