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1 septembre 2014

Stefan Ansermet, le héraut des minéraux

Stefan Ansermet, chercheur, photographe et passionné de minéralogie, vient de publier un «Guide des lieux mystérieux de Suisse romande».

Stefan Ansermet, photographe et passionné de minéralogie.
Stefan Ansermet: «Ce qui est fantastique, c’est qu’on peut trouver des minéraux n’importe où.»

Qui peut se targuer d’avoir exaucé ses rêves d’enfant? Stefan Ansermet, lui, en a fait son métier. «Petit, je voulais être explorateur. La littérature a été primordiale dans ma vie et j’ai été très influencé par différents écrivains, dont Flaubert, Kundera, Tolstoï, Hemingway, Hamsun et Jack London, entre autres.»

A 15 ans, le jeune Vaudois s’engoue pour la minéralogie. Quelques années plus tard, après une formation de photographe de presse, il se consacre peu à peu totalement à cette passion. «Peut-être ai-je été attiré par le fait que peu de gens s’intéressent aux minéraux? C’est un monde délaissé, alors qu’il est d’une beauté et d’une diversité incroyables. En outre, on a beaucoup plus de chances de faire des trouvailles dans ce domaine. Les êtres vivants ont besoin de certains milieux pour vivre, mais les minéraux sont partout, même sur d’autres planètes.»

Voyages aux quatre coins du monde

Afin d’étancher sa soif de découvertes, Stefan Ansermet commence alors à bourlinguer. Spitzberg, nord du Mexique, Sud-Ouest américain, Australie: «J’ai beaucoup voyagé presque partout, j’aime les déserts de toutes sortes, froids comme chauds.»

A chaque fois, l’explorateur plante sa tente, loin de toute présence humaine. «Dans un endroit reculé de Californie, il m’est arrivé une fois de ne pas rencontrer une seule personne durant une semaine. C’est étonnant alors les changements qui se produisent en nous, lorsqu’on vit dans une solitude absolue.»

De ses voyages, il ramène des pierres rares – ou alors, bonheur suprême, de nouvelles espèces. Il a eu la chance d’en découvrir plus d’une dizaine au fil des années. Et le plaisir de pouvoir leur inventer un nom. Car chaque pierre doit bien entendu être baptisée, selon certains usages: l’heureux dénicheur n’a pas le droit de lui donner son propre nom – en revanche, d’autres peuvent lui dédier leur minéral et c’est ce qu’ont fait ses collègues avec l’ansermétite -, et l’appellation doit être en lien avec la minéralogie, avec le lieu où la pierre a été trouvée ou avec l’une de ses propriétés.

Le bonheur de la découverte

«Je m’efforce d’être original dans le choix des noms. Ainsi, j’ai trouvé un nouveau minéral au Mexique. Comme il est brun cacao, je l’ai appelé xocolatlite, en lien avec sa couleur, en hommage à la délicieuse création aztèque et en clin d’œil à la Suisse et son chocolat.» Il a déniché une autre nouveauté dans une boîte de pierres colorées, ramassées au Chili par le consul de Suisse en 1912 et qui, offerte par sa veuve, était restée inaperçue dans les réserves du Musée d’histoire naturelle de Berne. «Etant donné sa couleur blanche et ses cristaux en croix, je l’ai nommée leucostaurite, d’après les racines grecques des mots «croix», stauros, et «blanc», leukos.»

«Ce qui est fantastique, c’est qu’on peut trouver des minéraux n’importe où! Il faut quand même une certaine expérience pour les voir, mais le secret, c’est d’être toujours attentif, de garder les yeux ouverts et de n’avoir aucun a priori.»

Foisonnement d’idées

C’est cette curiosité toujours en éveil, cet amour de l’inattendu, qui rendent également Stefan Ansermet grand amateur de champignons: «J’adore aller à la cueillette, c’est la quête même qui me plaît et je ne suis jamais malheureux si je reviens les mains vides.» Et qui lui ont permis, il y a quelques années, de trouver un filon d’or au Mont-Chemin: «J’ai créé une Sàrl avec deux associés, nous effectuons actuellement des prospections là-bas.»

Touche-à-tout, le minéralogiste vient de publier un Guide des lieux mystérieux de Suisse romande, qui recense vingt endroits hors du commun qu’il connaît et dont il «avait envie de parler un jour». Il mûrit déjà un autre projet, une expédition au Kamtchatka où ont été découvertes de nombreuses nouvelles espèces de minéraux. Fan de bricolage, il envisage également de créer bientôt un meuble multiusages. «Confucius a dit: «Choisis un travail que tu aimes, et tu ne travailleras plus jamais.» C’est ce que je fais: je ne travaille jamais!»

© Migros Magazine – Véronique Kipfer
Photos: Laurent de Senarclens / Istockphoto / Keystone

Auteur: Véronique Kipfer