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12 décembre 2016

La joyeuse mélancolique

Sylvie Bourban adore les antagonismes. Et cela transparaît dans sa musique. Dans son septième album, la chanteuse lausannoise d’origine valaisanne propose un triptyque qui jongle avec les genres.

Même pas mal

Le septième album de la chanteuse lausannoise d’origine valaisanne Sylvie Bourban se décline en trois CD. Trois lieux, pour trois groupes de musiciens qui l’accompagnent depuis plusieurs années. New York, Stockholm, Fribourg. «On peut avoir l’impression que ma musique va dans tous les sens, du jazz, de la chanson, des paroles en français, en espagnol ou des onomatopées. Mais tout ça en réalité, c’est la même chose. Ce sont les couleurs que j’aime, et des couleurs, forcément, il y en a plein.»

Outre ses propres compositions et des chansons inédites composées pour elle par Pascal Rinaldi, Sylvie Bourban propose dans Même pas mal* quelques reprises mémorables, puisées à la source de géants comme Noir Désir, Sarcloret, Barbara, Tom Waits, Léo Ferré, Astor Piazzolla, Trenet. Il y a même du Emile Gardaz… «Des styles très différents. Je n’aime pas me restreindre. Je préfère cultiver les sentiments antagonistes qui peuvent cohabiter en moi.»

La tonalité générale reste pourtant largement mélancolique. «Je suis une personne plutôt joyeuse et positive, mais j’aime aussi la mélancolie. J’aime comme les enfants se laissent aller jusqu’au bout de chaque émotion.»

Une journée avec Sylvie Bourban

Lumière du matin «J’ai l’impression que ma qualité de vie dépend du soin que j’apporte aux matins. Prendre le temps de rassembler mes idées, voir le soleil se lever. Si je suis stressée le matin, il y aura moins de saveurs dans ma journée.»

Mon Mélèze à moi «J’ai une passion pour le bois et les arbres, pour les mélèzes et les arolles en particulier. Avec ce mélèze que j’ai placé sur mon balcon, on s’est rencontré au garden center et ça a été le coup de foudre. L’hiver, pour vérifier qu’il n’est pas mort, il suffit de le gratter pour apercevoir un peu de vert.»

Au piano «Composer n’est pas un processus facile pour moi. En 2015, j’ai répondu à une demande d’interview de Raphaël Noir. Il s’agissait de composer une chanson en un quart d’heure. Je n’avais plus composé depuis trois ans. Ça a déverrouillé le processus créatif et donné la chanson titre de l’album de New York: A trop penser.»

Là-haut sur la montagne «Valaisanne, je suis restée très attachée à la montagne, à la nature. Enfant, je lisais les bouquins de Frison-Roche. Ce piolet est un cadeau de mon guide. Pour mes 30 ans, j’ai gravi la Dent-Blanche. J’ai eu très peur, mais j’y ai pris goût.»

La liseuse du Burkina «Le Burkina Faso, j’y suis allée au début de l’année, dans le cadre du projet «une chanson pour l’éducation» qui consistait à créer des chansons avec des enfants et parler ainsi du droit à l’éducation. J’ai rejoint le projet au moment du départ en Afrique. J’ai acheté cette statuette sur un marché.»

Le parc de la légende «J’aime beaucoup cet endroit à Lausanne, il y a de jolies sculptures, avec des indications en braille. Le parc affiche: «Voir c’est toucher, et toucher fait rêver.» Une des sculptures est sponsorisée par le Foyer, une structure pour personnes malvoyantes où j’ai travaillé pendant six ans comme éducatrice spécialisée.»

En concert «Je souhaite être une passeuse de chansons. Je travaille la technique pour faire en sorte que mon instrument fonctionne le mieux possible et que la chanson passe plutôt que mes difficultés à l’exécuter. C’est la présence qui m’importe le plus dans l’interprétation.»

* Même pas mal. Renseignements concerts et CD: www.sylviebourban.com

Texte © Migros Magazine | Laurent Nicolet

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: Christophe Chammartin