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18 juin 2012

Supermarché

Le temps de faire la queue au magasin, Martine Chyba a eu le loisir de se demander comment passer à la caisse de la meilleure façon possible.

Martina Chyba
Martina Chyba, journaliste

J’ai une question. Si vous aviez complètement le choix pour aller faire vos courses, que feriez-vous? Hein? Vous iriez à 8 h 30 alors que les caissières sont détendues et les rayons pleins… Ou alors à 15 heures après la sieste et avant le rush hystérique du soir… non? Eh bien non, apparemment.

Vous avez tous et surtout toutes vécu le moment délicieux de la file d’attente dix minutes avant la fermeture où vous songez qu’il vous reste à faire la bouffe, les devoirs, la vaisselle, le dossier que vous n’avez pas eu le temps de terminer parce que la Migros ferme à 19 heures, et l’amour avec votre conjoint une fois que les enfants sont au lit parce que bon, ce sont des choses qui se font en principe dans les couples. Et devant vous dans la file d’attente, il y a le retraité qui a décidé d’acheter une tranche de jambon et du cottage cheese et de liquider sa petite monnaie tout en cherchant sa carte Cumulus qu’il confond avec celle de la Coop et finalement c’est la caissière qui fait toute gentille et patiente pendant qu’une horde d’actifs exténués fume des naseaux et choppe des varices derrière.

Vous avez aussi tous et toutes vécu l’instant merveilleux où vous sacrifiez votre samedi matin pour remplir un caddie qui pourrait nourrir toute la Somalie (chez vous ça tient trois jours, cherchez l’erreur). Si ça se trouve, vous avez aussi avec vous des gosses en bas âge qui chouinent. Et devant vous il y a une dame avec un déambulateur qui après avoir liquidé sa monnaie et confondu les cartes de fidélité, ne parvient pas à mettre les affaires dans le sac, et une fois que c’est fait au bout de dix minutes, vérifie tout le ticket de caisse parce qu’il y a une erreur de 15 centimes sur un produit soi-disant en action.

Il faudrait une caisse lente, comme la troisième voie sur les autoroutes.

Ayant fait remarquer (stupidement je le concède) qu’il faudrait une caisse lente, comme la troisième voie sur les autoroutes, une dame m’a répondu que je n’avais rien compris, que ces gens viennent aux heures de pointe, car ils veulent voir du monde. Aha. Et c’est pas plus sympa de voir du monde devant un café sur une terrasse que devant un caddie au rayon concombres?

Vous allez me dire: ce n’est pas marrant de devenir vieille, tu verras. Je rétorquerai que dans ce monde, c’est pas marrant d’être jeune non plus. Et pour ce qui est d’être vieille, je le suis déjà. Avec mon arthrose j’ai l’impression d’avoir 800 ans. D’ailleurs, désormais, je me fais livrer.

Auteur: Martina Chyba