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3 novembre 2014

Sous le charme de Concise

Un parcours ludique à découvrir absolument avec les enfants: le Sentier du cerf dans le Nord vaudois. Vignobles, fontaines, place de jeux, tous les ingrédients sont réunis pour une escapade pleine de magie et de poésie.

Des promeneurs à l'orée du village de Concise
Concise, son clocher, ses vignes… et son parcours ludique destiné aux enfants.
portrait d'Anne Fékih. en extérieur
Anne Fékih

Pas toujours facile de faire trotter les enfants. Mais voilà un itinéraire taillé sur mesure pour les petits mollets, avec tout ce qu’il faut d’imaginaire et de surprises pour qu’ils avancent sans rechigner. Appelée le «Sentier du cerf», à Concise, cette balade se décline en trois variantes, toutes carrossables pour une poussette ou un vélo.

Nous voulions faire un sentier famille qui soit différent des autres, en mettant de la magie dans la promenade.

Une façon aussi de valoriser ce village et ce cadre magnifique de vergers, de vignes et de lac», explique Anne Fékih, garde-port qui a participé à l’élaboration du sentier.

Les objets contenus dans le baluchon.
Le balluchon contient tous les objets nécessaires à la balade.

La balade commence donc au port avec un balluchon. Ce petit sac, qui s’achète pour 5 francs dans les épiceries et kiosques du coin, est un passeport indispensable à la magie: carnet et stylo, brucelles, mini-boîte, loupe, craies… tout y est pour déclencher l’aventure. Car au fil du parcours, les enfants ont une mission: trouver un certain nombre d’ingrédients pour préparer une potion! Galet rond, gouttes d’eau, feuille de trèfle, pincées de sable et autres éléments plus humoristiques allant de la bave d’escargot au lacet de mille-pattes…

Et soudain… la magie opère

Pour l’itinéraire du jour, la boucle de deux heures, on s’enfile rapidement dans le village après avoir jeté un œil à la fontaine aux musiciens, qui rappelle joyeusement qu’un festival de jazz se tient chaque été à Concise. Le chemin remonte un joli canal, le ruisseau du moulin et, tout de suite, la magie opère. Les petits s’activent à la recherche de leurs ingrédients et les grands sont foudroyés par la beauté des lieux. Le clapotis insouciant de l’eau et les vignobles qui moutonnent vers l’église, superbe bâtisse du XIIIe siècle avec son clocher roman, semblent tout droit sortis d’un tableau flamand.

Tapi depuis l’Antiquité romaine entre le Mont-Aubert et les rives du lac de Neuchâtel, Concise est un village qui a plus d’un charme dans son sac. Avec ses fermes vigneronnes, ses fenêtres à meneaux et ses moulures de calcaire jaune de Hauterive. Ici, un portail qui encadre un minutieux potager, des calèches qui attendent dans l’ombre, et là, une magistrale cour pavée sous une arche de pierre, avec son marronnier deux fois centenaire. Il faut s’arrêter aussi devant l’imposant bâtiment de l’Ecu de France, qui servait de relais pour les diligences jusqu’au XIXe siècle. Les rues chantent de noms poétiques, impasse du Crieur, la Fin-du-Milieu, les Vignettes…

Sur les hauts du village, le chemin bifurque sur la gauche, juste sous les vignes et tout à coup la vue s’ouvre, le panorama est à couper le souffle: le ciel pur de l’automne avec, en contrebas, la colline du Terraillex et sa frange d’arbres, le lac qui explose en miroirs et, entre deux, le dégradé des vignobles virant du vert à l’ocre en passant par tous les tons de l’or. Soit cinquante-deux hectares de Chasselas, Chardonnay, Pinot gris et Garanoir…

des bouts d'herbes et de cailloux etc. dans le fond d'une boîte d'allumettes.
Y a-t-il tout ce qu'il faut pour concocter une potion magique?

C’est là, au milieu des vignes, et juste à cheval entre les communes de Corcelles et de Concise, que l’on trouve un couvert avec sa table de pique-nique. L’occasion pour les enfants de recenser leurs trésors.

«J’adore ces parcours en zigzag dans la nature. Et c’est rigolo de rassembler ces ingrédients pour la potion. Ça donne un objectif à la marche,

lance Zoé, 13 ans. «Depuis l’ouverture du sentier en 2013, nous avons déjà vendu près de 500 balluchons aux familles et pour les courses d’école. On est content que ça prenne!» se réjouit Anne Fékih.

Des enfants grimpent sur les monolithes.
Sur le parcours, quatre monolithes se dressent sur un carré d’herbe.

On se remet en route, toujours dans la lumière des feuilles, où se cachent les grappes tardives. Avant de redescendre au milieu des champs cultivés qui s’étirent comme des moquettes vertes. Une grappe d’étourneaux, des troncs séculaires de fruitiers, on croit cheminer dans Les Bucoliques de Virgile tellement le décor est inaltéré. Il ne faut pas rater alors le site des quatre monolithes, qui se dressent sur leur carré d’herbe: trois authentiques et un quatrième trop régulier pour être honnête… Un ajout du XIXe siècle qui ne doit rien au néolithique. Les enfants en profitent pour faire de l’escalade. Les grands songent à ces rites mystérieux qui ont six mille ans d’histoire.

Des façades rougies de vigne vierge

Et puis, on revient gentiment vers le village de Concise par le quartier de la Rive. D’abord les fermes bernoises aux géraniums lourds qui pendent au front des toits, les façades rougies de vigne vierge, et puis la petite rue intacte qui donne sur le clocher, avec sa fontaine de grès, ses fenêtres basses et ses anciennes maisons de pêcheurs du XVIe siècle.

On rejoint le bord du lac, terminus. On aurait pu prendre d’autres chemins, bifurquer à tout moment, puisque les petits panneaux en bois avec l’icône du cerf qui balisent le parcours ne sont là qu’à titre indicatif.

On ne voulait pas d’un itinéraire rigide. On se repère facilement grâce au lac, on peut donc se laisser porter par l’inspiration du moment. D’ailleurs, les ingrédients, on les trouve partout et on revient toujours au port!»

Un enfant en train de jeter le chaudron.
Le chaudron est une des pièces maîtresses du parcours.

précise Anne Fékih. C’est donc là, sur l’aire de jeux et de pique-nique, que se trouve le fameux chaudron. Les enfants s’y précipitent pour y jeter leur récolte, compter jusqu’à douze et faire un vœu.

Encore une fois, la magie est là, partout, et pas seulement dans la marmite de la sorcière. Entre une frange de joncs qui se froissent, l’eau qui scintille et le chant flûté des foulques, le rivage est un site palafitte qui a accueilli quelque vingt-huit villages lacustres entre 4300 et 1570 av. J.-C. Et puis, sous les saules, une dernière surprise attend les enfants, qui auront soudain l’impression d’entrer dans un livre de la cabane magique…

Texte: © Migros Magazine – Patricia Brambilla

Auteur: Patricia Brambilla

Photographe: Laurent de Senarclens