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29 juillet 2016

Sous les gratte-ciel, la plage

Petite arvine, raclette et promenades célestes: après un séjour en Suisse rafraîchissant et très AOC, le retour à la fournaise new-yorkaise est un châtiment. 37 degrés, je gère. Mais pas ce taux d’humidité (94%) à friser les chauves.

La plage de Jacob Riis Park.
La plage de Jacob Riis Park.

J’ai remarqué que, pour fuir l’intolérable, on se défait vite de ses grands principes. Chez nous, sous les toits, au troisième étage d’un brownstone(«pierre brune» du nom du grès utilisé dès les années 1850 à New York pour la construction de bâtiments urbains, ndlr) aussi bien isolé qu’une étable de yaks, l’air conditionné tourne à fond. Jour et nuit.

Ce n’est pas une mesure de confort ou de standing. C’est un acte de survie. Je sais, c’est subjectif. Pour mon père, par exemple, la survie consiste à «toujours garder un fromage d’alpage au frigo».

Dans ces conditions: il faut fuir. C’est ainsi que nous avons, en famille, découvert les joies de la pistoche à New York. Il y a peu de piscines publiques. Nous en avons testé deux. La pop-up pool, vers le Brooklyn Bridge, si petite et si bondée qu’on ne vous autorise à y rester que 45 minutes après avoir attendu votre tour en file indienne. Nice view , par contre.

La deuxième est à trois blocs de chez nous. A la double D de Boerum Hill, les agents du New York City Parks and Recreation vous accueillent comme au goulag, en criant: «les femmes à droite, les hommes à gauche!», tout en énumérant ce que vous ne pouvez pas prendre avec vous (soit à peu près tout à l’exception de votre linge) en sortant du vestiaire suintant de toutes parts et décoré comme Fleury-Merogis.

Pas de sandwichs, pas de bouteilles, pas d’électronique, pas de journal au bord du bassin où des écriteaux vous rappellent encore qu’il est interdit de plonger et où un maître nageur vous apostrophe d’un coup de sifflet humiliant lorsque, dans l'eau, votre gosse s'accroche à votre nuque pour simuler un bateau de course.

A côté de cette enclave aussi disciplinée que grillagée (elles sont où les pool parties qu’on voyait sur MTV?), je vous jure que la piscine de la Blancherie, à Sion, avec son bassin olympique, ses toboggans, ses tables de ping-pong, son mur de grimpe et son terrain de beach volley, fait figure d’eldorado.

Sion est à dix heures d’avion. Par commodité et pour voir une autre facette de New York, loin du ramdam de Gotham, nous prenons donc désormais le métro ou le bus pour des week-ends balnéaires (lien en anglais). Coney Island, à 30 minutes, est généralement bondée, mais son parc d’attractions vintage et son melting pot social vous propulsent à une autre époque.

Rockaway Beach
Rockaway Beach, un samedi d'été. A une heure de Manhattan en transports publics, cette plage gratuite attire une foule éclectique, y compris les coquettes.

Rockaway (à une heure), célébrée par un tube des Ramones et autrefois connue sous le nom de «Irish Riviera» pour sa forte concentration d’Irlandais, s’est refait une beauté à 140 millions de dollars après le passage de l’ouragan «Sandy» en 2012.

Elle offre près de dix kilomètres de plage raisonnablement propre sous le cri des mouettes et (parfois) la musique un peu forte d’un boom-box guy. Bon d’accord, ce n’est pas Copacabana, Malibu ou Capri. Mais c’est à côté de la maison. Et ça rend l’été un peu plus agréable. Presque suisse.

Texte © Migros Magazine – Xavier Filliez

Auteur: Xavier Filliez

Photographe: Xavier Filliez