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8 septembre 2014

Séjour au pair: le concept serait-il dépassé?

Si les jeunes Alémaniques étaient traditionnellement plus nombreux que les Romands à effectuer un séjour au pair outre-Sarine, la tendance s’inverse aujourd’hui. Explications et témoignages.

Une jeune fille au pair avec un bébé
Les séjours au pair sont appellés à évoluer pour rester attrayants. (Photo: Plainpicture)

Le français n’a plus la cote en Suisse alémanique. Après les cantons qui repoussent tour à tour son apprentissage pour laisser davantage de place à l’anglais, ce sont maintenant les séjours au pair en Suisse romande qui sont boudés par les jeunes Alémaniques.

La NZZ a mené l’enquête (lien en allemand):selon l’organisation catholique à but non lucratif Pro Filia, qui organise des séjours au pair en Suisse et en Europe, les effectifs de jeunes Alémaniques en Suisse romande auraient fléchi de 40% entre 2008 et 2013. Une tendance à la baisse, bien que moins marquée, qui a également été observée du côté de l’association dépendante de l’Eglise réformée Oui Si Yes.

«Le bilan publié par le journal alémanique paraît plus négatif qu’il ne l’est en réalité, se défend Margrit Gätzi, présidente de Pro Filia. Cette baisse s’explique en grande partie par des raisons démographiques: ces dernières années, les jeunes sortant de l’école obligatoire sont moins nombreux en Suisse alémanique. Ce qui accroît donc leurs chances de décrocher une place d’apprentissage dès la fin de leur scolarité.»

Sur le total des 700 jeunes que place chaque année Pro Filia, la baisse ne représente en effet que 5%. Un résultat quasi stable, qui s’expliquerait par deux phénomènes compensatoires. Il y a d’abord les jeunes Romands qui sont toujours plus nombreux à s’inscrire pour un séjour au pair en Suisse alémanique. Ils seraient actuellement aussi nombreux que leurs compatriotes germanophones à réaliser un séjour linguistique de l’autre côté de la Sarine.

Portrait de Nathalie Brunnel
Nathalie Brunel

L’autre raison, c’est la nouvelle offre proposée par l’association: un séjour au pair, en Suisse, mais dans une famille… anglophone! Un concept à succès qui sera repris dès la rentrée prochaine par l’école privée de langues Didac, qui note de son côté une diminution de 11% des séjours au pair traditionnels des jeunes Alémaniques en Suisse romande.

Nous nous adaptons simplement à la demande,

explique sa directrice Nathalie Brunel. Notre public cible, ce sont les jeunes en fin de scolarité obligatoire âgés entre 15 et 17 ans. Impossible pour eux de réaliser un séjour au pair en Angleterre puisque la loi exige qu’ils aient atteint leur maturité.

Les familles d’accueil anglophones en Suisse romande sont donc très attractives! Quant aux heures de cours, elles seront données en anglais, mais aussi en partie en français.»

Outre la baisse de l’attractivité de la langue de Molière, ne faudrait-il pas aussi trouver une explication autour du concept d’«au pair?

La nouvelle génération est moins encline à faire le ménage ou s’occuper d’enfants,

poursuit Nathalie Brunel. Didac propose donc un autre type d’offre: des séjours dans des familles d’accueil, payants ceux-là, qui comprennent davantage d’heures de cours mais aucune obligation de s’astreindre à des tâches domestiques. Un concept qui, selon la directrice de l’école, en raison de leur «charge financière bien plus importante», ne concurrencerait pas pour autant les séjours au pair traditionnels.

Du côté de Pro Filia également, on croit en la pérennité de la recette. «La demande est toujours très forte de la part des familles d’accueil, conclut sa présidente. Et puis,

le concept d’au pair a su évoluer: les heures de cours prennent toujours plus de poids et s’achèvent en général par un examen qui atteste du niveau de langue acquis.»

Sans oublier «l’expérience de vie» et «la possibilité de découvrir une nouvelle culture», qui restent des arguments de choix.

Témoignages

Portrait de Jeanine Hug, 16 ans.
Jeanine Hug compte bien augmenter ses chances sur le marché de l’emploi.

Jeanine Hug, 16 ans, de Häggenschwil (SG)

«J’ai encore quelques problèmes à m’exprimer en français», s’excuse d’emblée Jeanine Hug. La Saint-Galloise est toute pardonnée, elle qui a débarqué il y a moins d’un mois dans sa famille d’accueil à Blonay (VD). Sa scolarité obligatoire achevée en juillet dernier, la jeune fille n’est pas parvenue à décrocher à temps la place d’apprentissage de droguiste qu’elle convoitait.

Ce séjour au pair augmentera mes chances lorsque je postulerai une nouvelle fois,

espère Jeanine. La maîtrise du français me permettra de me démarquer de mes concurrents.»

Agée tout juste de 16 ans, elle avoue que les premiers jours en terre vaudoise n’étaient pas qu’une partie de plaisir... «C’est un sentiment étrange de me retrouver pour la première fois loin de mes parents, confie-t-elle. Mais ce n’est qu’une question d’habitude et ma famille d’accueil met tout en œuvre pour que je me sente bien chez eux. Et mes progrès en français sont très motivants!»

Portrait d'Emilie Suchet
La possibilité
de pratiquer très concrètement l’allemand a été très motivante pour Emilie Suchet.

Emilie Suchet, 17 ans, Bonnefontaine (FR)
«Je voulais apprendre l’allemand en discutant avec des gens. Pas à l’école!» Au terme de sa scolarité obligatoire et ne sachant encore vers quelle profession se tourner, Emilie Suchet opte pour un séjour au pair en Suisse alémanique. D’août 2013 à juillet 2014, la Fribourgeoise rejoint donc cinq jours par semaine une famille d’accueil paysanne à Oppligen (BE). Ses journées sont bien occupées: cuisine, ménage, jardin, garde de quatre enfants… Et deux soirs par semaine, elle suit des cours d’allemand à l’Ecole-club Migros de Berne. «J’ai eu la chance de tomber dans une famille très sympa, raconte la jeune fille. Je ne suis pas encore bilingue, mais mon niveau d’allemand a énormément progressé.

L’avantage, en apprenant une langue sur le terrain, c’est qu’on acquiert un vocabulaire très utile, que l’on peut utiliser dans la vie de tous les jours.»

Aujourd’hui, Emilie a commencé le collège. Et espère que cette année outre-Sarine lui permettra quelques aisances en cours d’allemand…

Texte © Migros Magazine – Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin

Photographe: Fabian Unternährer