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11 novembre 2013

Le rythme dans les roues

Paraplégique depuis un accident de moto il y a neuf ans, la Fribourgeoise Stéphanie Combremont a pris part en juillet dernier à une comédie musicale racontant sa propre histoire. Elle y danse la valse et le rock’n’roll... en fauteuil roulant.

Stéphanie Combremont, danseuse en chaise roulante. Elle est ici avec son partenaire de danse Jean Vicino.
Un fauteuil plus facile à manier 
et surtout privé de freins a été construit pour que Stéphanie puisse danser.

Elle a le rire – et le sourire – faciles, Stéphanie Combremont! Moue espiègle, yeux pétillants, la Fribourgeoise de 39 ans manie avec brio l’art de la taquinerie. Choisissant volontiers comme cible (consentante...) son partenaire de danse Jean Vicino. Ensemble, les voilà qui se lancent spécialement pour nous dans une chorégraphie à mi-chemin entre la valse et le tango, sur l’air Con te partiro de Il Divo . Plus sérieuse lorsqu’elle évolue sur la piste, la jeune femme affiche tout de même un sourire comblé.

Je suis toujours heureuse quand je danse. Je me concentre sur la musique, sur le mouvement, et j’en oublie presque que je suis en fauteuil roulant.

Voilà en effet neuf ans que Stéphanie Combremont a perdu l’usage de ses jambes, suite à un accident de moto.

A part ma moelle épinière, je n’ai rien eu de cassé. Souvent je me dis: tout ça pour ça...

Passagère, elle assure n’en avoir jamais voulu à celui qui était aux commandes du deux-roues: «Cela ne m’aurait pas rendu mes jambes...»

Philosophe et d’humeur joyeuse aujourd’hui, elle avoue qu’il n’en a pas toujours été ainsi. «Je me suis retrouvée hospitalisée pendant six mois au Centre suisse des paraplégiques à Nottwil (LU) . J’ai dû tout réapprendre: c’est comme si je naissais à nouveau, mais adulte.» Le moral aussi en a pris un coup.

Au centre, ça allait: on était tous en fauteuil roulant, on savait donc exactement ce que les autres traversaient, on se comprenait. En revanche, quand je rentrais chez moi les week-ends, je me rendais compte de toutes les difficultés que j’allais rencontrer. Et puis, on a beau expliquer à ses proches ce que l’on vit, ils ne peuvent pas vraiment réaliser.

Elle reconnaît toutefois sa chance d’avoir eu des parents très présents. «D’ailleurs, ils le sont toujours aujourd’hui.» Quant à sa fille, âgée de 4 ans à l’époque de l’accident, c’est elle qui a donné la force à cette mère célibataire de continuer.

A ma sortie du centre, j’ai connu quelques mois difficiles. Je devais reconstruire ma vie. J’ai laissé s’envenimer un problème médical, parce que je n’avais aucune envie de retourner à l’hôpital. Finalement, je n’ai plus eu le choix et j’ai dû rester alitée pendant quatre semaines. J’ai utilisé ce temps pour réfléchir et j’ai décidé de m’accrocher pour ma fille.

Aujourd’hui, après des années de galère, Stéphanie Combremont se sent mieux. Elle travaille dans le télémarketing trois soirs par semaine pour le compte de La Liberté , ne prête plus trop attention au regard des autres et n’hésite pas à demander de l’aide quand elle en a besoin.

Une fois par semaine à Farvagny

Et puis, il y a la danse. Une fois par semaine, elle retrouve son partenaire Jean Vicino au studio de l’école Harmonie Danse à Farvagny (FR) . Elle a même pris part en juillet à une comédie musicale racontant... sa propre vie.

Jean, que j’avais rencontré avant mon accident, m’a demandé l’autorisation il y a deux ans de reprendre mon histoire comme thème de son prochain spectacle. Après réflexion, j’ai accepté.

Stéphanie Combremont et son partenaire de danse Jean Vicino.
Stéphanie Combremont et son partenaire de danse Jean Vicino.

Elle s’est finalement elle aussi retrouvée sur scène, dansant sur ce fameux air de Il Divo, mais également au rythme d’un rock’n’roll endiablé. Des chorégraphies d’un genre un peu particulier qui ont nécessité des mois de préparation. «J’ai aussi dû apprendre à danser en chaise roulante, raconte Jean Vicino. Je devais me rendre compte par moi-même comment on se déplaçait.»

Pas trop dur de revivre ainsi son accident et les mois difficiles qui ont suivi? «Ce n’était pas toujours évident, reconnaît la Fribourgeoise. Et ma famille a été très émue en découvrant le spectacle. Mais je crois que cela m’a aidée à tourner la page.»

Et puis, cette démarche correspondait bien à son envie de montrer que, même en fauteuil roulant, la vie continue. Son handicap ne l’a d’ailleurs pas empêchée de sauter à plusieurs reprises en parapente et elle pratique régulièrement l’aviron. Côté danse, elle travaille actuellement avec Jean Vicino une nouvelle chorégraphie sur un air de Gotan Project. Et les deux partenaires devraient bientôt donner des cours spécialement dédiés aux personnes en fauteuil roulant.

Auteur: Tania Araman

Photographe: Christophe Chammartin