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6 juillet 2014

Souple comme le roseau

Isabelle Kottelat revient sur l'utilisation du roseau, dans la construction notamment.

Les robustes tiges sont très utilisées dans la construction.
Les robustes tiges sont très utilisées dans la construction.

Il plie, mais ne rompt pas, le roseau. On en a plein les rives du lac de Neuchâtel, battu au vent, dans la Grande Cariçaie protégée où il pousse. Même que ces robustes tiges étaient exploitées depuis le Moyen Age et industriellement par chez nous au XXe siècle. On le récoltait durant l’hiver avant de le tisser.

Le dernier tisseur de roseau du pays habite Grandcour, au bord (sud) du plus grand lac entièrement suisse. Voilà soixante ans que Daniel Bonny travaille ces longues tiges robustes et les transforme en ombrages, en paravents, en clôtures, même pour les Eurockéennes ou le Paléo Festival! Comme ses parents qui le faisaient déjà – pas Paléo, mais le travail du roseau - et exploitaient les bords du lac. Jusqu’à il y a huit ans. Aujourd’hui, Daniel Bonny continue à tisser… des roseaux venus d’ailleurs. Parce que ceux des grèves du lac sont devenus inaccessibles, la faute notamment à des routes d’accès trop étroites.

Si le roseau de chez nous a connu son heure de gloire le siècle dernier, tricoté en plafonds ou panneaux isolants, en Camargue, on tresse toujours les tiges indigènes en nattes pour des haies brise-vent ou en bottes pour la confection de toitures de maisons traditionnelles (toits de chaume). Bon isolant phonique et thermique, résistant au temps qui passe, c’est ce qu’on dit toujours de lui.

En Suisse, depuis les années 1990, c’est pourtant son cousin de Chine (Miscanthus sinensis) qui plie désormais à la bise et au vent en grandes cultures dont s’occupent quelque 200 producteurs. Impropre au tissage, ce roseau, mais riche en fibre. Il sert de litière aux animaux et de paillage pour les vignes. On en fait du plastique, du compost et du terreau pour fleurs et géraniums. Et même des maisons comme Ueli Freudiger, de Gals - dans le no-man’s land bernois du bout du fameux lac de Neuchâtel. Si, si! Haché, mélangé à de l’eau et du calcaire, il devient paroi légère pour maison écologique.

© Migros Magazine – Isabelle Kottelat

Auteur: Isabelle Kottelat

Photographe: Konrad Beck