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20 octobre 2014

Une station d'épuration, comment ça marche?

Près de 900 stations d’épuration (STEP) traitent les eaux usées en Suisse. A Nyon, 3 millions de mètres cubes sont traités chaque année. Visite guidée.

Les biofiltres (la matière mousseuse sur la photo) permettent d’éliminer de l’eau les matières organiques.
Les biofiltres (la matière mousseuse sur la photo) permettent d’éliminer de l’eau les matières organiques.
Patrice Blanc, chef d'exploitation de la STEP de Nyon.
Patrice Blanc, chef d'exploitation de la STEP de Nyon.

Un mardi d’octobre, 9 h, pause café à la station d’épuration (STEP) de Nyon. On y parle de la dernière trouvaille à l’arrivée des tuyaux de canalisation: un porte-monnaie! Certainement celui d’un ouvrier, perdu sur un chantier, nous apprend-on. «On découvre parfois des bouts de bois, des marteaux, et même des bidons de maçon, mais c’est de plus en plus rare», raconte Patrice Blanc, chef de l’exploitation. Un autre grand classique: les grenouilles et les lézards...

Le 80% des eaux traitées à la STEP de Nyon provient des ménages.
Le 80% des eaux traitées à la STEP de Nyon provient des ménages.

La STEP de Nyon fait partie des quelque 900 stations d’épuration de notre pays. Bien entendu, leur travail ne se limite pas à la récolte de batraciens, de reptiles et de matériel de chantier. Ici, dans la cité vaudoise, il s’agit de traiter près de 3 millions de mètres cubes d’eaux usées par an, provenant également de cinq villages voisins. «80% de l’eau est issue des ménages, souligne Patrice Blanc. Il y a peu d’industrie dans le coin.» Quant aux nouvelles constructions, il arrive que les conduites soient mal raccordées, parfois sur le réseau des eaux usées, parfois sur celui des eaux claires. D’où un contrôle régulier des chantiers. Le mandat des STEP? Restituer en milieu naturel l’eau la plus pure possible. «Dans notre cas, nous avons notamment le lac à protéger.»

Première étape, donc, pour mener à bien cette mission: l’élimination des macro-déchets (papier, plastique, restes de cuisine, etc.), du sable et des graisses. Tout cela se déroule à la station de prétraitement de Rive, au bord du Léman. «Nous nous y rendons une fois par jour pour la maintenance des installations et vérifier que tout fonctionne», explique le chef d’exploitation, qui quant à lui officie avec son équipe à quelques kilomètres de là, sur le site de l’Asse. Et de nous montrer sur un écran de contrôle les commandes qui lui permettent d’agir à distance, en cas de pépin, sur les pompes, vannes et bassins. Grâce à une caméra installée in situ, il est également possible de s’assurer qu’aucun déchet encombrant ne bloque le circuit. Pour l’heure, rien à signaler!

Les eaux usées, véhiculées par des tuyaux de raccordement, passent donc par un dégrilleur, puis par un dessableur-dégraisseur, puis par un tamiseur, avant d’être stockées dans un bassin. Les déchets récoltés sont lavés – «Un grand gain au niveau des odeurs» – et incinérés à Genève, tandis que le sable, après avoir lui aussi été nettoyé, est livré à une entreprise de construction.

L’eau, quant à elle, est pompée jusqu’à la station de l’Asse, où se déroule la deuxième partie du traitement. Afin de mieux nous expliquer le trajet qu’elle y suit, Patrice Blanc nous guide d’abord dans une salle abritant de grands bassins, où règnent une certaine chaleur... et une odeur certaine, inévitablement.

Ces décanteurs physico- chimiques permettent, grâce à l’adjonction de floculant et de chlorure ferrique, d’alourdir la masse organique et le phosphore contenus dans l’eau. Nous pouvons alors ensuite récupérer les flocons de boue qui se déposent au fond du bassin.

Suivant le même chemin que l’eau, nous sortons du bâtiment pour nous retrouver devant d’autres bassins, en plein air ceux-ci: les biofiltres, dits à culture fixée. «C’est ici que sont éliminées de l’eau les matières organiques. Elles sont détruites par les bactéries présentes sur des granules d’argile, qui agissent également comme filtre.» Et la mousse que l’on aperçoit à la surface, à quoi correspond-elle? «Nous oxygénons les bassins, afin que les bactéries puissent vivre et se multiplier. Quand il pleut, comme aujourd’hui, cela forme de la mousse. Lorsqu’elle monte trop haut, nous l’éliminons au jet, tout simplement.»

Le carbone et le phosphore sont éliminés à plus de 90%

L’eau a ainsi terminé son parcours au sein de la station. Elle est à présent véhiculée vers une turbine, afin de récupérer une partie de l’énergie consommée pour faire tourner la station, puis déversée vers le lac. Entièrement purifiée? «Nous procédons à des contrôles à son entrée à la station de prétraitement, à son arrivée au site de l’Asse, à la sortie des décanteurs, et à la sortie des biofiltres. Pour l’heure, nous n’agissons que sur le carbone et le phosphore: nous arrivons à éliminer 93% du premier et 95% du second.»

Bonne nouvelle lorsque l’on sait que le phosphore est à l’origine de la production massive des herbes dans le lac, privant les poissons de leur oxygène... «Nous ne traitons pas en revanche l’azote à la STEP de Nyon. D’ici à quinze-vingt ans, nous devrions nous attaquer également aux micropolluants.»

Quant à la boue, une fois récupérée dans les décanteurs, elle est épaissie puis stockée trente jours dans deux digesteurs de la STEP – deux grosses tours de béton, situées en bout de bâtiment– produisant ainsi du biogaz. «Ce dernier est utilisé pour faire tourner un moteur couplé à une génératrice produisant plus de 450 000 kilowattheures par année.»

A cette production d’énergie se rajoute celle des 575 mètres carrés de panneaux solaires disposée sur le toit de la STEP: une volonté communale...

© Migros Magazine – Tania Araman

Auteur: Tania Araman

Photographe: François Schaer