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16 avril 2012

Tel Aviv, la ville de la fête éternelle

La capitale financière et économique d’Israël est devenue un must du sea, sex and sun et de la ferveur nocturne. Portrait d’une centenaire où il fait beau 318 jours par an et qui se porte comme une jeunette.

Tel Aviv et l'une de ses plages de sable fin
Les plages sont d’un accès simplifié à l’extrême: les hôtels se trouvent soit directement sur le front de mer, soit au centre-ville - qui n’est jamais qu’à deux pas.

Pas plus de 500 morts à Tel Aviv.» Ça, c’est le pronostic du ministre de la Défense Ehud Barak en cas de réplique ennemie après une tout aussi éventuelle attaque israélienne contre les sites nucléaires iraniens. Voilà surtout le contexte explosif – le conflit au Moyen-Orient– dans lequel Tel Aviv se retrouve le plus souvent mentionnée sous nos latitudes.

Rien de plus serein pourtant, de plus pacifique et de plus festif que cette ville-là. Le maire, Ron Huldai, ancien pilote de guerre et recteur d’académie, aime rappeler que l’un des fondateurs de Tel Aviv, il y a un siècle (lire encadré), avait résumé d’un slogan le but de la manœuvre: faire surgir de ces dunes de sable méditerranéennes «la New York du Moyen-Orient». Une prophétie, selon Huldai, pas loin d’être accomplie pour cette désormais «capitale économique et financière d’Israël» doublée d’un «centre artistique, commercial et universitaire de niveau international» où, cerise sur le lekach (un gâteau au miel local), «les rêveurs de toutes sortes sont les bienvenus».

Les rêveurs, on ne sait pas, mais les fêtards, les épicuriens, les amateurs de chair fraîche et sculpturale, de bronzage sur sable fin et baignades en eaux limpides – Tel Aviv, c’est tout de même 318 jours de beau par année – mais les partisans de vie nocturne échevelée, de rues peuplées et actives du crépuscule à l’aube plutôt que l’inverse, de petites terrasses savamment ombragées et de bars délicieusement branchouilles, ça oui.

Une ville de 400 000 habitants

Avec ses 318 jours de beau par année, et ses plages de sable fin, Tel Aviv est le paradis de la bronzette.
Avec ses 318 jours de beau par année, et ses plages de sable fin, Tel Aviv est le paradis de la bronzette.

Tout homme qui se respecte ne vivant pourtant pas que d’UV, de cocktails colorés, de bruits divers et de tambouille exotique, Tel Aviv c’est aussi 22 librairies, 25 000 étudiants, un opéra, un orchestre philharmonique, des dizaines de musées et 400 000 habitants dont 370 000 juifs. N’empêche: la plage le jour, la fête la nuit sont bien les deux mamelles susceptibles d’attirer le visiteur. L’ouverture l’an dernier par Easyjet d’une ligne aérienne directe Genève-Tel Aviv serait plutôt de nature à aviver, chez nous, les tentations, à faire très subjectivement reculer les a priori négatifs: trop loin, pas assez sûr et autres mauvaises excuses. En oubliant l’éventuel et revêche chauffeur de taxi d’origine russe qui vous attend déjà de pied ferme à l’aéroport Ben Gourion.

Les baignades et la bronzette d’abord: treize plages pour un total de 14 kilomètres de sable fin et des eaux d’une propreté qui peut faire des envieux sur toutes les rives de la Méditerranée. Avec buvettes et restaurants décontractés à chaque détour où officie un personnel aussi jeune qu’avenant. Des plages qui plus est d’un accès simplifié à l’extrême: les hôtels se trouvent soit directement sur le front de mer soit au centre-ville qui n’est jamais qu’à deux pas.

Le stress? Un mot qui n’a pas de raison d’être à Tel Aviv

De toute façon, les déambulations dans les rues de Tel Aviv n’ont rien de la corvée, ponctuées de marchés en plein air, boutiques sophistiquées, bars à café hyper-modernes, avec toujours cette ambiance miraculeuse: Tel Aviv doit être une des rares stations balnéaires méditerranéennes à avoir vaincu l’hydre du stress perpétuel.

Et puis il y a, on l’a dit, l’autre face, le versant nocturne, au point que Tel Aviv a fait sien le sobriquet de «ville qui ne dort jamais». L’office du tourisme local a d’ailleurs à ce propos concocté un autre slogan, comme pour être sûr qu’on ait bien compris: «Oubliez ce que vous avez entendu: la légende de la vie nocturne à Tel Aviv n’est qu’un avant-goût de la réalité.»

La plage le jour, la fête la nuit: des arguments qui attirent de nombreux visiteurs.
La plage le jour, la fête la nuit: des arguments qui attirent de nombreux visiteurs.

D’abord les clubbers sont en terrain conquis, on n’ose dire en territoire occupé, dans des discothèques, du moins pour les grandes, supérieurement équipées, tant du point de vue du son que de l’image, comme on disait dans une vie antérieure, brassant genres et sous-genres – house, chill-out, deep house, funky house, rip trance – avec jamais moins aux manettes qu’un DJ de réputation internationale. Des DJ qu’on retrouve aussi en live désormais dans de simples petits bars, dont la simplicité reste tout de même relative. La moindre enseigne rivalise en effet d’invention décorative et architecturale suivant une loi locale voulant que «si tu n’investis pas dans ton propre business, tu n’existes pas ici». Mieux vaut savoir également qu’à Tel Aviv les week-ends démarrent en trombe dès le jeudi soir. Mieux vaut non plus ne pas s’attendre à des méga-beuveries à tous les coins de rue: comme tout bon Oriental, l’Israélien est capable de siroter la même bière pendant des heures.

Des boîtes à jazz et des terrasses romantiques aussi

Cette frénésie nocturne n’empêche pas Tel Aviv d’offrir aussi, pour les plus sages ou les plus fatigués, qui sont souvent les mêmes, des pubs genre irlandais ou des boîtes à jazz et même des terrasses romantiques avec vue sur la mer.

La ville aussi, on ne peut l’ignorer, se revendique comme une des capitales mondiales de l’homosexualité et en tire un argument touristique supplémentaire: ici les embrassades appuyées entre personnes du même sexe ne font plus se retourner ni grogner personne dans les rues.

Loin de la fiesta et des beuveries, Tel Aviv abrite aussi de charmants quartiers paisibles. (Photo: Keystone, Laif
Loin de la fiesta et des beuveries, Tel Aviv abrite aussi de charmants quartiers paisibles.(Photo: Keystone, Laif)

Tel Aviv ce n’est pourtant pas que la fête à tous crins et à tout prix. On y trouve aussi un grand nombre de musées retraçant l’histoire, la culture d’Israël – la maison Ben Gourion (le fondateur de l’Etat d’Israël), le mémorial Rabbin, le musée Eretz Israël, celui de la Hagana, de la diaspora juive.

Enfin, las des baignades et de la java, il sera toujours temps de se souvenir, pour une visite éclair, que Jérusalem n’est qu’à une heure de route. Mais c’est là une tout autre histoire.

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: Nicolas Righetti / Rezo