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28 février 2015

Galipettes: pas de date de péremption

La sexualité des seniors reste encore un sujet tabou. Et pourtant, prendre de l’âge ne signifie pas pour autant mettre un terme à sa vie sous la couette.

Un couple de seniors en train de s'embrasser dans un bain de mousse
Avancer en âge peut aussi être l’occasion de découvrir d’autres facettes de sa sexualité. (Photo: Glowimages/Randy Faris/Corbis)

«Il n’y a pas de date de péremption sexuelle.» Forte de son expérience médicale de trente ans, la psychiatre et sexologue genevoise Juliette Buffat est catégorique:

Même s’il s’agit d’une petite minorité d’entre elles, les personnes de 80 ou 90 ans peuvent encore avoir une vie sexuelle très active.

On entend d’ailleurs de plus en plus souvent parler d’idylles qui se nouent en EMS.» Un phénomène qui s’explique selon elle par le déclin des facultés intellectuelles lié à l’âge, qui s’accompagne d’une baisse d’inhibition favorisant une libération de la sexualité. La spécialiste rappelle également qu’à notre époque, les couples se font, se défont, se refont à tout âge: «Il arrive donc que certains reprennent leur vie sexuelle après 65 ans, avec un regain de vitalité surprenant.»

Une étape parfois vécue comme un affranchissement

Notamment les femmes, précise-t-elle. «Alors que, plus jeunes, elles redoutent d’être vues comme peu vertueuses en affichant trop ouvertement leur intérêt pour la sexualité, cette connotation négative s’estompe et disparaît avec le temps.

Certaines femmes sont dès lors plus entreprenantes avec l’âge, plus demandeuses et curieuses, se donnant plus facilement le droit d’aller jusqu’au plaisir.»

Périmé donc le cliché de ces dames qui délaisseraient la bagatelle une fois atteint l’âge de la ménopause!

Pour les hommes, qui entrent quant à eux dans l’andropause (baisse de production de testostérone), la donne est légèrement différente. «Cette étape s’accompagne clairement d’une diminution du désir sexuel ainsi que de la capacité érectile. Ils sont dès lors moins focalisés sur la performance et leurs prouesses, mettant davantage l’accent sur la tendresse, l’intimité, la complicité physique.

Le lien affectif prend désormais une part plus importante dans les échanges. L'attention des hommes n’est plus focalisée sur la pénétration.»

Ce qui peut arranger leur partenaire qui souffre parfois de sécheresse vaginale et voit ses muqueuses intimes devenir plus fragiles et sensibles. De plus, des problèmes articulaires et de santé pouvant apparaître en vieillissant, une pratique moins «sportive» de la sexualité est grandement appréciée des deux côtés.

Un plaisir tout en subtilité

«Cela ne signifie pas que les couples prennent moins de plaisir pour autant», rassure Juliette Buffat. Au contraire, les tourtereaux d’un certain âge auraient davantage à cœur de satisfaire leur douce moitié. «Une dynamique d’échanges se développe, préoccupation qui n’existe pas forcément chez les plus jeunes.»

Quant à l’usage du Viagra, prisé par certains – «Je reçois régulièrement des demandes de prescriptions pour une année!» – Juliette Buffat reste prudente: «Tout dépend de l’état de santé cardiovasculaire du monsieur. Nombre d’aînés privilégient les solutions mécaniques comme la pompe ou l’anneau pénien pour éviter les effets secondaires des médicaments.»

Et les amoureux séparés par une grande différence d’âge? Leurs envies ne risquent-elles pas de devenir trop disparates? «Vous seriez surpris: ce n’est pas forcément le plus âgé qui est le moins intéressé!» Le tout étant de discuter ouvertement pour préciser ce dont chacun a envie ou besoin. Comme dans n’importe quel couple, finalement.

Texte: © Migros Magazine | Tania Araman

Auteur: Tania Araman