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4 avril 2016

Sommes-nous biodégradables?

La chronique de Leïla Rölli.

La chronique de Leïla Rölli.

Qu’advient-il de nous après la mort. En ce qui concerne nos âmes, je n’en sais rien, mais pour ce qui est du sort de nos enveloppes charnelles, une fois enterrées, elles mettront huit à dix ans à se dégrader, nourrissant les sols et les petits vers. Enfin... en théorie. On a observé dans une quarantaine de cimetières allemands que les décompositions naturelles sont fortement ralenties. D’après Walter Müller, entrepreneur de pompes funèbres à Berlin, des corps inhumés il y a trente ans ont l’air d’avoir été mis en terre la semaine dernière, comme s’ils avaient été traités avec des conservateurs. D’où un problème de logistique: les fossoyeurs ne peuvent plus récupérer les anciennes sépultures pour y mettre de nouveaux locataires. Comment expliquer ce phénomène? Toujours d’après Walter Müller, il serait dû à l’absence d’une bactérie importante... la faute à notre alimentation?

L’industrialisation de la production alimentaire s’est accompagnée de l’introduction de divers additifs de synthèse (pesticides, antibiotiques...) qui permettent de lutter contre le gaspillage alimentaire inhérent aux macro-productions. Ainsi, notre chair est, elle aussi, imprégnée de ces produits chimiques. Même après le décès de leur hôte, ces molécules restent actives et annihilent les organismes indispensables à la décomposition. Et lorsque ces corps finissent enfin par se dégrader, ce sont les sols qui sont pollués.

Aujourd’hui, de plus en plus de personnes s’intéressent aux funérailles bio.

Un marché en plein essor où les défunts sont dépollués et, par exemple, «recyclés» en terreaux pour transformer les cimetières en forêts. Reste notre bonne vieille crémation, plébiscitée par 85% de nos morts nationaux, un record en Europe! Une fois et demie moins polluantes que les inhumations, les incinérations mondiales émettent tout de même 6,8 millions de tonnes de CO2 par an et libèrent de nombreux poisons dans l’atmosphère. Et si le défunt a des plombages dentaires, du mercure se retrouve dans l’air! Heureusement, en Suisse, une ordonnance fédérale existe qui oblige les crématoires à être équipés de filtres pour récupérer ce mercure.

On peut aller plus loin dans la démarche écologique et réinjecter la chaleur des crématoires dans le réseau de chauffage à distance. Au Danemark, le principal crématorium permet de chauffer deux écoles... avec l’étrange bonheur de savoir que grand-mère se balade dans les radiateurs.

Texte © Migros Magazine – Leïla Rölli

Auteur: Leïla Rölli