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30 janvier 2012

Sous la glace, les poissons...

En hiver aussi, les truites mordent à l’hameçon. Sur le lac de Vonnes (F), près de Morgins (VS), l’on peut s’initier à la pêche sous glace. Reportage.

Pêcheurs près d'un trou de glace
Aucun risque de passer au travers de la solide couche da glace. En revanche, il est fort probable que vous ayez froid aux pieds!

Au bout de la canne, l’hameçon est tout nu. La truite a emporté l’appât, mais n’a pas daigné mordre. «On parle de touche Coluche: les poissons se croient aux Restos du cœur, ils se nourrissent gratuitement!» L’ambiance est à l’humour sur le lac de Vonnes, à Châtel, en France voisine. Le garde-pêche Alain Klesse et son acolyte Alain Vast – auteur de ce bon mot – initient une dizaine de touristes à la pêche sous glace.

Si en cet après-midi de janvier l’assistance est exclusivement française, les Suisses peuvent eux aussi, depuis le début de l’année, s’essayer à cette activité inhabituelle. A l’origine de cette initiative: l’office du tourisme de Morgins. Dix minutes suffisent en effet pour relier les deux stations. La région – partie helvète – se situant sur une zone protégée, il est impossible de pratiquer ce sport de notre côté de la frontière. «Comme nous entretenons d’excellents rapports avec les gardes-pêche de Châtel – nous collaborons déjà en été – nous n’avons eu aucune difficulté à organiser de telles sorties», explique Julie Sacoun, responsable de communication de l’office du tourisme morginois.

Rendez-vous est donc donné aux touristes au lac de Vonnes. Muni d’une tronçonneuse, Alain Klesse perce l’épaisse couche de glace qui a déjà eu le temps de se former depuis la dernière sortie de pêche il y a deux jours. Les truites – qui composeront la majeure partie de notre butin – ne risquent-elles pas d’être effrayées par le bruit? «Pas de souci, elles ne l’entendent pas», assure le garde-pêche. En revanche, les poissons seront attirés par ces puits de lumière. De son côté, Alain Vast prépare une bûche finlandaise – une large branche de pin fendue dans sa longueur sur laquelle il verse de l’alcool en gel avant d’y mettre le feu: les participants pourront s’y réchauffer les doigts entre deux prises!

Vous allez voir, je vais attraper un gros poisson!

Cette fois, ça y est: la pêche peut commencer. Chacun choisit son trou, place sur son hameçon un bout de pâte de farine de poisson et laisse glisser sa ligne qui s’enfonce rapidement grâce à un petit plomb attaché au fil. Profondeur maximum: 55 mètres. «A priori, c’est là que se trouvent les poissons, explique Alain Vast. Mais si au bout de quelques minutes ça ne mord pas, vous pouvez toujours remonter votre ligne et essayer plus haut.»

Mots d’ordre: patience et concentration

Démarrage en beauté: très rapidement, plusieurs truites viennent se tâter aux hameçons. Pour ne pas rater la prise, il faut rester vigilant! Lorsque le bout de la canne frémit, surtout ne pas paniquer. Attendre quelques instants que la truite ait bien été ferrée, puis lentement, précautionneusement, actionner le moulinet. Au bout de quelques secondes de bras de fer avec le poisson, ce dernier est enfin amené hors de l’eau. «Il ne saigne pas: vous pouvez soit le rejeter à l’eau, soit le garder pour votre repas de ce soir!» Si la plupart des touristes relâchent leur prise, une limite a tout de même été imposée pour préserver la faune: chaque participant a le droit de conserver deux petites truites ou une grosse. Jusqu’à maintenant, seuls de petits spécimens ont mordu à l’hameçon. «Vous allez voir, avant la fin de la journée, je vous en attrape un gros», promet Alain Vast.

Pêcheurs avertis ou complets débutants

Alain Kesse, garde-pêche, tient une belle prise dans ses mains: une truite de 45 cm!
Alain Kesse, garde-pêche, tient une belle prise dans ses mains: une truite de 45 cm!

Chez quelques participants, on décèle une certaine aisance. Ils n’en sont pas à leur coup d’essai, c’est sûr. Chapeau sur le crâne, Jacques a déjà sorti deux prises de l’eau. Sa ligne, il la laisse filer sur un doigt: ainsi, il sent mieux les touches. «C’est la cinquième année que je viens. Et l’été, je taquine la truite en rivière, en Normandie.» Cédric aussi est un adepte de pêche. Mais il s’agit pour lui d’un baptême en ce qui concerne cette variante de son hobby favori. «En soi, le geste n’est pas très différent, mais avec la glace sous les pieds, on se sent moins en sécurité.» Qu’il se rassure, 35 centimètres d’eau gelée supportent notre poids. Et pas question de s’aventurer trop loin au milieu du lac, les accompagnateurs veillent au grain. Mais tous les touristes prenant part à l’activité ne sont pas des pêcheurs confirmés. Comme Giovanni et Dorothée, ce jeune couple de Marseillais: non, ce n’est pas dans leurs habitudes, même s’ils habitent au bord de la mer. En vacances à Châtel, ils ont entendu parler de cette animation. «Ça nous a intrigués. Et puis, ça change du ski!» Confirmation de Julie Sacoun: pêcheurs ou non, les participants viennent de tous horizons. Des familles avec enfants se joignent parfois à l’aventure.

L’heure tourne, et toujours pas de trace de cette grosse prise dont Alain Vast nous parlait. Dans une quinzaine de minutes, après deux heures passées sur la glace – les pieds en sont témoins – il faudra plier bagage. Soudain, le bout de sa canne s’agite. Est-ce une illusion ou plie-t-elle davantage que de coutume? Et d’un coup, on LA voit apparaître, là, quasiment à la surface. Elle tente encore quelques échappées. Peine perdue. Cette fois-ci, l’homme a vaincu. Son butin: une superbe truite arc-en-ciel, aux reflets colorés. 45 cm. Une façon de clore en beauté la journée.

Auteur: Tania Araman

Photographe: Laurent de Senarclens