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1 décembre 2014

Sida: stop à la banalisation!

Agendée chaque année au 1er décembre, la Journée mondiale contre le sida est une utile et nécessaire piqûre de rappel pour que la population n’oublie pas – les jeunes en particulier! – que cette épidémie continue de progresser, y compris sous nos latitudes.

sida ruban bandeau lutte
A l’heure actuelle, 25 000 personnes sont porteuses du VIH en Suisse. Photo: Istockphoto

Ebola par-ci, Ebola par là… On parle tant de cette épidémie qui frappe durement l’Afrique de l’Ouest qu’on en oublierait presque le sida. La Journée mondiale contre ce fléau et les petits rubans rouges qui la symbolisent sont effectivement là pour nous rappeler, chaque 1er décembre, que cette maladie est hélas toujours d’actualité.

Froids et cruels, les chiffres nous montrent que le nombre d’individus contaminés croît d’année en année. Environ 2,1 millions de nouveaux cas recensés en 2013 dans le monde. Près de 600 durant la même période rien qu’en Suisse. Cette pandémie n’est donc pas sous contrôle.

La seule bonne nouvelle, c’est qu’aujourd’hui une infection à ce virus n’est pas synonyme d’une condamnation à mort. En tout cas sous nos latitudes où l’on a facilement accès aux traitements médicaux. Ainsi, grâce aux trithérapies, quelque 25 000 personnes vivent actuellement dans notre pays avec le VIH. Progrès il y a, mais on est encore loin de cette génération sans sida dont rêve le conseiller fédéral Didier Burkhalter. Il faut même plus que jamais veiller, y compris à l’aide de campagnes chocs comme celle dénoncée par les milieux chrétiens conservateurs cet été, à ne pas s’endormir sur nos lauriers, à ne pas banaliser cette affection chronique grave au risque de faire le lit à sa propagation…

Une maladie devenue banale?

«Aujourd’hui, les jeunes refusent les préservatifs qu’on leur offre dans la rue, sur nos stands», expliquait récemment Jacqueline Théraulaz, présidente de l’association SID’Actuel, à l’une de nos consœurs de 24 heures. Et elle avait ajouté: «Je crains que l’on ne relativise tellement la maladie que les jeunes se protègent de moins en moins.»

«Il importe de sensibiliser sans relâche chaque génération aux dangers du VIH»

Daniel Seiler, directeur de l’Aide suisse contre le sida.
Daniel Seiler, directeur de l’Aide suisse contre le sida.

Daniel Seiler, directeur de l’Aide suisse contre le sida

Depuis l’arrivée des trithérapies, le sida fait moins peur, on n’en parle donc moins. N’est-ce pas néfaste à votre travail de prévention?

Les nouvelles formes de thérapie rendent avant tout notre travail plus exigeant. En effet, le VIH et le sida n’ont pas disparu et de nouvelles personnes sont contaminées chaque année. Il importe donc de sensibiliser sans relâche chaque génération aux dangers du VIH et de leur apprendre comment se protéger contre le risque d’infection.

En particulier les adolescents qui semblent se désintéresser de la question…

Les chiffres épidémiologiques ne corroborent pas cette impression. Nous ne constatons pas de contaminations massives chez les jeunes. Grâce aux cours d’éducation sexuelle, ils sont aujourd’hui bien informés sur leur sexualité et sur les maladies sexuellement transmissibles.

Reste que l’épidémie, comme vous le dites, fait encore des victimes.

Oui, mais cela concerne une toute petite minorité. Il s’agit surtout de personnes qui effectuent les tests trop tardivement, le plus souvent lorsque la maladie s’est déclarée. Aujourd’hui, quand l’infection est dépistée tôt et traitée à temps, le patient a une espérance de vie tout aussi longue qu’une personne séronégative. Il importe donc de réaliser des dépistages régulièrement après toute situation à risque et de connaître son statut VIH. Une personne qui change souvent de partenaire doit se faire dépister plus souvent.

Quelles sont les populations les plus vulnérables aujourd’hui dans notre pays?

Les travailleurs et travailleuses du sexe, des migrants originaires de pays à forte prévalence ainsi que les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes. Outre le soutien apporté aux personnes atteintes du VIH, le travail de l’Aide suisse contre le sida se concentre sur ces trois groupes.

La situation n’est donc pas sous contrôle comme on aurait tendance à le penser…

L’épidémie est sous contrôle et, grâce à un travail de prévention exemplaire, le nombre d’infections régresse depuis son apparition. Cela montre toute la pertinence de notre travail et l’importance de le poursuivre.

© Migros Magazine - Alain Portner

Auteur: Alain Portner