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18 juillet 2016

Sous le soleil de minuit

A Tromsø, en Norvège, le jour se fait éternel durant la période estivale. La petite ville, tapie dans les fjords à 340 km au nord du cercle polaire, promet un dépaysement total.

Le panorama vu depuis le Fjellstua
Le panorama qui s’offre généreusement aux pieds du Fjellstua est époustouflant (photo: courtesy Travelhouse).

Aller chercher le soleil au sud en été? Il y a mieux! Il est 1 heure du matin. Et pourtant, l’astre reste encore bien visible, loin à l’horizon. C’est ce qu’on appelle ici «le soleil de minuit»: du 20 mai au 20 juillet, le ciel de Tromsø, au nord de la Norvège, ne s’assombrit plus.

Pour profiter de cette expérience singulière, nous embarquons dans un téléphérique qui mène de la petite ville jusqu’à Fjellstua, une colline qui s’élève à 421 mètres au-dessus du niveau de la mer. De la terrasse panoramique, une large vue s’ouvre sur toute la région: à nos pieds, la ville de Tromsø, encerclée par la mer et plus loin par de hautes montagnes encore couvertes de neige.

La cité de 70 000 habitants est le plus grand centre urbain de la Norvège du Nord. Située à 340 km au nord du cercle polaire, elle détient le record mondial de l’université, du jardin botanique et de la cathédrale protestante les plus septentrionaux. Elle est également un haut lieu de l’histoire du pays puisqu’elle fut le point de départ de nombreuses expéditions vers le pôle Nord. Elle en tire d’ailleurs toujours son surnom de «Porte d’entrée de l’Arctique». Un passé glorieux que l’on peut découvrir aujourd’hui au Norsk Polarinstitutt (lien en anglais) et au centre de découvertes Polaria avec ses aquariums qui présentent les espèces locales de poissons.

La nature à portée de main

Le développement touristique de Tromsø a de quoi faire rêver: ces cinq dernières années le nombre de voyageurs a doublé. Son argument de charme, c’est bien sûr sa position stratégique, au beau milieu des fjords, qui invite donc à de nombreuses excursions.

Les Alaskan Huskies dans les niches de l'élevage.
Le Villmarkssenter est spécialisé dans l’élevage de l’Alaskan Husky, un chien d’attelage de compétition.

De notre côté, la première expérience de la nature norvégienne a lieu à l’élevage d’Alaskan Huskies «Villmarkssenter» (lien en anglais), à une vingtaine de minutes de voiture. A peine débarqués du véhicule que la horde de trois cents chiens nous accueille dans un concert de hurlements. Heureusement que les voisins les plus proches se situent à plusieurs kilomètres!

La propriétaire des lieux nous salue personnellement en nous déposant sur la tête une couronne tressée dans du lierre. Elle porte elle-même le modèle féminin, fabriqué à partir de fleurs sauvages.

Nous célébrons le solstice d’été, le jour le plus long de l’an»,

explique Tove Sørensen. Une journée qui endosse une importance toute particulière, dans cette région où le soleil reste tout l’hiver aux abonnés absents.

Tove Sørensen portant une couronne de fleurs
Tove Sørensen, éleveuse de chiens huskies

L’élevage familial est devenu au fil du temps une activité touristique incontournable de la région, avec ses quelque trois mille visiteurs chaque année. «Les premiers touristes étaient Japonais, se souvient la musher. Je les ai emmenés se balader en traîneau.

Quand j’ai vu le plaisir que leur a procuré cette expérience, j’ai compris que je devais développer cette activité.»

La Norvégienne compte un nombre impressionnant de compétitions à son palmarès. Elle a participé notamment à la Finnmarksløpet (lien en anglais),une course qui s’étend sur 1000 km à travers la Norvège. Tout comme à la célèbre Iditarod en Alaska, la plus longue et la plus dure des compétitions de chiens de traîneau au monde, avec ses 1800 km. Comme elle le précise,

Le temps de parcours n’a que guère d’importance. Ce qui compte, c’est de franchir la ligne d’arrivée, avec un maximum de chiens.»

Au cœur des fjords

L’excursion suivante, le lendemain matin, nous fera découvrir une autre facette de la nature norvégienne. Après une quarantaine de minutes de voiture à travers des paysages toujours aussi majestueux, nous apercevons la petite île de Sommarøy (en français, «l’île de l’été») reliée au continent par un pont étroit: 400 habitants répartis sur 0,3 km2.

«Quand on a construit ce pont en 1978, les plus vieux du village pensaient que tous les jeunes s’en iraient vivre en ville. Mais au contraire, ce sont les touristes qui ont commencé à affluer sur l’île»,

sourit Kjell Ove Hveding, propriétaire du seul hôtel du village, le Sommarøy Arctic Hotel, inauguré en 2001.

Portrait de Kjell Ove Hveding
Kjell Ove Hveding, notre guide

Le Norvégien, qui sera notre guide pour la journée, prend d’abord quelques minutes pour nous raconter l’histoire de sa bourgade, composée uniquement de petites maisons de bois peintes traditionnellement en rouge, jaune ou blanc. «C’est un de mes ancêtres qui a acheté cette île en 1850, explique-t-il. A la base, elle n’était habitée que par des pêcheurs.»

Le village compte encore deux usines de poissons. Mais depuis quelques années, c’est le tourisme qui occupe une place prépondérante. «Il y a cinq ans, les baleines sont venues passer l’hiver dans la région. Selon les scientifiques, elles changent d’itinéraire environ tous les quinze ans… Ce qui laisse aux visiteurs encore dix ans pour venir les observer. En bateau, lors des escapades organisées depuis le village ou directement depuis la côte!»

La liste des animaux sauvages à découvrir dans la région est longue. En plus des traditionnels élans, on pourra apercevoir avec un peu de chance des ours bruns, des loups ou des lynx.

L’autre point fort de la saison hivernale, ce sont bien sûr les aurores boréales. «L’emplacement est idéal, car la pollution lumineuse est très faible, indique Kjell Ove Hveding. Parfois, elles se font si puissantes que l’on peut voir son ombre sur le sol.» La meilleure période pour observer ce phénomène météorologique s’étend de mi-novembre à mi-février. Cette même partie de l’année où le soleil n’est plus du tout présent dans le ciel.

«C’est un mythe de croire qu’il fait sombre vingt-quatre heures sur vingt-quatre, précise-t-il.

Même au sommet de l’hiver, nous bénéficions d’au moins deux heures de lumière... bien que le soleil lui-même reste invisible.»

L’après-midi, le guide nous propose une excursion en bateau pour découvrir la nature intacte qui entoure l’île de Sommarøy. Nous voilà happés par la magie des fjords. Même à deux pas de l’extrémité nord du continent européen, les terres sur le littoral endossent un vert éclatant. Et dans certains recoins, de petites plages de sable fin se dessinent. «Les locaux se baignent ici en été, mais l’eau atteint au maximum 15 degrés!»

Tromsø reste une destination de choix pour ceux qui veulent découvrir l’Arctique.

Texte: © Migros Magazine |  Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin

Photographe: Alexandre Willemin