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9 septembre 2013

Taxi Blues

Le taxi est un moyen de transport mal-aimé et encore largement ignoré dans le contexte global de la mobilité publique. Principalement considéré comme un mal nécessaire, une intégration bien pensée dans le paysage urbain permettrait pourtant de changer la donne. Prenez place et laissez-vous entraîner par les réflexions de Vincent Kaufmann, spécialiste en aménagement du territoire.

Portrait de Vincent Kaufmann
Vincent Kaufmann, professeur à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne et secrétaire général de la Communauté d’études pour l’aménagement du territoire (CEAT). (Photo: DR)

Les vacances sont parfois l’occasion d’expériences inédites en matière de mobilité. Ce fut mon cas en prenant un taxi à ma descente d’avion à Genève cet été. Apprenant que j’habite près de l’aéroport, le chauffeur a mis les bouchées doubles: excès de vitesse significatifs, appels de phares répétés à cette voiture qui roule à 60 km/h, là, juste devant… quelques injures, un giratoire pris à haute vitesse… Cerise sur le gâteau: à l’arrivée, après avoir sorti les bagages du coffre, nous le payons, il rentre dans l’habitacle sans un mot et redémarre, «oubliant» de nous rendre 3 francs 60 de monnaie…

Ce type de récit est très banal, habituel, nous l’avons presque tous déjà entendu, ici ou ailleurs. Et encore, dans le cas présenté nous avons eu de la chance: la course n’a été refusée ni parce qu’elle était courte (3 km), ni sous prétexte de l’absence de sièges enfants. Chers, peu disponibles, très corporatistes dans leurs rapports aux pouvoirs publics, les taxis sont dans bien des villes occidentales un maillon faible du système des transports.

Absence d’abonnements combinés avec les transports publics, inexistence de taxis collectifs, pourtant, le taxi devient un ingrédient central du système de transports. Dans un contexte où la motorisation des ménages diminue dans les villes et où les transports en commun, les deux-roues motorisés ou l’autopartage ne couvrent pas l’ensemble des besoins de la population en modes de transports motorisés.

Il est temps de prendre le taxi au sérieux, de lui donner les moyens de jouer un rôle beaucoup plus central et diversifié qu’actuellement en Suisse. Son potentiel est immense s’il élargit ses prestations, sa couverture spatiale, ses offres commerciales… Cela impliquerait un changement d’attitudes de l’ensemble des acteurs impliqués, soit des pouvoirs publics aux compagnies de taxis elles-mêmes.

Auteur: Vincent Kaufmann