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26 octobre 2014

Surmenage au travail: attention danger!

Une récente étude de Promotion Santé Suisse estime à plus d’un million le nombre d’actifs atteints d’épuisement dans notre pays. Un phénomène qui coûte également cher aux entreprises.

Plus d’un million de travailleurs estiment être sous l’eau en raison d’un surmenage professionnel.
Plus d’un million de travailleurs estiment être sous l’eau en raison d’un surmenage professionnel. Photo Getty Images

Près d’un quart des actifs en Suisse souffre d’épuisement au travail. C’est le résultat de l’enquête «Job Stress Index 2014» réalisée par Promotion Santé Suisse en collaboration avec l’Université de Berne et la HES en sciences appliquées à Zurich. Un indicateur qui sera désormais relevé chaque année, permettant de suivre l’évolution du stress dans notre pays.

Sur les 4,9 millions de travailleurs helvètes, plus d’un million se sent donc surmené, qualifiant sa fatigue de moyenne à forte (pour près de 300 000 d’entre eux).

En 2010 déjà, une étude du Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) révélait qu’un tiers des actifs se sentait souvent, voire très souvent stressé au bureau. Ce taux accusant une hausse de 30% en dix ans, par rapport la version de l’étude parue en 2000.

Si l’enquête du SECO n’incluait pas les coûts liés à l’absentéisme et aux traitements médicaux en rapport avec le stress, l’étude de Promotion Santé Suisse estime quant à elle qu’une amélioration des conditions de travail pourrait valoir à l’économie suisse un gain de productivité de 5,58 milliards de francs.

Certaines entreprises semblent avoir saisi l’enjeu puisqu’elles multiplient les mesures pour augmenter le bien-être de leurs salariés: horaires flexibles, valorisation des employés, possibilités de formation continue, et même mise à disposition de salles de repos...

Reste que notre société demeure marquée par l’accélération du temps, la soif de rentabilité, les tensions entre le dispositif technique et des humains déboussolés, ainsi que le souligne le philosophe belge Pascal Chabot dans son ouvrage Global brun-out. Selon lui, le phénomène relève d’abord d’une pathologie de civilisation...

«Le coût du surmenage reste difficile à calculer»

Nicola Cianferoni, chercheur en sociologie du travail et des entreprises à la Haute Ecole de travail social et de la santé de Lausanne.
Nicola Cianferoni, chercheur en sociologie du travail et des entreprises à la Haute Ecole de travail social et de la santé de Lausanne.

Nicola Cianferoni, chercheur en sociologie du travail et des entreprises à la Haute Ecole de travail social et de la santé de Lausanne.

Plus d’un million de travailleurs suisses souffrent d’épuisement au travail. Ce chiffre vous surprend-il?

Non. Le stress a augmenté dans la plupart des pays industrialisés au cours des vingt dernières années. Il y a plusieurs explications à cela. Le management en est une, avec un ensemble de facteurs. Par exemple, les entretiens d’évaluation individuels, qui sont relativement récents, exercent une pression accrue sur le travailleur.

Stress, burn-out, épuisement sont des termes qu’on n’entendait guère il y a une cinquantaine d’années. Le monde du travail est-il vraiment devenu plus exigeant?

Les atteintes à la santé des travailleurs sont documentées depuis la première révolution industrielle. L’épuisement était alors associé aux cadences imposées par les machines, à la répétitivité des gestes ainsi qu’à la durée du temps de travail. Ces facteurs de risque ont évolué sans pour autant disparaître. On retrouve notamment la répétitivité dans plusieurs métiers. Et dans un centre d’appel par exemple, la cadence est imposée par les clients au bout du fil. Ce qui est nouveau en revanche, c’est que le management exige une implication plus importante dans le travail, dans un contexte où l’on est toujours davantage en compétition avec les autres.

Le surmenage coûte cher aux entreprises. Ne serait-il donc pas dans leur intérêt d’améliorer les conditions de travail?

Le coût du surmenage reste difficile à calculer. Dans l’enquête Job Stress Index 2014, la productivité est estimée sur la base d’une évaluation subjective qui varie d’un travailleur à un autre. De plus, il faudrait tenir compte des formations sur la «gestion du stress», qui coûtent très cher aux entreprises. Leur efficacité reste à prouver, car elles n’interviennent pas sur la racine du problème.

Quelle serait dès lors la racine du problème?

La question de fond est de savoir quelle maîtrise les salariés exercent sur leur travail et, par conséquent, sur la manière dont celui-ci est organisé. Cette maîtrise dépend en large mesure du poids dont disposent les collectifs de travail et les organisations syndicales dans la négociation des conditions de travail, par exemple pour obtenir l’engagement de personnel dans une équipe en sous-effectifs.

© Migros Magazine - Tania Araman

Auteur: Tania Araman