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12 novembre 2012

Sur le Mont-Racine, loin de la brume...

Les Neuchâtelois, du Haut comme du Bas, font chaque automne le pèlerinage du Mont-Racine pour aller admirer la mer de brouillard. Une randonnée ensoleillée à portée de pratiquement tous les mollets.

Le Mont-Racine ensoleillé
Du Mont-Racine ensoleillé, l’on aperçoit la mer de brouillard qui surplombe la plaine.
La randonnée débute dans le brouillard.
La randonnée débute dans le brouillard.

Le car postal nous dépose au col de La Tourne (1129 m), qui se situe sur la route peu fréquentée reliant Neuchâtel au Locle. Purée de pois et froid de canard sont au rendez-vous. Et nous qui pensions naïvement avoir, à une telle altitude, la tête hors des stratus matinaux…

Bien emmitouflés, nous entamons cette randonnée qui va nous conduire au Mont-Racine, sorte de Mecque automnale des Neuchâtelois. En effet, qu’ils soient du Bas ou du Haut, qu’ils aient voté pour ou contre le RER, les habitants de ce canton ont l’habitude de se retrouver là-haut sur la montagne pour profiter de la mer de brouillard qui recouvre la plaine à cette époque de l’année.

Des chardons.
Des chardons.

La balade démarre juste à côté de l’Hôtel de La Tourne. Un chemin, goudronné au début, grimpe dans une forêt de hêtres et d’érables. L’air est saturé d’humidité. Les branches des arbres gouttent comme des stalactites. Pas âme qui vive. Juste le silence, et ce cocon vaporeux qui nous entoure et nous protège.

Un décor baroque et fantastique

A la métairie du Petit-Cœurie (1263 m), de timides rayons de soleil parviennent enfin à déchirer ce voile virginal. De magnifiques feuillus isolés, à la ramée dénudée, apparaissent dans cette lumière encore balbutiante. Impression de se trouver dans le décor baroque et fantastique d’un film de Tim Burton.

Les verts pâturages céderont bientôt leur place à un décor hivernal.
Les verts pâturages céderont bientôt leur place à un décor hivernal.

Plus loin, quelques veaux, vaches et génisses profitent de leurs derniers jours sur l’alpe. Bientôt, comme chaque année immuablement, ils rejoindront leur résidence d’hiver. Sous l’effet de la chaleur que diffuse l’astre du jour, de la brume s’élève au-dessus de chacune de ces bêtes. Nous tombons la veste.

Les façades austères du Grand-Cœurie (1298 m) se détachent sur un ciel à présent azur monochrome. Le moment est venu de sortir des sentiers battus, de quitter le chemin pédestre pour diriger nos pas vers ces drôles de bâtisses qui se transforment en buvettes à la belle saison. Nous saluons un paysan juché sur son tracteur. C’est Monsieur Frick, le fermier du lieu.

Un brin de causette, puis nous poursuivons notre périple à travers champs cette fois-ci. L’herbe est détrempée et la piste quasi invisible. Seul point de repère: une crête que nous longeons jusqu’à une petite colline au sommet de laquelle est plantée une borne en pierre. En dessous, trois foyers pour faire des torrées, pour griller des cervelas ou cuire un saucisson neuchâtelois. Peu avant de traverser une modeste forêt de hêtres aux troncs tourmentés par le vent et le froid, nous manquons d’écraser une petite gentiane aux délicats pétales bleu électrique. Au bas de la dépression, nous prenons à droite via une ébauche de passage barré par une rangée de fils de fer barbelés tout rouillés. Cap sur la Grande- Sagneule (1313 m), une auberge d’alpage qui se cache juste derrière la butte qui nous fait face.

Une petite gentiane aux délicats pétales bleu électrique brave le froid.
Une petite gentiane aux délicats pétales bleu électrique brave le froid.

Et soudain les crêtes du Jura

A la hauteur de cet établissement, réputé pour son jambon à l’os et ses cassolettes de champignons mais qui n’est ouvert que d’avril à octobre, nous retrouvons le balisage jaune si cher à nos cœurs. Direction le Mont-Racine. Un petit raidillon pavé de cailloux à gravir, un mur de béton – vestige de l’armée – à franchir, et nous voilà sur les crêtes du Jura. A nos pieds, un océan de brume laiteux et opaque.

Poussés par le vent, nous accélérons l’allure et rattrapons un couple de retraités venus là pour jouir du paysage et du grand air. «Nous, c’est Claude et Claudine!» Ces joyeux septuagénaires habitent le village voisin des Ponts-de-Martel: «Avec le brouillard qu’il y avait chez nous, on s’est dit que ce serait bien de monter ici pour faire de l’exercice et prendre un bain de soleil. Ahahah!»

Une pyramide à trois pans désigne l’endroit exact du sommet.
Une pyramide à trois pans désigne l’endroit exact du sommet.

Nous les lâchons dans la dernière montée, celle qui précède l’arrivée au Mont-Racine (1439 m). Une pyramide noire à trois pans indique l’emplacement exact du sommet. Nous posons notre séant sur une pierre afin d’admirer une vue à 180 degrés: le Chasseral à gauche, le Chasseron à droite et en face les trois Bernoises – l’Eiger, le Mönch et la Jungfrau – qui émergent de la mer de brouillard.

Pause casse-croûte. Après l’effort, pain et fromage ont un autre goût qu’à l’accoutumée. Près de nous, un homme d’âge mûr partage un cervelas avec son chien. Nous échangeons un salut. Le maître se plonge ensuite dans la lecture de son journal, mais, contrarié par une brise taquine qui souffle sur les pages, il renonce et plie bagage. Nous l’imitons.

Retour sur nos pas jusqu’à la Grande- Sagneule, puis descente via une route qui rejoint La Tourne. Nous dépassons une masure – la Petite-Sagneule – et, juste avant d’entrer dans la Mauvaise- Combe encore toute embrumée, nous suivons les indications pédestres et virons à droite. Une grimpette avant de passer au-dessous du Grand-Cœurie et de revenir sur le sentier emprunté dans l’autre sens plus tôt dans la journée.

Le brouillard, lui, est malheureusement resté là où nous l’avions laissé…

Auteur: Alain Portner