Archives
5 février 2012

«Je n’ai aucun complexe par rapport à Roger Federer»

Ce week-end, la Suisse affrontera les Etats-Unis lors du premier tour de la coupe Davis, à Fribourg. L’occasion de faire le point avec le n° 2 du tennis suisse, Stanislas Wawrinka, confiant en ses capacités.

Stanislas Wawrinka, ambassadeur de Swiss Tennis auprès des jeunes.
Ambassadeur de Swiss Tennis auprès des jeunes, Stanislas Wawrinka dévoile ses ambitions à la veille de la coupe Davis.

Annoncez-nous une bonne nouvelle! Avec une équipe américaine privée de deux de ses meilleurs éléments (ndlr: Andy Roddick et Bob Bryan), la Suisse a toutes les chances de l’emporter ce week-end, n’est-ce pas?

Je n’irai pas jusque-là, non. Bien sûr, comme nous jouons à domicile, nous partons favoris. Mais les Etats-Unis restent une équipe très difficile à jouer, la rencontre risque d’être serrée. En plus, leur équipe compte plus de joueurs que la nôtre, nous n’avons pas le droit à l’erreur.

Stanislas Wawrinka aborde la coupe Davis avec confiance.
Stanislas Wawrinka aborde la coupe Davis avec confiance.

Oui, mais Federer sera à vos côtés cette année.

C’est une des raisons pour lesquelles nous partons favoris, sur le papier. Mais même avec lui, ce ne sera pas facile.

J’ai toujours répondu présent à la coupe Davis, c’est une chance et un honneur.

La coupe Davis demeure-t-elle pour vous l’un des points forts de la saison?

Oui, depuis huit ans que j’y participe, j’ai toujours répondu présent. C’est une chance et un honneur pour moi de pouvoir jouer pour mon pays. J’en rêvais déjà quand j’étais petit. Chaque année, l’un de mes objectifs, c’est d’aller le plus loin possible, de donner le maximum de chances à la Suisse.

Un de vos autres objectifs pour 2012, c’est d’entrer dans le Top Ten de l’ATP...

De m’en rapprocher le plus possible, en tout cas.

Vous n’avez pourtant pas très bien démarré l’année: lors de l’open d’Australie, vous vous êtes arrêté aux 16es de finales. Pensez-vous réussir à remonter dans le classement?

Mais l’année ne fait que commencer! On ne peut pas encore tirer de conclusions. Je ne vais pas modifier mes objectifs après un seul tournoi, il en reste encore énormément à jouer. Je reste confiant, je sais que j’ai tout pour y arriver.

Même sans entraîneur? Depuis que vous vous êtes séparé de Peter Lundgren, vous jouez cavalier seul...

Cette situation dure depuis septembre dernier et tout se passe très bien. Je me donne le temps de trouver un nouvel entraîneur, mais pour l’instant, ce n’est pas une priorité. J’ai 26 ans, je sais jouer au tennis et ça fait un moment déjà que j’évolue sur le circuit, j’en connais les ficelles.

L’engagement de Lundgren comme coach avait pourtant marqué un tournant dans votre carrière en 2010. Pourquoi avoir cessé votre collaboration si rapidement?

Parce que, après une année très intense, j’estimais qu’on avait fait le tour. Mais il m’a énormément apporté, tant au niveau technique que mental. Son expérience m’a également été très bénéfique, il a travaillé avec de grands joueurs comme Federer, il a gagné plusieurs tournois du Grand Chelem avec certains d’entre eux.

L’autre point fort de 2012, ce sont les JO de Londres. Impatient?

Comme tous les sportifs de haut niveau, oui. C’est l’événement de l’année. Moi, j’ai la chance d’avoir déjà vécu l’expérience et en plus d’avoir décroché une médaille d’or (ndlr: remportée en double à Pékin en 2008 avec Roger Federer).

Comptez-vous sur un nouveau titre olympique?

Ça risque d’être difficile, mais on va donner le maximum.

En observant vos résultats de ces dernières années, on a un peu l’impression d’une carrière en dents de scie. Vous êtes capable du meilleur, mais retombez brutalement ensuite. Comment expliquez-vous cette tendance?

Mais je n’ai pas du tout l’impression d’avoir une carrière en dents de scie! Au contraire, il me semble que depuis mes débuts, j’ai toujours progressé, à mon rythme, j’ai gravi peu à peu les échelons de ma carrière, j’ai avancé dans la bonne direction, mise à part une année où je suis redescendu dans le classement. Autrement, j’ai sans cesse consolidé ma place.

C’est déjà exceptionnel d’être dans les vingt premiers joueurs mondiaux.

Tout de même, en juin 2008, vous avez atteint votre meilleur classement ATP, à la 9e place. Depuis, vous n’avez plus réussi à intégrer le Top Ten. Pourquoi?

Vous savez, il y a très peu de points qui séparent le 8e du 22e ou 23e mondial, on peut passer de l’un à l’autre en un rien de temps, à un match près. Ça tourne sans arrêt, c’est extrêmement instable. D’ailleurs, à la fin 2008, j’ai terminé 17e. Il ne faut pas perdre de vue que nous sommes des millions dans le monde à jouer au tennis, c’est déjà exceptionnel d’être dans les vingt premiers, notamment pour un sportif suisse. Il n’y en a pas beaucoup qui atteignent ce niveau. Il s’agit d’en être conscient. Alors bien sûr, nous avons la chance d’avoir un Roger Federer qui reste le meilleur tennisman de tous les temps, mais on ne peut pas vraiment le comparer aux autres joueurs suisses.

Venons-en à Federer justement. Peut-on parler d’un petit complexe d’infériorité lorsque vous êtes confronté à lui?

Non, je n’ai aucun complexe par rapport à Roger. A la base, il est simplement beaucoup plus fort que moi. Il est 3e mondial, je suis 27e: c’est normal que je perde face à lui.

Pas de pression supplémentaire donc lorsque vous vous retrouvez face à lui?

Non. De la pression, il y en a toujours lors des tournois. Peut-être plus pour moi que pour lui, mais uniquement parce qu’il en a disputé davantage que moi.

Vous parlez peu de votre vie privée, en revanche vous utilisez beaucoup les réseaux sociaux comme Facebook et Twitter pour partager votre quotidien avec le public. Qu’est-ce que cela vous apporte?

Je le fais avant tout pour mes fans. Ils nous apportent beaucoup, à nous autres sportifs. C’est une manière de les remercier, de leur donner un point de vue différent, un peu plus personnel que les journaux et les conférences de presse officielles.

Dans cette même optique, vous avez baladé partout avec vous une figurine d’Homer Simpson l’année dernière...

Oui, je l’ai prise en photo dans différents endroits, c’était une façon un peu décalée de montrer le circuit, les hôtels, les villes que je traversais, les avions, bref, de partager mon quotidien, sans forcément me mettre moi-même en scène. Les fans ont adoré!

En parlant d’In­ter­net, sur le site go4tennis, vous répondez également aux questions des joueurs débutants. Une manière d’assumer votre rôle d’ambassadeur de Swiss Tennis?

Pour moi, c’est très important, notamment au niveau de la relève. Pour l’instant, nous n’avons pas grand monde et je redoute le moment où Roger et moi-même arrêterons. Sur ce site, je peux conseiller ceux qui viennent de commencer, et s’ils éprouvent du plaisir à discuter avec moi, si on arrive à se voir de temps en temps, à taper quelques balles même, c’est déjà un bon début!

Pour revenir à un épisode qui fâche... comment avez-vous vécu les critiques dont vous avez fait l’objet suite à votre séparation avec Ilham Vuilloud en 2010?

Pas très bien, mais c’est un sujet que je n’aborde jamais dans les médias.

Même de votre fille?

Même de ma fille.

La voyez-vous souvent?

Oui, tout le temps.

Est-elle fière de son papa?

Il faudra le lui demander quand elle sera un peu plus grande.

Elle a déjà assisté à l’un de vos matchs, l’an dernier...

Oui, à Berne, c’était super de la voir avec ma femme dans le public!

Vous entretenez donc toujours de bons rapports avec Ilham?

Oui, de très bons rapports. Mais je n’aime pas parler de ma vie privée.

Devenez fan de Stanislas Wawrinka sur Facebook
Suivez Stanislas Wawrinka sur Twitter
Site officiel de Stanislas Wawrinka

Auteur: Tania Araman

Photographe: Mathieu Rod