Archives
31 août 2015

Terrorisme: la Suisse épargnée jusqu’à quand?

Après l’attaque dans le Thalys, un train similaire aux TGV Lyria qui circulent dans notre pays, la question de la sécurité se pose aussi chez nous. Contrairement à la France, aucune nouvelle mesure ne semble envisagée contre ce type de menace.

La police scientifique sur les lieux du drame.
Les lieux du drame. Photo: Christian Lutz.

Jusqu’à quand? Alors que la France voisine semble désormais condamnée à subir avec une régularité effarante les assauts d’un terrorisme aussi aveugle que divers, la Suisse demeure épargnée. Pour autant, les événements survenus dans le Thalys devraient interpeller, puisque cette tentative ratée de carnage s’est produite dans un TGV Amsterdam-Paris et que des TGV tout aussi semblables circulent quotidiennement entre Paris et la Suisse.

De quoi supposer que cette fois-ci l’acte perpétré en France n’est peut-être pas aussi «unique, singulier, exceptionnel» que l’affirme le SEV, le syndicat du personnel des transports. Même si, aussitôt l’épisode du Thalys connu, la Fedpol faisait savoir que pour l’heure, aucune mesure de sécurité supplémentaire n’était envisagée concernant les grandes lignes ferroviaires.

Alors qu’en France et en Belgique les propositions affluent. De la suppression temporaire de Schengen pour rétablir les contrôles des passagers aux frontières à la fouille aléatoire des bagages, en passant par le contrôle tout aussi aléatoire des personnes. A moins d’opter pour des contrôles au contraire systématiques, comme sur l’Eurostar ou dans les aéroports. Ou encore de compter sur des appels à la vigilance citoyenne.

Des questions qui mériteraient d’être discutées chez nous et qui reviennent à se demander si le train n’est pas le maillon faible dans la lutte contre le terrorisme. Et, plus globalement, où en est la sécurité au pays de Heidi.

Portrait d'Eric Voruz
Eric Voruz

Eric Voruz, conseiller national (PS/VD), membre de la Commission de la politique de sécurité CPS.

Après l’attaque manquée du Thalys, aucune mesure n’est prise en Suisse pour augmenter la sécurité des TGV Lyria. Est-ce raisonnable?

La sécurité doit effectivement être renforcée dans les trains. Ce n’est évidemment pas au personnel des CFF d’assurer cette mission, ce ne sont pas des policiers. Il faut absolument augmenter en revanche la présence de la police ferroviaire, en tout cas sur les grands trains internationaux. Et non pas la supprimer, comme le Conseil fédéral et les CFF semblent avoir envie de le faire. Les trains internationaux, que ce soient les TGV Lyria vers la France ou les convois qui circulent vers l’Italie, présentent les mêmes caractéristiques que les Thalys.

Comment expliquer cette réticence à sécuriser davantage les lignes ferroviaires?

Mon point de vue, c’est que le Conseil fédéral oblige les transports publics à faire le moins de déficit possible, privilégiant les bénéfices et les dividendes, rabotant pour ce faire sur le personnel et sur la sécurité. La sécurité pourtant, on le sait, n’a pas de prix. Elle devrait être améliorée également, soit dit en passant, dans les trains intervilles, spécialement le soir, lorsque le personnel ferroviaire n’est pas nombreux.

Pas mal d’incidents ont lieu, qui ne doivent évidemment rien au terrorisme, mais tout à l’incivilité.

Que faut-il penser de l’instauration de contrôles aléatoires comme la France envisage de le faire, au risque de tomber dans un contrôle au faciès?

Nous ne devons pas aller jusque-là. Nous sommes quand même en Suisse. Les Français, eux, sont traumatisés parce que depuis quelque temps, on le voit, ils sont frappés partout, et pas seulement dans les trains. Chez nous, ce genre de contrôle des voyageurs ne serait pas accepté.

Et le contrôle systématique des bagages, comme dans l’Eurostar ou les aéroports?

Là aussi, c’est une mesure qui me semble exagérée. On n’est pas encore dans cet état d’esprit chez nous.

On pourrait éventuellement l’envisager dans des situations exceptionnelles, lorsqu’il existe de fortes suspicions.

Compter sur une sorte vigilance citoyenne, n’est-ce pas à la fois naïf et dangereux?

Pourquoi ne pas imaginer, dans les trains internationaux en tout cas, un numéro spécial qu’on puisse appeler quand quelque chose de vraiment menaçant ou d’anormal se passe. Mais il ne faut pas que cela vire à la délation. Qu’on tombe dans cet excès qui verrait le citoyen alerter la police dès qu’une tête ne lui revient pas.

Est-il exagéré de dire que les trains représentent aujourd’hui, y compris en Suisse, le maillon faible dans la lutte contre le terrorisme?

Je n’irais pas jusque-là. Disons simplement que la Suisse doit y prendre garde aussi. Ce n’est pas parce que ce sont des trains suisses que rien ne peut arriver.

La nouvelle loi sur le renseignement est-elle un outil suffisant et adapté pour combattre un terrorisme qui semble se diversifier de plus en plus?

On est en pleine révision. Il y a encore quelques divergences avec le Conseil des Etats, mais on s’achemine vers un accord.

Cette nouvelle loi peut être d’une aide certaine. Mais je ne suis pas sûr qu’elle permettra de détecter systématiquement les terroristes.

Diriez-vous qu’aujourd’hui la Suisse n’est plus un pays sûr, et qu’elle se retrouve menacée par le terrorisme au même titre que ses voisins?

Non, la Suisse demeure un pays sûr. A condition de rester vigilants et ne pas nous montrer naïfs.

Texte: © Migros Magazine | Laurent Nicolet

Auteur: Laurent Nicolet