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3 décembre 2012

Si Lyon m'était contée

Célèbre pour ses bouchons et sa gastronomie, la ville lumière l’est aussi pour ses deux collines, celle qui prie et celle qui travaille. Nous avons opté pour la seconde et dévalé les pentes de la Croix-Rousse.

Située à seulement deux heures de train de Genève, Lyon offre de nombreuses richesses aux visiteurs. (Photo: Travelstock44)
Située à seulement deux heures de train de Genève, Lyon offre de nombreuses richesses aux visiteurs. (Photo: Travelstock44)

A Lyon, tout est bon, dit l’adage. Des bouchons aux chefs étoilés. A Lyon, tout est beau, peut-on compléter sans mentir en parlant du centre ville. Du quartier Renaissance du Vieux- Lyon aux pentes de la Croix-Rousse, en passant par les places de la Presqu’île, la capitale de la région Rhône-Alpes n’a pas volé son inscription au Patrimoine mondial de l’Unesco. Avec plus de 5,5 millions de visiteurs par an, la deuxième métropole de France – si l’on compte le Grand Lyon – n’a rien à envier à sa grande sœur Paris. Lyon la bourgeoise arbore fièrement son statut de cité culturelle et marchande, mais sans tape-à-l’œil. C’est là tout l’art lyonnais.

Jean-Luc Chavent, conteur de rue.
Jean-Luc Chavent, conteur de rue.

«A Lyon, les richesses sont cachées, un peu comme à Genève», lance Jean-Luc Chavent, conteur de rue indépendant et «professionnel de l’école buissonnière», comme il aime à se présenter. Voilà qui nous parle. Il n’y a d’ailleurs qu’à pousser les portes des immeubles où se nichent de discrètes cours intérieures pour s’en rendre compte.

La cour des Voraces, ancien syndicat de canuts, les ouvriers tisserands.
La cour des Voraces, ancien syndicat de canuts, les ouvriers tisserands.

A condition d’en posséder les clés ou les codes. Ça tombe bien, notre guide est justement passé maître en la matière. «Confiez-lui les clés de votre appartement, il se dépêchera d’en faire un double pour le faire visiter en votre absence», avertit François Méquinion, concierge à la Cour des Loges, l’un des plus beaux hôtels de Lyon (lire encadré). C’est donc en compagnie de ce passe-muraille que nous avons décidé de découvrir les secrets de la Croix-Rousse, la colline qui travaille, par opposition à celle de Fourvière où l’on prie.

De la porte à la croix, en passant par le jardin...

Notre périple débute à la station de métro de la Croix-Rousse. Jean-Luc Chavent nous met immédiatement au parfum: «Les dates, je m’en fous, d’ailleurs, personne ne les retient. Ce qui m’intéresse, ce sont les anecdotes, les petites histoires et ouvrir les portes.» Ce jour-là, nous pousserons celles de la Grande-Rue de la Croix-Rousse. Puis des traboules, c’est-à-dire des passages traversant les maisons qu’empruntaient autrefois les ouvriers de la soie pour transporter les rouleaux des ateliers de la colline au quartier des soyeux sis en contrebas.

Le jardin de Rosa Mir, petit bijou fait de béton et de coquillages.
Le jardin de Rosa Mir, petit bijou fait de béton et de coquillages.

Quelques pas dans la Grande-Rue et nous nous engouffrons déjà dans un étroit passage. Là, un portail indique l’entrée «d’un jardin extraordinaire», dixit notre guide. Celui de Rosa Mir, petit bijou de béton et de coquillages que n’aurait pas renié Gaudì.

Un joyau maintes fois menacé

Réalisé par Jules Senis, un maçon espagnol arrivé sur le plateau dans les années cinquante, il est le résultat de vingt-cinq ans de passion. Maintes fois menacé de disparaître en raison des problèmes financiers de son auteur, il a toujours été sauvé. «Jules avait tellement de potes au bistrot, raconte Jean-Luc Chavent, qu’à chaque fois, ils se sont cotisés pour lui permettre de continuer.»

Nous reprenons la route direction la croix qui trône au carrefour qui signe le bout de la rue et qui a donné son nom à la colline en raison de sa couleur ocre. A mesure que l’on s’enfonce dans la rue, les maisons se font plus basses et rappellent la présence de nombreux maraîchers et commerçants lorsque le plateau était encore en dehors des frontières lyonnaises. Ici une cour délabrée qui ouvre sur de coquettes maisons avec jardinet à quelques pas du tumulte de la rue. Là un vieux cinéma délicieusement rétro qui fait dire à notre conteur qu’on aurait pu y tourner le film Cinema Paradiso.

Ce gros caillou marque la frontière entre le plateau et les pentes de la colline. (Photo: Travelstock44)
Ce gros caillou marque la frontière entre le plateau et les pentes de la colline. (Photo: Travelstock44)

A l’opposé, l’autre emblème de la colline trône sur un socle à l’orée des pentes: le gros caillou. Ecoutez Jean-Luc Chavent raconter l’histoire de ce rocher qui marque la frontière entre le plateau et les pentes de la colline, et qui a été déplacé de 30 mètres suite à la construction d’un parking souterrain, et vous aurez l’impression de plonger dans une BD d’Astérix et Obélix. D’ailleurs, les habitants de la Croix-Rousse cultivent précieusement l’esprit «village de Gaulois». «On est Croix-Roussien avant d’être Lyonnais», prévient notre guide.

On est aussi des pentes ou du plateau, héritage du temps ou ce dernier était encore un faubourg de Lyon, une zone franche au commerce florissant, tandis que les pentes avaient déjà rejoint la ville. Dernier vestige de l’époque, la porte Saint-Sébastien, cachée dans une petite rue à quelques jets de pierre de la station de métro Croix-Rousse. Aujourd’hui, la division qui marque la colline est sociale. Les étudiants et les artistes se pressent sur les pentes tandis que les bobos leur préfèrent le plateau.

Nous entamons notre descente vers le plateau du 1er arrondissement, là ou les soyeux avaient pignon sur rue, par l’imposant escalier de la cour des Voraces, ancien syndicat de canuts, les ouvriers tisserands.

Quelques volées d’escaliers plus tard, on rejoint le passage Thiaffait. Les maisons se font plus cossues: nous avons quitté les pentes et les conditions précaires des ouvriers pour le quartier des riches marchands. Notre périple touche à sa fin. Mais avant, notre guide nous révèle pourquoi les bistrots marchaient si bien le long des pentes. «Pour étancher la soif de ceux qui couraient du haut de la colline vendre la soie en bas, on leur servait un pot de vin. Je vous laisse imaginer leur état à la fin de la journée.»

Auteur: Viviane Menétrey

Photographe: Viviane Menétrey