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8 septembre 2014

Service compris

A Fleurier, dans le Val-de-Travers, Yolande Grand gère avec passion l’hôtel de la Poste depuis 1966. Elle fait aujourd’hui l’objet d’un documentaire, «Service compris», coproduit par le Pour-cent culturel Migros.

Yoland Grand
Yolande Grand règne sur l’hôtel de la Poste depuis près de cinq décennies.

A Fleurier, petit village du Val-de-Travers, l’hôtel de la Poste semble vivre dans le passé. Ici, rien n’a changé ou presque depuis une cinquantaine d’années.

Pourtant, l’adresse vit. Les touristes de passage, dont beaucoup de Suisses allemands en vadrouille sur la route de l’absinthe ou en attente de s’élancer à la conquête du Creux-du-Van, tombent sous le charme de cet endroit, empreint d’un passé aussi authentique que typique. Quant aux locaux, ils ne boudent pas non plus l’endroit. C’est qu’ils savent bien que ce petit café est l’un de ces lieux de vie où l’on vient rencontrer d’autres habitants du village, où l’on vient parler de ses soucis ou, au contraire, où l’on vient les oublier.

«J’ai beaucoup de clients très fidèles, explique Yolande Grand, 70 ans, la propriétaire et tenancière des lieux. Je sais les écouter, mais attention, je ne répète jamais ce qu’ils me disent.» Question de confiance. Et de professionnalisme.

Une même recette depuis plus de quarante ans

Il faut dire que Yolande Grand jouit d’une longue expérience. Ses parents déjà tenaient en Valais un bistrot – dans lequel elle a passé son enfance – avant de venir dans le canton de Neuchâtel pour reprendre l’hôtel de la Poste en 1956. Dix ans plus tard, Yolande Grand et son mari leur succédaient. Durant près de cinquante ans, ils ont ainsi formé un couple de tenanciers unis, vivant et travaillant côte à côte, jusqu’au décès de l’époux de Yolande Grand, l’hiver dernier.

Malgré la douleur de l’absence, la patronne poursuit sa route. Tous les jours, sauf le lundi où l’établissement est fermé. «J’aime tout simplement le contact avec les gens», explique celle qui, outre le service avec ses deux sommelières, se met aussi aux fourneaux pour concocter à midi des mets traditionnels. «Tous les mercredis depuis plus de quarante ans, nous servons un jambon à l’os avec un gratin dauphinois et des haricots.»

Ces plats indémodables, même le chanteur Ivan Rebroff et le conseiller fédéral Roger Bonvin y ont goûté, avant de laisser un souvenir dans le livre d’or.

Des plans d’avenir qui resteront secrets

Des anecdotes de ce genre, Yolande Grand, on le sent, en a beaucoup à raconter. Malgré tout, la Neuchâteloise d’adoption sait se montrer pudique et s’amuse à évoquer avec la plus grande parcimonie son récit de vie, de même que ses plans futurs. «Si j’arrive à vendre l’hôtel, je pourrai réaliser un autre de mes rêves, qui est à l’opposé de ce que je fais maintenant. Mais je ne vous dirai rien», avance la tenancière, mystérieuse.

Malgré cette discrétion qui sied bien au personnage, Yolande Grand a accepté de faire l’objet d’un film documentaire qui sortira bientôt sur grand écran (lire encadré).
«Je n’ai pas hésité longtemps avant de dire oui. L’idée me plaisait bien», se souvient la restauratrice. Avec d’autres tenanciers en Suisse alémanique et au Tessin, elle a ainsi accepté qu’une équipe de tournage suive durant plusieurs semaines son quotidien.

Le résultat: un long métrage, filmé au naturel, qui s’invite dans ces cafés typiques où tout le monde peut rencontrer tout le monde et qui dresse le portrait d’hommes et de femmes qui ont consacré l’essentiel de leur vie à leur passion et leurs clients.

«J’ai déjà pu voir le film. Il reflète bien mon travail», explique Yolande Grand qui se souvient avec bonheur des soirées passées avec le réalisateur Eric Bergkraut et ses collaborateurs. «Ils dormaient ici. C’était très sympa.»

Bientôt projeté en salles, le film va mettre la patronne de l’hôtel de la Poste sous les feux de la rampe. A Fleurier, cela ne changera cependant rien: Yolande Grand est déjà une personnalité.

© Migros Magazine – Pierre Wuthrich

Auteur: Pierre Wuthrich