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10 août 2015

Souvenirs de vacances: restez dans la légalité!

Figurines en ivoire, chaussures en peau de crocodiles ou copies de sacs à main de marque: certains objets acquis durant un voyage risquent fort d’être confisqués à la douane... Un mot d’ordre: renseignez-vous!

Un caméléon sur l'épaule d'un douanier suisse. (Photo: Keystone)
Un caméléon sur l'épaule d'un douanier suisse. (Photo: Keystone)

Bientôt, les vacances sont finies. Bye-bye l’exotisme, retour à la maison! Pris de nostalgie, certains voyageurs ne résistent pas à la tentation de s’offrir un petit souvenir pour prolonger le plaisir une fois au pays. Un coquillage par-ci, un djembé par-là, et pourquoi pas aussi ce magnifique plat en écailles de tortue ou encore cette bouteille de vin contenant un serpent. Ça plaira sûrement aux copains...

Oui, mais attention! Certains objets ne sauraient être importés en Suisse sans une autorisation préalable. D’autres sont tout bonnement bannis du sol helvétique. Et les amendes pour les fraudeurs peuvent être salées, quand ce ne sont pas des poursuites judiciaires qui les attendent (lire ci-dessous).

Pour éviter aux vacanciers de se retrouver dans de délicates situations, le WWF a développé, en collaboration avec l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires, une application listant les souvenirs interdits, issus d’espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (recensées par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction).

De son côté, l’Administration fédérale des douanes propose d’emporter un résumé des règles en vigueur dans notre pays. Comme l’interdiction d’introduire des produits de contrefaçon. Exit, donc, la Rolex à 10 francs!

D’autres exemples? Sachez que les objets en plumes d’oiseaux sauvages, les écharpes en laine d’antilope du Tibet et les sculptures en os de baleine sont également prohibés.

«Les babioles vendues sur les marchés ne sont pas forcément autorisées à l’importation»

Michel Bachar, porte-parole du Corps des gardes-frontière de Genève.
Michel Bachar, porte-parole du Corps des gardes-frontière de Genève.

Michel Bachar, porte-parole du Corps des gardes-frontière de Genève.

A quoi les voyageurs doivent-ils faire attention en achetant leurs souvenirs de vacances?

Le véritable fléau, ce sont les contrefaçons qui portent un énorme préjudice à l’économie suisse. On recense plus de 1000 cas par année en région genevoise, des montres aux sacs, en passant par les vêtements et le matériel électronique. Par ailleurs, les objets liés aux espèces de faune et de flore en voie de disparition sont également soumis à des restrictions, voire à une interdiction. Je pense notamment aux sculptures en ivoire, aux peaux de crocodile ou de serpent qui continuent d’être vendues en masse.

Les vacanciers ne sont pas forcément conscients de certaines de ces interdictions…

Effectivement. Ils doivent garder à l’esprit que les babioles vendues dans les marchés touristiques ne sont pas forcément autorisées à l’importation. De plus, ils pensent parfois que ramasser un corail échoué sur une plage ne prête pas à conséquence. Mais imaginez que chacun fasse de même, sur une plage accueillant un million de visiteurs par année: le risque pour l’écosystème est réel. C’est également la raison pour laquelle il est interdit d’exporter des noix de coco dans certains pays. Enfin, un morceau de pierre sur lequel apparaît un début de hiéroglyphe peut sembler attrayant, mais il fait partie du bien culturel du pays visité, même s’il n’a pas été trouvé sur un site archéologique.

Quelles ont été vos découvertes les plus insolites dans les valises des vacanciers?

Parmi les plus surprenantes et les plus troublantes, je citerais des crânes de singes transformés en cendriers, des colliers de papillons, des broches scorpions… Malheureusement, tant que des gens continueront à acheter ce genre d’objets, pour assouvir parfois des envies de collection morbides, des animaux seront tués. Sinon, dans les bagages des voyageurs en provenance de pays africains, nous trouvons parfois de la viande de brousse à base de singe, de zèbre, de lézard, etc. Un mets de choix là-bas, mais après avoir fermenté pendant tout un trajet dans la soute, l’odeur est insoutenable. Nous devons tout détruire, principalement pour des raisons sanitaires.

Vous est-il aussi arrivé de trouver des animaux vivants?

Bien sûr. Nous sommes tombés par exemple sur un caméléon, des tortues, des mygales, des petites boîtes de pellicule photo remplies de scorpions du Maroc, un serpent dans un état proche du coma, les conditions de transport étant souvent inacceptables.

Ce genre de cas est-il fréquent?

Cela n’arrive pas tous les jours, mais sur une année, on en recense entre 50 et 100.

Quels risques encourent les fraudeurs?

Ça peut aller très loin. Dans les cas de contrefaçons, au mieux, ils s’en sortent avec une amende de 300 francs. Mais certaines marques n’hésitent pas à engager des poursuites judiciaires et les tribunaux leur donnent souvent raison. Dans le cas d’importation de biens culturels, des procédures pénales sont également lancées. Dans une autre catégorie de risques, les voyageurs doivent se rappeler que notre flore intestinale occidentale n’est pas forcément adaptée à la viande de brousse. Mieux vaut éviter de tenter le diable!

Quels conseils donneriez-vous aux voyageurs pour éviter d’être pris en faute?

Qu’ils profitent de leurs vacances… sur place! Qu’ils apprécient l’écosystème en prenant des photos par exemple, mais qu’ils le laissent intact, au lieu de rapporter des objets qui finiront par prendre la poussière. Qu’ils se méfient des miroirs aux alouettes, comme des t-shirts de marque à un prix dérisoires…

Texte © Migros Magazine – Tania Araman

Auteur: Tania Araman