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9 juillet 2012

Slow Down: Franky et Franky

Il y a l’ancien, du côté de Fribourg, et le nouveau, dans toute la Suisse romande: portraits croisés des deux anges de la célèbre campagne de sécurité routière...

L'ange Franky du bpa
Il s’appelle Franky (alias Yves Loutan). Drôle de nom pour un être ailé de blanc, non?

Un ange à ma table. Deux, en fait, aujourd’hui: le paradis! Et tous les deux s’appellent Franky. Drôle de nom pour un être ailé de blanc, non? Il est pourtant connu d’à peu près tous les automobilistes de Suisse. Et même d’ailleurs, puisque le Daily Mail anglais ou une équipe de télévision de Dubaï sont venus le rencontrer. En plus, il chante. Et son tube, «Slow down, take it easy», a tutoyé les sommets du hit-parade, alors que sur Facebook 276 000 fans suivent ses aventures.

Lancée en octobre 2009, cette campagne du Bureau de prévention des accidents (BPA) prend des allures de carton international. Et son succès doit beaucoup à cette idée géniale: incarner l’appel à lever le pied par Franky, ange résolument cool aux allures de Dude, le mythique Big Lebowski des frères Coen. Un virage à 180 degrés par rapport à une prévention routière coup de poing très en vogue, où l’émotion créée par des images de graves accidents se charge de raisonner les conducteurs trop impulsifs. Loin de toute vision choc, le clip de Franky «Slow down» n’est que calme et douce incitation.

«Et cela se retrouve dans l’attitude des gens. Je n’ai jamais rencontré de mauvaise réaction. Je souffrais plutôt d’un certain envahissement, surtout avec les enfants. Ils aiment tellement Franky, c’est terrible.»

René Galster, 53 ans, a battu le pavé en 2010 pendant dix mois dans tout Fribourg, premier canton romand à reprendre la campagne du BPA à son compte.
René Galster, 53 ans, a battu le pavé en 2010 pendant dix mois dans tout Fribourg, premier canton romand à reprendre la campagne du BPA à son compte.

A travers Fribourg pendant dix mois

René Galster a 53 ans. En 2010, il a battu le pavé pendant dix mois dans tout Fribourg, premier canton romand à reprendre la campagne du BPA à son compte. Avec donc un Franky local, puisque René Galster habite Villarlod. Eh oui, si le personnage de Franky est unique tout comme son message, notre ange immaculé connaît plusieurs interprètes. Un peu comme James Bond ou l’inspecteur Maigret. «Mais surtout parce que le premier Franky, celui des clips, vit du côté de Los Angeles», explique la porte-parole romande du BPA, Magali Dubois.

A idée d’envergure, casting mondial: en 2009, l’agence zurichoise chargée du «visuel» cherche la perle rare dans notre pays, mais aussi en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. C’est que Franky doit absolument chanter et relayer un slogan en anglais, langue de la coolitude par excellence. Avouons que «Slow down, take it easy» a quand même davantage de chien que quelque chose du genre «Tranquille, ralentis.»

Je n’ai jamais rencontré de mauvaise réaction.

Comédien de son état, le Franky originel lance la campagne au Salon de l’automobile à Genève en octobre 2009. Par la suite, il fera également quelques apparitions lors de grandes manifestations sur sol suisse. Mais le personnage a trop d’impact pour en rester là et jaillit rapidement l’idée de multiplier ses incarnations angéliques. «C’est comme une sorte de Saint-Nicolas, explique Peter Mathis, responsable de la campagne au BPA. Les gens veulent juste voir ce qu’il représente.»

Logo de la campagne du Bureau de prévention des accidents.
Logo de la campagne du Bureau de prévention des accidents.

A la police cantonale de Fribourg, le capitaine Gilbert Baeriswyl engage donc en 2010 René Galster, d’abord un jour par semaine puis rapidement à plein temps. «Je choisissais mon coin, me postais au bord de la route et faisais ralentir les gens, par exemple dans les villages. J’ai hésité avant d’accepter, mais ma fille de 10 ans m’a dit: papa, si tu peux être un ange pour moi, tu le seras aussi pour tous les autres.»

Du mois d’avril à octobre, il signe donc Franky durant les toujours très nombreuses demandes d’autographes. Et à part les très grosses pluies (pas terribles pour le costume), pas grand-chose ne l’arrête. «J’étais notamment une fois par semaine avec la police et un autre jour avec les patrouilleurs scolaires. Sinon seul, en choisissant dans la liste des communes ayant demandé un radar d’avertissement.»

A-t-il rencontré de l’agressivité? Lui a-t-on roulé sur les pieds? Pas le moins du monde. «Il fallait plutôt que je vise des endroits avec suffisamment de place pour que les gens puissent s’arrêter et venir me parler.» Et dans son journal de bord, il tenait chaque semaine un petit debriefing avec «son» capitaine et employeur.

Ils habitent dans la même commune

René Galster habite à quelques centaines de mètres de son successeur romand, Yves Loutan, mais tous deux ne s’étaient jusqu’alors jamais rencontrés. «Je ne suis dans le coup que depuis 2012, explique le second, comédien et metteur en scène. Le BPA cherchait quelqu’un pour Neuchâtel et Vaud, ainsi que Genève, bientôt. Ça m’a paru sympa et utile, et j’ai accepté. Et puis j’ai toujours rêvé d’être un ange.»

En attendant de rencontrer leur inspirateur à tous deux, ce qui devrait arriver pour Yves Loutan dans deux mois, notre couple de Franky se console en évoquant un possible nid d’anges à Villarlod. Encore étonné par la popularité du personnage – certainement le plus célèbre qu’il ait joué à ce jour – l’acteur reconnaît qu’il est arrivé qu’on lui demande s’il était le «vrai». Ou si l’anglais était bien sa langue maternelle. «Je réponds naturellement oui à la première question. Quant à la seconde, elle n’a pas trop de sens: je parle le langage des anges, bien sûr...»

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: Manuel Zingg