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20 janvier 2014

Sexualité: sommes-nous tous un peu fétichistes?

A la publicité comme au cinéma, dans la mode comme dans les soirées branchées, cette déviance désormais qualifiée de trouble de la préférence sexuelle est partout.

Les pieds ou le latex font partie des fétichismes 
les plus répandus.
Les pieds ou le latex font partie des fétichismes les plus répandus. (photo Caro / Hoffmann)

D’après certains, nous sommes tous un peu fétichistes. Paraît que l’idée remonte à la fin du XIXe siècle et au sexologue Magnus Hirschfeld. Sauf que, depuis lors, le «fetish» (comme son souvent proche compagnon, le sadomaso) est devenu un phénomène de mode.

La preuve? Lady Gaga , Beyoncé et bien d’autres comme Madonna par exemple ont étoffé leur garde-robe de star de la parfaite panoplie du fétichiste. Sur grand écran, c’est la combinaison en latex moulant de Cat Woman, la Barb Wire de Pamela Anderson ou encore la passion de Quentin Tarantino pour les (jolis) pieds, de ceux de Diane Kruger dans Inglourious Basterds à la longue discussion des mérites d’un massage plantaire par les tueurs de Pulp Fiction. Du côté du petit, pas besoin d’un cours de marketing, le fétichisme fait vendre aussi bien des yaourts que des voitures ou des crèmes hydratantes.

En gros, on peut parler de fétichisme lorsque la pratique sexuelle est forcément associée – au point que l’excitation ne naît pas sans elle – à une partie du corps (les pieds, donc, mais aussi les fesses, les seins, la couleur des cheveux, etc.), à un objet (chaussures, collants, talons aiguilles, etc.), des sous-vêtements, des vêtements, une matière, etc. Et vous, alors, êtes-vous plutôt dans le rétifisme (les chaussures), l’altocalciphilie (talons hauts), la doraphilie (matières type latex, cuir, caoutchouc), voire la plushipholie (les… nounours)? En sachant que le fétichisme peut se développer là où on ne l’attend pas, des chaussettes aux aiguilles en passant par la cigarette ou les odeurs. Etonnant, non?

Vidéo: Emission Parlons peu, parlons sexe - Le fétichisme (source: Doctissimo - Youtube

Mais, au fait, naît-on ou devient-on fétichiste? D’après le psychologue français Alfred Binet, qui emploie pour la première fois le terme en 1887, il s’agit bien d’une «perversion» causée par «l’association d’un traumatisme d’enfance à un objet inanimé». Toujours la piste du trauma enfantin pour Freud qui, quarante ans plus tard, écrit Fetichismus et évoque comme origine la peur de la castration.

En tout cas, ce qui apparaissait autrefois de l’ordre de la perversion (et donc de l’anormalité) figure désormais au rang des «paraphilies», c’est-à-dire des «orientations sexuelles peu communes» au même titre que le voyeurisme ou l’exhibitionnisme. Sauf que ces deux-là restent punissables, alors que les fêtes fetish de Paris à Londres en passant par Montréal font le plein sans problème.

Par contre, l’excitation provoquée par le fétiche reste souvent objet de souffrance et de difficultés quotidiennes pour le – ou la – fétichiste comme pour son ou sa partenaire. Et c’est alors qu’un traitement psychiatrique, thérapie cognitive pour influencer sur les comportements ou psychothérapie pour remonter à sa source, peut s’avérer utile. Mais cela n’a désormais plus rien à voir avec la morale.

© Migros Magazine - Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey