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20 juin 2016

Sur les traces de Tintin à… Nyon

L’album «L’affaire Tournesol» était publié pour la première fois il y a tout juste soixante ans. Ce que l’on sait moins, c’est qu’une partie de son intrigue se déroule sur les rives du Léman, là où Hergé avait ses habitudes.

En soixante ans, l’aménagement urbain du quai des Alpes a très peu changé...

Tintin à Nyon? Une histoire belge? Que nenni, le jeune reporter a bel et bien passé quelques pages dans ce joli bourg vaudois en compagnie de son inséparable Milou et de l’inénarrable capitaine Haddock. C’était en 1956 dans L’affaire Tournesol, premier album pour lequel Hergé a fait de vrais repérages sur le terrain afin de croquer et photographier les lieux (entre Genève et Rolle) où allait se dérouler la dix-huitième aventure du héros à la houppe.

«Avant, il recopiait des illustrations parues dans le National Geographic », précise Heidi Müller, responsable accueil et information à Nyon région tourisme. C’est elle qui nous accompagne dans cette visite d’une bonne heure destinée aux tintinophiles en particulier et aux curieux de culture en général.

La maison du professeur Topolino dans «L’affaire Tournesol» a pris pour modèle la demeure sise au numéro 113 de la route de St-Cergue.

Une ressemblance frappante

Sac Tintin en bandoulière comme de bien entendu, notre chaperon nous entraîne à sa suite, direction rue de Rive, là où trône la fontaine de Maître Jacques. Elle ouvre l’album à la page 29 et nous montre la vignette sur laquelle figure le monument en question. Presque rien n’a changé, seul le panneau d’interdiction de stationner a disparu. «La rue est maintenant piétonne.»

La balade se poursuit le long du quai des Alpes. Les bancs sont aussi verts que dans L’affaire Tournesol (page 28), l’eau du lac aussi bleue, mais nous ne croiserons aucune Mercedes rouge avec une plaque «CD» comme corps diplomatique, ou plutôt comme «cornichons diplômés», dixit le capitaine Haddock.

Heidi nous invite à poursuivre notre chemin jusqu’au Musée du Léman qui se trouve quai Louis-Bonnard. Pas pour y évoquer la vie des ­pêcheurs du cru, non. Mais pour y ­visiter la salle Piccard. «Hergé s’est inspiré d’Auguste Piccard pour créer le professeur Tournesol», nous rappelle-t-elle avec un sourire complice.

Documents, archives et maquettes résument ici les exploits de cette dynastie de savants suisses, du premier vol habité dans la stratosphère (Auguste en 1931) au premier tour du monde en ballon sans escale (Bertrand en 1999), en passant notamment par le record du monde de plongée sous-marine (Jacques en 1960). Sans oublier bien sûr l’actuelle saga Solar Impulse…

La Jeep Willys, qui apparaît dans «L’affaire Tournesol», appartient à l’amicale des sapeurs-pompiers nyonnais.

Chez le professeur Topolino

A peine sortis de cette jolie bâtisse, nous ne résistons pas à la tentation de demander à notre guide de nous conduire jusqu’à la maison du professeur Topolino. Même si cette étape sort un peu du cadre de la visite. «Nous la proposons parfois, lorsque l’on a affaire à un groupe particulièrement motivé ou alors à de bons marcheurs.»

Le photographe stoppe à la hauteur du 57 bis de la route de Saint-Cergue. Rien, aucune villa semblable à celle qui explose à la page 26 de l’album. Pas de panique, Hergé a dû essayer de brouiller les pistes… En effet, quelques numéros plus loin, au 113 exactement, nous découvrons «Le Groseillier». Pas de doute, c’est le pavillon qui a servi de modèle à l’auteur belge. Il a toujours la même allure, à l’exception des volets qui sont gris désormais et du bâtiment moderne qui le colle et lui fait de l’ombre depuis quelques années.

Nous reprenons la route. Dans l’habitacle, les discussions vont bon train et l’histoire de la bouteille – un «La Côte» 1947 que le capitaine Haddock finit par siffler après plus de cinquante cases d’attente – vient sur le tapis. A cause de sa forme de flûte, atypique dans ce coin de pays où les flacons ont plutôt une silhouette bordelaise…

Avant de conclure ce pèlerinage, nous faisons une halte à la caserne du Service du feu de la ville de Nyon pour aller admirer une véritable merveille: la Jeep Willys rouge pétant que l’on aperçoit à la page 27 de L’affaire Tournesol. Rachetée par l’amicale des sapeurs-pompiers qui a son petit musée ici, elle a été restaurée avec amour en 1994. «Et elle est en parfait état de marche», affirme Jessica Jenny, trésorière de l’association.

Heidi Müller, responsable
accueil et information à Nyon région tourisme.

Le clou de la visite

Son collègue Roland Jayet tourne la clé de contact. La belle mécanique aux chromes étincelants refuse de démarrer. Le conducteur insiste. Le moteur toussote, crachote avant de pétarader joyeusement. «Voilà, la visite est terminée.» «Je dirais même plus: elle est terminée.»

Informations et inscriptions: Nyon région tourisme, 022 365 66 00, www.nyon-tourisme.ch

Auteur: Alain Portner

Photographe: Guillaume Mégevand