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12 août 2013

La traversée à vélo du lac Baïkal gelé

Susanne Rehacek, 40 ans, traductrice-interprète et organisatrice de voyages en Russie, Baulmes (VD), a parcouru 1000 km à vélo sur le lac Baïkal gelé.

Susanne Rehacek, 40 ans, traductrice-interprète et organisatrice de voyages en Russie, Baulmes (VD), a parcouru 1000 km à vélo sur le lac Baïkal gelé.
Le périple de Susanne Rehacek a duré trois semaines.

Traverser le lac Baïkal gelé sur un vélo aux pneus cloutés, l’idée n’est pas venue d’un seul coup à la Vaudoise Susanne Rehacek. Elle qui découvre la Russie grâce à une bourse de l’EPFL comme ingénieur et finit par trouver Moscou et Saint-Pétersbourg trop civilisés.

En route donc pour la Sibérie, une première fois en été, sur les rives du Baïkal. «Mais il n’y avait ni chemin, ni route, ni piste.» Un jour, l’évidence lui apparaît: se déplacer en hiver sur la glace. D’autant que le Baïkal possède «une eau très pure, peu salée, transparente, on voit jusqu’à 50-60 mètres de profondeur, avec en hiver une glace solide et tout aussi transparente.»

Vidéo: le voyage de Susanne Rehacek sur le lac Baïkal (source: Youtube)

C’est en mars 2008 qu’elle se lance, avec un accompagnant. Elle découvre bientôt la violence des vents. «Quand ils étaient contraires, impossible d’avancer, et quand on les avait dans le dos, on atteignait des vitesses de plus de 40 km à l’heure.»

Difficile à croire, mais dans un tel univers, il est possible de croiser du monde. «Au moins une ou deux personnes par jour», généralement des pêcheurs qui viennent avec leur voiture creuser un trou.

Des gens aussi qui vont faire leurs courses à Irkoutsk ou rendent visite à des riverains: pour les voitures également, le déplacement est plus facile sur la glace.

Les gens conduisent parfois en état d’ébriété, ils estiment que les lois de la circulation sont valables sur terre, mais pas sur le lac. Il y a plus de voitures que de vélos au fond du Baïkal.

La faute à des fissures pouvant atteindre «40 kilomètres de long. Quand elles se forment, on entend un énorme grondement et tout bouge, comme lors d’un tremblement de terre.»

Des fissures qu’il a fallu contourner: au lieu de 800 kilomètres en ligne droite, ce sera plus de mille, trois semaines durant, en zigzag. «On avait dans la luge des réserves pour deux jours, de quoi tenir jusqu’au prochain village, où on pouvait acheter du riz et des conserves.» Et de la vodka bien sûr.«Indispensable pour lutter contre le froid, même si ça ne réchauffe que l’esprit.»

Les cyclistes disposaient aussi d’une tente. «Mais nous avons souvent pu loger chez l’habitant. La vie est faite de tellement de rebondissements en Russie que personne ne s’étonnait de nous voir là, sur la glace, avec nos vélos.»

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: Corina Vögele (illustration)