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9 septembre 2013

Le loup dans le collimateur

Le 2 septembre 2013, un loup a été abattu en Valais par des gardes-chasse mandatés par le Conseil d’Etat. Il était accusé d’avoir tué près de 40 moutons dans la vallée de Conches. Une exécution qui relance le débat sur la présence de ce grand prédateur en Suisse.

La population de loups en Suisse est estimée à une vingtaine d’individus à l’heure actuelle.
La population de loups en Suisse est estimée à une vingtaine d’individus à l’heure actuelle.

Le 29 août, le Conseil d’Etat valaisan – comme le Plan Loup suisse le lui autorisait – mettait à prix la tête d’un canis lupus accusé d’avoir liquidé trente-neuf moutons dans la vallée de Conches entre le 21 juillet et le 24 août. Le 2 septembre, ce «serial killer», qui n’a sans doute pas agi seul, était abattu par des gardes-chasse professionnels alors qu’il s’apprêtait à croquer une nouvelle proie.

Le WWF a été le premier à condamner cet acte: «En Valais, on croit encore que le fusil est une réponse au grand prédateur. Le canton s’empêche ainsi de recourir à de véritables solutions.»

Pro Natura et la Fondation Franz Weber ont également réagi. Toutes ces organisations ont déclaré, en substance, que cette exécution n’allait pas résoudre les problèmes endémiques que pose la cohabitation entre les éleveurs et ce carnassier.

Aujourd’hui, selon l’Office fédéral de l’environnement, une vingtaine de ces carnivores hanteraient nos monts et montagnes. Ils seraient peut-être plus nombreux si fouler notre sol n’était pas si dangereux! Onze individus ont en effet laissé leur peau dans cette aventure depuis 1995, date officielle de l’arrivée du loup en Suisse: huit supprimés légalement, un occis par des braconniers, deux autres victimes d’accidents.

Bien que dûment protégé par loi fédérale sur la chasse et la Convention de Berne, Ysengrin peine donc à s’implanter dans notre pays. Et ce, malgré un Plan Loup censé préparer son retour naturel et «permettre la coexistence du carnassier et des hommes». C’est à se demander si ce grand prédateur est vraiment le bienvenu en Suisse…

«Cet animal a sa place en Suisse»

Jean-Marc Landry, biologiste, éthologue et grand spécialiste du loup.
Jean-Marc Landry, biologiste, éthologue et grand spécialiste du loup.

Jean-Marc Landry, biologiste, éthologue et grand spécialiste du loup.

Un nouveau loup vient d’être abattu en Suisse, ça vous attriste?

Pas vraiment, même si je trouve un peu dommage de devoir user de cet ultime recours. Quand vous tirez un loup, vous résolvez le problème momentanément. Pour les éleveurs qui trouvent ces attaques intolérables, et je les comprends, c’est très bien. Mais demain, ça va recommencer… Cela dit, le loup fait maintenant partie de la faune suisse et il faut bien pouvoir gérer cette espèce comme on le fait pour les autres. On doit, par conséquent, se garder la possibilité de le tirer si nécessaire.

Quelles seraient les autres alternatives?

L’idée, que l’on est plusieurs scientifiques à étudier, c’est d’apprendre au loup à ne pas attaquer les brebis, de lui faire comprendre par un apprentissage pavlovien que les troupeaux sont quel­que chose de dangereux.

Comment?

Par un tir à la grenaille lorsqu’il s’approche d’un troupeau. Ou à l’aide du collier répulsif que je suis en train de développer avec l’aide d’institutions valaisannes. Ou encore en synthétisant les phéromones d’alarme que sécrètent probablement les loups pour en imprégner les brebis. Le loup va ainsi associer le troupeau à un traumatisme et il en aura peur. Une peur qu’il pourra ensuite transmettre à d’autres loups par apprentissage social. Bien sûr, ces techniques seraient complémentaires au chien de protection qui reste aujourd’hui le meilleur outil à disposition des éleveurs.

En attendant, on a quand même l’impression qu’en Valais un bon loup est un loup mort…

C’est vrai que les Valaisans, dans leur majorité, sont réticents à la présence du loup, ils veulent d’ailleurs que leur canton soit une terre d’exclusion de cette espèce. Donc, je ne sais pas si on ira un jour dans le sens d’une cohabitation.

Et en Suisse?

Le loup a sa place dans notre pays. Le plan de gestion de l’Office fédéral de l’environnement a d’ailleurs été pensé dans ce but. Mais cette problématique dépasse le simple cadre cantonal ou fédéral. La population du loup des Alpes devrait être gérée au niveau de plusieurs pays: France, Italie, Suisse, Allemagne, Autriche et Slovénie. On n’en est malheureusement pas encore là…

Auteur: Alain Portner

Photographe: Keystone, Tamedia publications romandes