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11 avril 2016

Sur les pas de Heidi

C’est dans la charmante bourgade de Maienfeld (GR) que l’écrivaine Johanna Spyri a trouvé l’inspiration pour créer son célèbre personnage. Un charmant itinéraire pédestre mène jusqu’à l’authentique maison de la fillette.

Vue sur l'alpage
C’est sur cet alpage (1111 m) que Heidi passait ses vacances avec son grand-père et Peter.

Elle n’est peut-être qu’un personnage de fiction, la petite fille figure pourtant en tête de la liste des citoyens helvétiques les plus célèbres du monde. Il s’agit bien sûr d’Adélaïde, plus connue sous son diminutif alémanique de Heidi. Le personnage, selon les romans de sa créatrice Johanna Spyri, aurait vécu à Maienfeld (GR) dans les années 1880. Chaque année, quelque 150 000 visiteurs viennent découvrir le village de Heidi, petit hameau sur les hauteurs de la localité, qui rend hommage à la petite héroïne.

Une rue du village de Maienfeld.
La balade débute dans le joli village de Maienfeld.

La balade débute à l’office du tourisme, à deux pas de la gare. Dans le hall, une exposition rassemble quelques objets d’époque qui ont été utilisés dans la version 2015 du film Heidi, réalisé par Alain Gsponer et encore à l’affiche dans quelques salles romandes. On aperçoit la célèbre pipe du grand-père de Heidi, sa lourde luge de bois, des vêtements et des outils.

Le tournage de ce long métrage n’a pourtant pas eu lieu à Maienfeld, mais à travers différents lieux des Grisons et en Allemagne. «Cela aurait impliqué de fermer le village de Heidi au minimum sept semaines. Ça n’était pas réalisable», explique Rolf Mutzner, responsable de la petite entreprise.

Carte en main, nous entamons la randonnée d’une heure et demie qui doit nous mener jusqu’à la maison originale de la fillette. Le chemin balisé traverse d’abord le centre historique de Maienfeld, superbement préservé. Plusieurs bâtiments valent le coup d’œil, par exemple le château Brandis, à l’entrée du village et qui accueille aujourd’hui un restaurant. Dans la vitrine d’une boulangerie, on aperçoit les fameuses Nusstorte (tourtes aux noix) des Grisons. Un peu trop copieux à ce stade de la promenade…

Le chemin nous mène au cœur des vignes qui surplombent la cité. La région est célèbre notamment pour son pinot noir, qui représente ici 80% des cépages. Grâce à la légère dénivelée déjà avalée, une large vue s’offre sur la vallée du Rhin. Si le printemps est déjà à portée de main sur le coteau exposé plein sud, la neige recouvre encore les hauts pics des Alpes de l’autre côté du fleuve.

Après une petite demi-heure de marche, nous passons devant une grande fontaine de pierre à l’effigie de Heidi, érigée en 1953 par l’artiste Hans Walt-Koller. Tout autour de nous, des chênes majestueux dominent le paysage. Certains ont déjà atteint le demi-siècle. D’autres, tout frais, sont encore entourés d’une barricade de protection.

Une petite plaque, apposée sur l’un des poteaux, indique le nom de leur «parrain». On apprendra, de retour au village, que ces arbres sont en fait destinés à être transformés en cuves, pour y laisser vinifier le fameux pinot noir.

Des visiteurs de tous horizons

Portrait de Rolf Mutzner
Rolf Mutzner, responsable du village de Heidi.

Voilà que pointe à l’horizon le Village de Heidi. Le hameau porte le nom d’Oberrofels. C’était autrefois une commune indépendante, comme le rappelle en son centre le haut bâtiment qui porte l’inscription «Rathaus» (Hôtel de Ville). «A la fin du XIXe siècle, le petit village comptait d’autres bâtiments, qui ont été démolis au fil du temps», raconte Rolf Mutzner. «L’année prochaine, nous inaugurerons dans l’Hôtel de Ville une salle de classe comme on en trouvait à l’époque.

Plus tard, nous bâtirons une boulangerie, une étable et une forge… Le but est de reconstituer un véritable village. Tout en prenant soin de travailler avec des matériaux traditionnels.»

Les livres en différentes langues posées sur une table.
Le roman de Johanna Spyri a été traduit dans une cinquantaine de langues.

La place centrale du hameau est polyglotte. A l’image du roman Heidi, traduit dans une cinquantaine de langues. On y repère une famille à l’accent britannique. «Nous sommes en vacances chez des amis de la région, raconte Jeremy, le papa.

Mes deux enfants ont lu les livres. C’est un grand classique en Angleterre.»

«C’est le cas aussi en Nouvelle-Zélande, où j’ai grandi», complète son épouse Charlotte.

Julien de Fribourg caresse une chèvre.
Julien de Fribourg caresse une chèvre près de la maison de Heidi.

Plus loin, un couple nous indique venir d’Arabie saoudite. La communication sera plus aisée avec Sylvie, de Fribourg: «J’ai lu les deux romans de Heidi. Mon fils Julien et ma fille Célia ne connaissent la saga que par ses adaptations à la télévision.» Pour l’instant, ce sont les chèvres et poules, qui se baladent dans le hameau, qui retiennent leur attention.

Il est temps de visiter la fameuse maison de Heidi, qui aurait servi de décor aux histoires de Johanna Spyri. «La Zurichoise venait régulièrement rendre visite à l’une de ses amies, indique Rolf Mutzner avant de pénétrer dans l’ancienne bâtisse. Ensemble elles aimaient se balader jusqu’à ce hameau.

L’écrivaine était fascinée par ses habitants et leur mode de vie empreint de simplicité. Et donc à l’opposé des mœurs de la haute société zurichoise qu’elle fréquentait.»

La porte franchie, nous voilà plongés dans l’univers de Heidi. De la cave au grenier, en passant par la cuisine, le salon et la chambre à coucher, tout l’aménagement a été minutieusement reconstitué et agrémenté d’objets d’époque. Jusqu’au pot de chambre, dissimulé sous le lit du grand-père...

La bâtisse, construite il y a trois cents ans, était habitée jusqu’au début des années 1990.

Les beaux jours d’été, la famille qui y résidait voyait défiler des dizaines de touristes! Tous voulaient entrer dans la demeure de Heidi», sourit notre guide.

Mais pourquoi cette maison en particulier? «A l’époque de Johanna Spyri, vivait ici la famille Just. Ils avaient de nombreux enfants, dont une petite fille, Anna. Selon les anciens du village, c’est elle qui aurait inspiré le personnage de Heidi.»

La maison de Heidi.
La maison de Heidi.

Les plus courageux pousseront la randonnée jusqu’à l’alpage de Heidi, à 1111 mètres d’altitude. Là où la petite fille passait ses étés en compagnie de son grand-père. Et du chevrier Peter, bien sûr. Un joli sentier forestier, agrémenté d’une dizaine de panneaux explicatifs à propos de la célèbre saga, mène jusqu’à un petit chalet. Lorsque la météo le permet, un berger y prépare du fromage. Mais pas le jour de notre visite. Peu importe... le panorama sur les Alpes qui s’offre à nous vaut tous les spectacles. Par cette belle journée printanière, on comprend pourquoi Heidi rechignait tant à quitter sa montagne pour retourner en ville... 

Texte: © Migros Magazine | Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin

Photographe: Samuel Trümpy