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14 mars 2016

Sommes-nous trop portés sur la bouteille?

Une nouvelle étude menée à Bâle pointe du doigt la surconsommation d’alcool des Romands par rapport aux Alémaniques. Même si l’écart est moins net du côté des très gros buveurs, cette réalité est désormais bien connue des spécialistes.

Des gens attablés dans un bistrot
Une étude alémanique confirme le cliché selon lequel les Romands seraient de plus gros buveurs que leurs voisins (photo: Nils Ackermann/Lundi13).

Encore une étude pointant du doigt notre consommation excessive d’alcool: quelle que soit la tranche d’âge, les Romands picolent davantage que leurs voisins alémaniques. Nous buvons en moyenne deux fois plus de ce côté-ci de la Sarine, et cela expliquerait une mortalité plus importante due à une maladie du foie.

Pour les chercheurs de l’Institut tropical et de santé publique de Bâle qui ont réalisé cette recherche portant sur quelque 700 décès entre 2008 et 2012, il n’y a aucun doute possible: le lien avec notre surconsom­mation d’alcool est évident. La cirrhose étant causée dans 80% des cas par l’alcool, on ne peut que se résigner.

Reste que, pour certains, ce genre d’étude sert avant tout à stigmatiser notre région. Jean-Félix Savary, secrétaire général du Groupement romand d’études des addictions (GREA), dénonçait ainsi dans les colonnes du Matin une volonté de démontrer nos comportements à risque étant susceptibles de faire grimper les coûts de la santé.

Visée machiavélique ou non, les chiffres sont là, et depuis longtemps: même si, du côté des très gros buveurs, les différences sont moins criantes, les Romands jeunes ou vieux restent de gros consommateurs d’alcool. Pour Addiction Suisse, le rappeler tout comme tenter d’en prévenir les risques délétères sur la santé des consommateurs comme de leur entourage demeure une priorité.

Portrait de Corine Kibora
Corine Kibora

Corine Kibora, porte-parole romande d’Addiction Suisse.

Cette étude montrant que l’on boit davantage de ce côté-ci de la Sarine est-elle une surprise ou une première?

Ni l’une ni l’autre. Ces dernières années, les recherches ont montré que les Romands consommaient davantage d’alcool que leurs voisins alémaniques. Et c’est vrai non seulement en matière de consommation globale, mais aussi pour les consommations à risque.

Quelle est la consommation quotidienne d’alcool en Suisse romande?

D’après le dernier Monitorage suisse des addictions datant de 2014, elle est presque deux fois plus importante chez nous qu’en Suisse alémanique, avec respectivement 14,7% de la population chez nous contre seulement 8,2% outre-Sarine. A noter qu’au Tessin, ce sont même 20,8% des habitants qui boivent de l’alcool chaque jour.

Comment l’expliquer?

Du côté d’Addiction Suisse, si nous disposons de nombreuses données chiffrées, nous n’avons pas d’éléments fondés permettant d’expliquer ces différences régionales.

N’y a-t-il pas un facteur d’ordre culturel?

Sans doute. Nous sommes notamment une région viticole, où l’apéritif est vécu comme une sorte de tradition. Cela dit, l’alcool festif en soirée est tout aussi répandu de l’autre côté de la Sarine.

Les campagnes nationales de prévention tiennent-elles compte de ces différences culturelles face à la consommation d’alcool?

Ce ne sont en tout cas pas des traductions littérales. Il faut tenir compte dans la mesure du possible des sensibilités locales. Cela se traduit plutôt dans des projets spécifiques à l’échelle cantonale.

Les chercheurs distinguent d’abord les sexes. Les hommes boivent-ils toujours plus que les femmes?

Oui, c’est toujours le cas. Par exemple, ils sont presque deux fois plus nombreux à connaître des ivresses ponctuelles.

Selon les âges, quels profils de buveurs avons-nous en Romandie?

Entre 15 et 34 ans, il s’agit plutôt de consommation épisodique à risque, avec des ivresses ponctuelles. Les fameux «binge drinking», par exemple, où le but est vraiment de se saouler. On observe la poursuite de ces comportements dans une moindre mesure parmi les plus âgés, avec en plus l’apparition de consommations importantes et régulières pour une partie d’entre eux.

A partir de quand peut-on parler de consommation à risque?

Les gens sont parfois étonnés d’apprendre que c’est bien avant d’être ivre. Pour les hommes, on ne devrait pas dépasser deux à trois verres standards au quotidien mais pas tous les jours. Un verre standard correspondant à un décilitre pour le vin, 2,5 dl pour la bière, etc. Chez les femmes, un à deux verres.

En matière de consommation à risque, la différence entre Romands et Alémaniques est-elle également du simple au double?

Non, les différences sont moins marquées. Reste que les Romands sont régulièrement devant les Alémaniques.

Quel est le message essentiel d’Addiction Suisse?

Que l’abus d’alcool est à l’origine de nombreuses maladies, dont plusieurs cancers, mais aussi d’accidents et de violences. Qu’il ne faut pas hésiter à demander de l’aide, que l’on soit directement concerné ou que le problème concerne l’entourage.

Auteur: Pierre Léderrey