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26 octobre 2014

Sonja Ramsperger, l'embellisseuse d'urnes funéraires

Sonja Ramsperger, artiste peintre, donnera dès l’an prochain des cours d’urne artistique. Son idée: transcender l’idée de la mort en créant une œuvre d’art unique et originale.

Urnes crées par Sonja Ramsperger, l'embellisseuse d'urnes funéraires
Sonja Ramsperger: «Il y a plein de deuils dans notre vie et, si on s’entraîne déjà à apprivoiser les petits, tout ira mieux pour le grand.»

Décorer une urne et customiser un couvercle de cercueil: personne n’y avait encore jamais pensé – sauf Sonja Ramsperger. Avec son maquillage raffiné, ses vêtements soigneusement assortis et sa manucure parfaite, cette artiste peintre a tout de la femme sophistiquée. Mais cette sophistication dissimule une volonté de fer doublée d’un esprit follement créatif, qui la poussent à imaginer l’impossible. Comme de demander il y a deux ans à différents artistes d’orner librement un couvercle de cercueil.

Résultat: neuf œuvres d’art superbes, exposées en fin d’année dernière dans sa galerie d’art La Spirale, à Vevey. «L’idée était de se faire plaisir tout en utilisant ses techniques artistiques, explique Sonja Ramsperger. Et chacun avait ajouté sa touche personnelle au dos du couvercle: étoiles, chemin artistiques, collage d’annonces mortuaires et peinture. Moi, j’y ai collé un tricot avec de grosses aiguilles. Il faut être créatif jusqu’au bout, et comme ça je ne m’ennuierai pas!»

Le ton est donné: Sonja Ramsperger est un esprit libre, qui croit en l’éternité des âmes et refuse le tabou pesant entourant le deuil et la mort.

Les gens pensent toujours que ce sont seulement les autres qui partent, mais pas eux. Pourquoi? Ont-ils peur de laisser leurs biens derrière eux? Ou de ne pas savoir ce qui les attend? Tout le monde part, et je pense que s’ils prenaient le temps d’apprivoiser cette idée et d’être en règle avec la mort, ils ne la craindraient plus autant.

Quarante-cinq urnes d’un coup

Afin de désacraliser le deuil, les neuf artistes ont également décoré vingt-sept urnes, parfois assorties aux cercueils et toujours délicatement ornées. «J’avais contacté un grossiste, qui m’a dit qu’il avait justement reçu quarante-cinq urnes brutes, alors que les gens ne demandent que celles qui sont colorées. Il ne savait pas qu’en faire, alors je les ai rachetées! Cela devait être un signe…»

Composées d’amidon de maïs 100% biodégradable, les urnes beiges et neutres représentent un fond parfait pour l’envol créateur. Les artistes ne s’y sont pas trompés, et les ont habillées de peinture vive et de collages design.

Les réactions du public? «Quelqu’un m’a dit que c’était la première fois qu’il tenait une urne dans ses mains. Une dame m’a aussi déclaré qu’ainsi, elle saurait où s’adresser pour préparer son enterrement.» Néanmoins, la plupart des visiteurs qui se sont déplacés travaillaient dans les soins palliatifs… «Ils m’ont encouragée à continuer, en me disant qu’il est nécessaire de lutter contre ces blocages néfastes entourant le deuil. Un problème qu’ils affrontent, eux, au quotidien!»

Du coup, Sonja Ramsperger a orné elle-même huit urnes au fil des mois: «J’aime vraiment ça: créer des urnes artistiques, cela permet de réfléchir à notre condition.» L’idée lui est ainsi venue de proposer à l’Ecole-club Migros un cours sur le sujet. Après réflexion, ce dernier a été accepté. L’artiste proposera ainsi au printemps prochain un cours d’urnes artistiques. «Il m’en reste huit en stock. Et là aussi, c’est un signe: on m’a justement demandé de proposer un cours pour huit personnes! Je suis persuadée que quand les choses doivent se faire, elles se font.»

Un bienfaisant travail créatif

Son envie est de permettre aux intéressés de transcender l’idée de leur fin, par le biais du travail créatif. «Je proposerai des idées de décoration simples mais attention: pas enfantines, de manière à ce que les gens aient du plaisir à créer et repartent avec une œuvre d’art originale et, surtout, unique.»

Elle conseille ainsi déjà aux intéressés de choisir un papier qui leur plaît, qu’ils pourront ensuite utiliser pour habiller leur urne. Et de réfléchir au préalable au design auquel ils aimeraient aboutir. «Tout est possible: on peut mettre des mots ou des phrases découpés dans le journal, une photo de son chat, on peut aussi orner l’intérieur de l’urne. L’essentiel est de se faire plaisir et de donner libre cours à sa fantaisie.» Elle s’attend néanmoins à avoir une clientèle essentiellement féminine: «Les enfants, la carrière… les femmes ont appris à lâcher prise. Mais les hommes, eux, ont plus de peine à le faire.»

Le projet lui tient particulièrement à cœur:

Les gens n’ont plus forcément le temps de se rendre au cimetière, et beaucoup préfèrent maintenant déposer l’urne chez eux. Pourquoi alors ne pas en faire un bel objet de décoration, plaisant à regarder?

On peut aussi décorer une urne destinée à un tout autre deuil: retraite, et alors on peut y mettre des objets liés à son ancien métier, premier amour et on y glisse des lettres… Il y a plein de deuils, dans notre vie, et si on s’entraîne déjà à apprivoiser les petits, tout ira mieux pour le grand.» Pour sa part, elle a entre autres orné une urne d’un oiseau délicat, et couvert une autre d’étoiles. Sa préférée reste cependant la première qu’elle a faite. Mais elle ne l’utilisera pas: «J’ai aussi donné durant onze ans des cours de peinture sur porcelaine, et j’ai créé un jour un vase orné de motifs gris et roses. Ce sera lui, mon urne!»

Texte: © Migros Magazine – Véronique Kipfer

Auteur: Véronique Kipfer

Photographe: Mathieu Rod